© MuCEM, Dist.RMN-Grand Palais D. Adam
Titre : Le Soldat Laboureur.
Auteur : FLEURET
Date de création : 1822
Technique et autres indications : Gravure sur bois
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Iconothèque du Musée national des arts et traditions populaires
Ministère de la Culture
6, avenue du Mahatma Gandhi
75 116 Paris
Tél. : + 33 1 44 17 60 50 ; site web
Référence de l'image : 45.36.5C
Un mythe tenace, transmis par des chansons, des vaudevilles et des gravures, prétend qu’après avoir combattu en héros dans les armées révolutionnaires et napoléoniennes, Nicolas Chauvin serait revenu, couvert de blessures et de médailles, finir sa vie dans sa Charente natale. Cette biographie fantaisiste participe à sa manière à la “ légende dorée ” napoléonienne que grandissent les souvenirs des grognards et qu’un sentiment d’ennui entretient sous Louis XVIII et Charles X. Mais, dans la France du XIXe siècle, la légende de Chauvin renouvelle aussi un mythe antique. Les Anciens racontent en effet que Cincinnatus, général romain du Ve siècle av. J.-C., prit victorieusement la tête des armées pour retourner ensuite jouir de la mediocritas aurea du paysan. Symbole des vertus de frugalité, de civisme, de patriotisme et d’abnégation de la Rome antique, Cincinnatus incarne le mythe du soldat-laboureur.
Dans la gravure de Fleuret, datée de 1822, un ancien soldat des armées impériales, coiffé d’un tricorne, rêve auprès de sa charrue. La double fonction du mâle français est justifiée par l’identité, chère à Virgile, du soc et de l’épée. Le style naïf de la gravure, la simplification du dessin et la vertu didactique de son titre laissent penser qu’elle était destinée au public des campagnes. Mais cette image populaire est légèrement en décalage par rapport au mythe. Un an tout juste après la mort de Napoléon, elle a même une tonalité funèbre. Car le soldat-laboureur vient d’exhumer le squelette d’un héros anonyme dont il a recueilli la Légion d’honneur. Cette irruption de la “ mort en Arcadie ” explique la mélancolie de notre paysan-guerrier, méditant sur ce memento mori qui lui rappelle que le destin d’un Français est de mourir pour la patrie.
Le soldat-laboureur de Fleuret est allé “ se reposer à la campagne de ses travaux militaires ” ou, pour le dire autrement, il a l’honneur de protéger et de nourrir tout à la fois son pays. La mythologie « chauvine » peut varier : tantôt il ouvre le sillon où repose un compatriote tombé pour la patrie, tantôt il lui revient de mettre en valeur la terre qu’a fécondée le sang de l’ennemi par lui versé. De manière générale, le soldat-laboureur, fleuron et défenseur de la francité, doit sauver la nation par sa vigueur acquise dans les travaux de la guerre et des champs. Ce patriotisme d’inspiration agraire s’apparente à un nationalisme défensif et conservateur, qu’on retrouvera par exemple chez Pétain.
Auteur : Ivan JABLONKA
Merci
Guy renaud