© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot / C. Jean
Titre : Marat assassiné, 13 juillet 1793.
Auteur : Jacques-Louis DAVID (1748-1825)
Date de création : 1793
Date représentée : 13 juillet 1793
Dimensions : Hauteur 157 cm - Largeur 136 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Copie exécutée par Gioacchino Giuseppe Serangelid ans l'atelier de David d'après un original conservé au musée de Bruxelles
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE1965 /RF 1945-2
Jean-Paul Marat est l’une des figures emblématiques de la Révolution dont il incarne l’ « extrême gauche ». Sa célèbre phrase « rien de superflu ne saurait appartenir légitimement, tandis que d’autres manquent du nécessaire » traduit le fond de sa pensée sociale. Dès 1789, Marat élabora un projet de monarchie constitutionnelle. Mais c’est surtout son activité journalistique qui le rendit célèbre : sous le nom de « l’ami du peuple » (titre du journal qui succéda au Publiciste parisien, puis surnom personnel de Marat), il mena son combat politique contre le roi puis contre les girondins. Accusé par ces derniers le 14 avril 1793, triomphalement acquitté par le tribunal révolutionnaire le 24 avril, Marat reprit son siège à l’Assemblée nationale. Le 13 juillet 1793, alors qu’il prenait un bain pour soigner son eczéma, il fut assassiné par Charlotte Corday, lointaine descendante du poète Corneille, liée au milieu des girondins.
Le 14 juillet 1793, au lendemain de la mort de Marat, Guirault, porte-parole de la section du Contrat social, demanda au peintre David d’immortaliser Marat : « O crime ! une main parricide nous a ravi le plus intrépide défenseur du peuple. Il s’est constamment sacrifié pour la liberté. Voilà son forfait. [...] Où es-tu David ? Tu as transmis à la postérité l’image de Lepelletier, mourant pour la Patrie, il te reste un tableau à faire ! » David accepta cet hommage et fut aussi chargé de la mise en scène des funérailles de Marat : « Il a été arrêté que son corps serait exposé couvert d’un drap mouillé qui représenterait la baignoire et qui, arrosé de temps en temps, empêcherait l’effet de putréfaction. » Telle fut la mise en scène de l’exposition publique du corps de Marat, torse nu, montrant sa blessure mortelle. La baignoire, l’encrier et le billet étaient exposés au bas du piédestal. Ce sont ces éléments que l’on retrouve dans la composition de David.
Symbole de la passion de l’ami du peuple, cette composition de David (réalisée pour être exposée à la Convention ainsi que le portrait aujourd’hui disparu de Le Peletier de Saint-Fargeau) sacralise le martyre révolutionnaire. Le drap reprisé, le sang versé, la densité spirituelle émanant de cette sorte de « pietà républicaine », tout concourt à provoquer chez le spectateur, en l’occurrence les représentants du peuple, une catharsis où le sens de la vertu et de l’honneur prend sa source dans la nouvelle Rome républicaine héritière de Caton.
Offert par David le 14 novembre 1793 à la Convention, le tableau original fut exposé dans la salle d’assemblée avec celui de Le Peletier, de part et d’autre de la tribune du président. C’est sa force politique qui le fit déposer le 9 février 1795 : la Révolution, en pleine réaction bourgeoise, ne pouvait plus supporter la présence d’un tel manifeste d’héroïsme et d’abnégation. « Il y a dans cette œuvre, écrira Baudelaire en 1846, quelque chose de tendre et de poignant à la fois ; [...] Cette peinture était un don à la patrie éplorée, et nos larmes ne sont pas dangereuses. »
Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS