Napoléon et les arts (10 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Napoléon Ier visite le Salon du Louvre et distribue aux artistes des croix de la Légion d’honneur
Auteur : Antoine-Jean GROS (1771-1835)
Date de création : ?
Date représentée : 22 octobre 1808
Dimensions : Hauteur 350 cm - Largeur 640 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90EE1295/MV 6347
Napoléon Ier poursuivit la politique entamée sous le Consulat pour reconstruire une société « atomisée » par la destruction de l’Ancien Régime. La création de la Légion d’honneur, le 19 mai 1802, concrétisa cette mission. Il s’agissait non de rétablir un ordre aristocratique, mais d’extraire une élite dévouée au bien commun, modèle de l’Honneur, vertu civique, pour les autres Français. Bien que la Légion d’honneur dût en principe récompenser « tous les genres de mérites et bon services », l’ordre fut surtout l’apanage de l’armée. Bon nombre d’artistes cependant en furent gratifiés, que l’Empereur, conseillé par Dominique Vivant Denon, le directeur du musée Napoléon (le Louvre), savait utiliser pour « magnifier son règne ». Les « légionnaires » devinrent ainsi les intermédiaires entre le pouvoir et l’opinion. Les artistes, surtout les peintres, tinrent avec succès ce rôle nourrissant par l’image la légende napoléonienne.
Gros représente ici le moment solennel où l’Empereur remet la Légion d’honneur à David, le plus grand peintre de la Révolution et de l’Empire. On reconnaît, dans le groupe féminin, l’impératrice Joséphine et Hortense de Beauharnais. Au centre de la composition, l’Empereur, revêtu de l’habit vert des chasseurs de la garde impériale, porte le grand cordon de la Légion d’honneur en écharpe. Derrière David, et de gauche à droite, on reconnaît Prud’hon, Carle Vernet, Cartellier, Gros, Girodet, puis au second plan, Gérard et Guérin. Duroc se tient à la droite de l’Empereur, portant le coffret contenant les décorations. On aperçoit également à la droite de l’Empereur Dominique Vivant Denon.
Comme l’écrivit Denon en 1804 : « Sa Majesté l’Empereur (…) daignera visiter cette Exposition et c’est là que, d’après l’examen qu’il fera de vos travaux, sa munificence et sa justice dispenseront les primes et les encouragements aux Artistes dont les Ouvrages auront mérité l’estime de leurs concurrents et du public. » Au Salon de 1808, Napoléon souhaita honorer David de la croix en or d’officier de l’ordre de la Légion d’honneur. Parmi les lauréats, il semble que Gros avait été oublié : ceux portés sur l’acte ministériel avaient été déjà appelés, et toutes les décorations remises. Dans un geste brusque, Napoléon détacha sa propre croix de la Légion d’honneur et la remit à Gros en lui donnant l’accolade. Faut-il croire en la vérité historique d’une telle anecdote, rapportée par les premiers biographes de l’artiste ? Toujours est-il que la propagande impériale, désireuse de montrer son souverain empli d’humanité et de simplicité, s’empara de ce fait qui ressemble fort à une mise en scène.
Le fait que les artistes présents lors de cette remise de décorations commandèrent eux-mêmes cette composition à Gros est en soi révélateur de l’importance qu’ils accordaient alors aux récompenses officielles. Gros laissa l’œuvre inachevée. Napoléon III la reçut en don de Mme J. Bowes et l’offrit au Musée impérial en 1868.
D’un point de vue stylistique, il n’est pas sans intérêt, enfin, pour comprendre tout ce qui sépare les deux artistes, de comparer cette toile inachevée de Gros au Serment du Jeu de paume de David, son maître : le mouvement et la vibration de la lumière propres au peintre des Pestiférés de Jaffa sont déjà présents au stade de l’esquisse, là où précisément David construit pas à pas, mais fermement, son modelé parfait.
Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS