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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Une armée en mal d'idéaux

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Les trainards, effet de neige.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Les trainards, effet de neige.

Auteur : Augustin Pierre Bienvenu CHENU (1833-1875)
Date de création : 1870
Dimensions : Hauteur 170 cm - Largeur 152.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94DE53343/RF 380

  Contexte historique

Le Second Empire a toujours entretenu, en métropole et dans ses colonies, une armée importante afin de soutenir, avec des fortunes diverses, tant la sûreté nationale que la défense des intérêts et des possessions à l’étranger. Dévolue à des fidèles du régime selon une organisation hiérarchique qui empruntait largement aux conceptions militaires du Premier Empire, l’encadrement d’une armée permanente et nombreuse ne présentait pas, hors conflits, la rigueur qu’on aurait pu attendre d’une telle institution. Malgré les fréquentes promenades militaires, les grandes manœuvres et l’expédition du Mexique à partir de 1861, dont les journaux donnaient régulièrement des comptes rendus, après les victoires héroïques des années 1850, à Sébastopol, Magenta ou Solférino, l’armée française semblait s’assoupir dans un rêve de gloire qui s’interrompra brutalement à Sedan.

  Analyse de l'image

Virtuose du traitement des phénomènes atmosphériques liés à la neige, à la pluie et au brouillard en des compositions presque monochromes uniquement relevées de quelques touches de couleurs, Chenu-Fleury reçoit les louanges de la critique pour ses envois au Salon de 1867 et à celui de 1868, à l’issue duquel il obtient une médaille. Lorsqu’au Salon de 1870 il présente à nouveau un vaste paysage de neige à la facture minutieuse, sa composition simple et efficace lui vaut l’acquisition de son tableau par l’Etat, au prix élevé de 8 000 F.

Le paysage est plat et s’enfonce vers l’horizon, butant sur un village presque indistinct à l’arrière-plan. Occupant à peine un tiers de la hauteur, le paysage enneigé où dominent les blancs et les bruns est sommé d’un ciel gris jaunâtre, lourd de menaces, où se distingue à peine une lune voilée orangée et où tournoient des corbeaux de mauvais augure. La seule animation colorée entre ces deux univers glacés se trouve au centre de la partie inférieure, sur la route qui trace un sillon grisâtre où « des grenadiers escortent une carriole où gît un soldat malade et que conduit un paysan » (Théophile Gautier). Malgré l’animation qu’introduit le groupe de militaires aux attitudes variées et la présence anecdotique et sentimentale d’un chien, la neige qui a tout recouvert fait peser sur l’ensemble de la composition une chape de silence.

  Interprétation

Illustration recomposée en atelier par un paysagiste, cette scène militaire participe aux nombreuses productions anecdotiques inspirées par une armée en mal d’idéaux, à partir du milieu des années 1860. Malgré les nombreuses interventions armées à l’étranger (Algérie, Russie, Mexique…), les dirigeants politiques français d’après la Restauration s’opposent à l’héritage guerrier des années révolutionnaires et n’entretiennent plus la doctrine de guerre qui avait sous-tendu la période 1789-1815. Les règlements militaires de 1831 et de 1862 ne fournissent que peu de références aux différents corps de la hiérarchie militaire et prônent une action défensive (tranchées-abris, feu à longue distance…) contraire à la tradition française. Le grand projet de réforme militaire du maréchal Niel a été repoussé en 1868, et l’armée maintient le système du tirage au sort, bien peu mobilisateur. Malgré sa volonté de tenir le rôle de commandant en chef des armées comme son oncle Napoléon Ier, l’empereur ne saura mener ses troupes. Dès lors, la France se trouvera confrontée à un double problème : l’absence d’une doctrine de guerre et la carence d’un chef pour l’appliquer.

Auteur : Dominique LOBSTEIN


Bibliographie

  • Collectif, Paysagistes lyonnais 1800-1900, Lyon, Musée des Beaux-Arts, 1894, p. 99-102.
  • François ROBICHON, L’Armée française vue par les peintres - 1870-1914, Paris, Herscher-Ministère de la Défense, 1998.
  • François ROBICHON, La Peinture militaire française de 1871 à 1914, Paris, B. Giovanangeli, 1998.

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