© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Bal costumé au Palais des Tuileries.
Auteur : Jean-Baptiste CARPEAUX (1827-1875)
Date de création : 1867
Date représentée : 1867
Dimensions : Hauteur 56 cm - Largeur 46 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE456/RF 1600
La fête impériale ne cesse de jeter ses feux tout au long du règne de Napoléon III. Les réceptions se succèdent dans des lieux somptueux au décor raffiné, telles les salles redécorées du Louvre ou des Tuileries. Chaque visite protocolaire, chaque solennité, mais aussi de multiples raisons mondaines, justifient les réceptions auxquelles se presse une élite internationale et élégante. Quelle que soit la nature de ces événements, ils se voient conférer un caractère officiel et donnent régulièrement lieu à des transpositions peintes ou aquarellées, centrées sur l’image de l’empereur, plus souvent accompagné de ses dernières conquêtes féminines que de l’austère impératrice Eugénie. La « fête impériale » est aussi pour Napoléon III un moyen efficace de séduire et de contrôler les élites traditionnelles, qui lui sont hostiles à l’origine.
Dès 1852, Carpeaux modèle une statuette de l’empereur recevant Abd el-Kader à Saint-Cloud et noue des liens d’intimité avec Napoléon III, l’Impératrice et bientôt le prince impérial. Toujours muni de papier et de crayons, l’artiste assistait aux réceptions des Tuileries ou à celles, moins protocolaires, de Compiègne, où, selon Paul Jamot (Gazette des Beaux-Arts, mai 1908, p. 191), « il griffonna ces vivantes et expressives et véridiques silhouettes de Napoléon III debout, assis, saluant, écoutant », silhouettes qu’il retranscrivait immédiatement sur la toile, de retour à son atelier. Dans le tableau du musée d’Orsay, l’atmosphère de fête est rendue avec une grande économie de moyens. A la composition classique, bien que seulement esquissée, par plans successifs devant un fond d’architecture, s’oppose le traitement enlevé de la lumière et de la couleur : quelques personnages – parmi lesquels on reconnaît aisément Napoléon III – rapidement mis en place au moyen de larges coups de brosse chargés de peu de matière se déplacent, dans une atmosphère dorée qui accentue certains détails et fait vibrer les rouges et les verts juxtaposés.
Longtemps, les commentateurs de ce tableau ont affirmé qu’au bras de l’empereur se tenait la comtesse de Castiglione, une des plus célèbres maîtresses du souverain. Mais en 1867 leur liaison était terminée depuis plusieurs années, et rien ne permet donc aujourd’hui de nommer le personnage féminin représenté. Cette identification, même si elle est erronée, révèle néanmoins l’importance du personnage de la comtesse à la cour impériale. Issue d’une famille noble de diplomates et de juristes, Virginie Oldoini a vu le jour à Florence, en 1837. Dès 1855, elle épousa François Verasis, comte de Castiglione avec qui elle s’installa à Paris l’année suivante. Au début de 1856, lors d’un bal chez la princesse Mathilde, cousine de l’empereur, elle fut présentée à Napoléon III et à l’impératrice. Au grand dam de la cour qui la pensait investie d’une mission politique pro-indépendantiste et anti-autrichienne par Cavour, elle devint la maîtresse de l’empereur. Mais lorsqu’au sortir de chez elle, au matin du 6 avril 1857, il fut attaqué par des carbonari italiens, la comtesse fut éloignée et entama une série de séjours à l’étranger, dont elle ne revint qu’en 1863. Déguisée en Reine d’Etrurie, en Dame de cœur ou en Ermite de Passy…, elle reprit une vie sentimentale mouvementée et une activité mondaine débordante, dont le photographe Pierre-Louis Pierson nous a conservé le souvenir.
Auteur : Dominique LOBSTEIN