© Photo RMN-Grand Palais - J. Schormans
Titre : Un meeting.
Auteur : Marie BASHKIRTSEFF (1858-1884)
Date de création : 1884
Dimensions : Hauteur 193 cm - Largeur 177 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 85DE1897/RF 442
Le mouvement ouvrier avait été pratiquement annihilé après la loi Le Chapelier de 1791, qui interdisait les corporations et supprimait de fait la liberté d’association. Dans la période qui entoure la révolution de 1848, il connaît un certain essor, notamment à travers le développement des coopératives et du mutualisme. La terrible répression des émeutes de juin 1848 lui porte cependant un coup sévère.
Le changement se fait sentir sous « l’empire libéral » : en 1864, Napoléon III, soucieux de se concilier une population ouvrière dont le poids économique allait grandissant, lui octroie le droit de coalition. Immédiatement, des groupements ouvriers s’organisent et se réunissent en chambres syndicales destinées à contrebalancer l’organisation des syndicats patronaux. Mais il faut attendre la IIIe République et les lois Waldeck-Rousseau de 1884 pour que le syndicalisme ouvrier se voie enfin reconnu et doté d’un cadre légal. La France est alors entrée dans une crise économique aux graves conséquences sociales. Le mouvement ouvrier, depuis l’amnistie des communards de 1880, peut se reconstituer, notamment à travers le Parti ouvrier français de Jules Guesde,
Sa courte vie durant, Marie Bashkirtseff, qui avait vu le jour en Ukraine, en 1858, et qui devait mourir à Paris le 30 octobre 1884, écrivit son Journal. Grâce à lui, nous connaissons précisément la genèse de la réalisation de ce tableau, commencé en mai 1883. Cependant, même si cette période correspond au moment où Jules Ferry, président du Conseil, a confié à son ministre de l’Intérieur, Pierre Waldeck-Rousseau, la mise au point des textes législatifs qui allaient régir les droits d’association et de réunion, rien n’indique que l’artiste ait voulu, à travers cette œuvre, illustrer ce moment particulier.
Présentée au Salon des artistes français de 1884 sous le titre Un meeting, l’œuvre ne valut pas à son auteur la récompense qu’elle espérait, mais connut d’emblée un large succès public. La transposition dans le monde enfantin d’une réunion semi-clandestine dont les participants affichent des mines bien individualisées n’est pas dépourvue d’humour, ainsi que l’atteste par exemple la présence d’un graffiti représentant un pendu sur la gauche de la palissade. Mais cette représentation s’apparente aussi au courant naturaliste et aux œuvres de Jules Bastien-Lepage, par son goût du détail vériste et sa facture dérivée des recherches impressionnistes. Le sujet de cette réunion dont les femme sont exclues – seule une forme féminine s’éloigne sur la droite à l’arrière-plan du tableau – reste cependant énigmatique puisque inscrit sur l’ardoise que l’aîné des personnages, en casquette et avec un cartable, nous dissimule.
Les premières éditions du Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse, donnaient du terme meeting une définition précise : « Réunion populaire anglaise, ayant pour objet de délibérer sur une question politique ; réunion populaire ayant le même objet, dans un pays quelconque », qui liait intimement la réunion d’individus, jusqu’alors proscrite en France, et son contenu. Lorsque, avec une pointe de dérision, puisqu’elle l’applique à des enfants, Marie Bashkirtseff reprend ce terme, elle préfigure, en la dédramatisant, une évolution qui semble alors inéluctable. Mais en dissimulant le sujet de ce regroupement d’enfants, elle laisse flotter un doute sur son caractère ludique, partageant alors les appréhensions des milieux aristocratiques et bourgeois, dont elle était une des portraitistes attitrés, qui s’inquiétaient de la libéralisation sociale grandissante du régime.
Auteur : Dominique LOBSTEIN