© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Portrait d'Emile Zola.
Auteur : Edouard MANET (1832-1883)
Date de création : 1868
Date représentée : 1868
Dimensions : Hauteur 146.3 cm - Largeur 114 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94DE50373/RF 2205
Considéré comme le peintre de la rupture avec la peinture officielle au milieu du XIXe siècle, Manet n’a qu’une célébrité de scandale[1] au début de sa carrière. Zola, qui n’est encore qu’un jeune journaliste débutant dans la critique d’art, décide de se constituer de manière retentissante l’avocat de Manet[2] et de défendre cette « nouvelle manière en peinture », libérée des conventions académiques au profit de l’observation directe de la réalité moderne. Pour le remercier de son précieux soutien, Manet fait son portrait.
C’est dans son atelier que Manet a soigneusement « mis en scène » Zola, dans un univers destiné à rappeler ses activités et ses goûts. Installé à sa table de travail, encombrée symboliquement d’un encrier avec une plume de paon et surtout de livres et brochures dont la plaquette bleu ciel au nom de Manet, en guise de signature du tableau, que Zola a publiée à l’occasion de l’exposition particulière du peintre en 1867, le jeune critique d’art lit distraitement un livre d’art illustré. Dans un cadre sur le mur sont glissées une estampe japonaise représentant un lutteur de sumo, l’une de celles que collectionnait le peintre, une gravure d’après Los Borrachosde Vélasquez et une photographie en noir et blanc d’Olympia qui, contrairement à l’original, détourne la tête vers Zola et lui lance un regard complice comme pour le remercier d’avoir été l’un de ses rares défenseurs.
A travers tous ces indices, le peintre dévie subtilement du seul portrait de Zola vers leurs goûts communs, et surtout sur lui-même.
Ce portrait, accepté au Salon de 1868, révèle au grand public l’effigie de ce jeune journaliste polémique qui vient de publier Thérèse Raquin et nourrit de grandes ambitions littéraires. De plus, il consacre publiquement l’association intellectuelle des deux hommes au moment même où Baudelaire qui, le premier, a vu en Manet « le peintre de la vie moderne », disparaît lentement. Mais Zola, qui a offert au peintre la défense la plus vibrante et la plus nourrie de toute sa carrière, sera bientôt déçu par la direction « impressionniste » prise par le peintre dans les années 1870 et exprimera dès lors une grande incompréhension devant sa peinture et les nouveaux courants d’une manière générale.
Comme plusieurs peintres illustres – Delacroix avant lui, Picasso après lui –, Manet a eu, en plus de son génie propre, celui d’attirer de grands écrivains, de Zola à Mallarmé.
Auteur : Fleur SIOUFFI