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La patrie en danger

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La Patrie en danger.

© Musée de la Révolution française, Vizille

Agrandissement - Zoom

Titre : La Patrie en danger.

Auteur : Guillaume GUILLON dit LETHIERE (1760-1832)
Date de création : 1799
Date représentée : 1799
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée de la Révolution française, Vizille (Vizille) ; site web
Contact copyright : Musée de la Révolution française. BP 1753. 38220 Vizille. Tél. : 04 76 68 07 35 / Fax : 04 76 68 08 53. ; site web

  Contexte historique

En 1798, l’Angleterre demeure l’ennemi principal de la France révolutionnaire. La victoire navale de Nelson à Aboukir, le 13 messidor an VI (1er août 1798), en reprenant le contrôle de la Méditerranée, a permis à la « perfide Albion » de se rapprocher de la Turquie et de la Russie du tsar Paul Ier. Cette seconde coalition embryonnaire et dirigée contre la France allait bientôt se renforcer de l’arrivée de l’Autriche après l’échec des pourparlers de Rastadt (mars-avril 1799). La guerre ouverte reprend et au printemps 1799 les armées de la République française accumulent les revers. La frontière du Rhin est menacée, Masséna recule en Allemagne et en Italie où les « jacobins » italiens profrançais sont massacrés. Au début de l’été, on peut craindre une invasion de la France imminente d’autant que les Anglais viennent de débarquer au nord des Pays-Bas et se sont emparés de la flotte batave. Devant ces difficultés, le « second Directoire » fait voter de nouvelles lois militaires afin d’appeler 200 000 hommes et de renforcer la conscription instaurée par la loi Jourdan du 19 fructidor an VI (5 septembre 1798). Le principe de cette loi, longtemps contestée, était que « tout Français est soldat et se doit de défendre sa patrie ».

  Analyse de l'image

Dans une ville portuaire fictive, les hommes partent pour sauver la République des menaces d’invasion étrangères et contre-révolutionnaires. Au centre du tableau, un soldat embrasse son épouse, en présence de leur enfant et de sa nourrice, tout en se tournant déjà vers ses compagnons d’armes, qui lui indiquent qu’il est temps d’embarquer. Autour d’eux, une foule de soldats lève unanimement leur sabre à la gloire de la majestueuse statue de la Patrie, placée symboliquement au-dessus des magistrats qui contrôlent et organisent le départ des troupes. Parmi eux, on relève la présence d’un Noir, représentant des ex-colonies françaises qui symbolise l’abolition de l’esclavage voulue et décrétée par la Convention le 16 pluviose an II (4 février 1794). Tout en étant volontairement imaginaires, les costumes des soldats et des représentants officiels de la nation s’inspirent des planches que Vivant Denon a gravées en 1794 d’après les dessins de David et où figurent des projets de costumes civils et militaires des représentants de la République. On relève également l’influence des costumes portés sous le Directoire lors des cérémonies officielles.

  Interprétation

Ce tableau de Guillon-Lethière recourt à des procédés classique afin de traduire une scène d’histoire contemporaine. Les paysages, les édifices, certains costumes reprennent les canons de l’histoire ancienne. Le sujet ainsi que certains éléments emblématiques sont en revanche tirés de l’histoire du temps présent – les enrôlements, la patrie en danger, la statue de la Patrie, le rôle des Représentants du peuple –, tout en rappelant l’histoire récente de la séquence révolutionnaire – 1793, les levées en masse – ainsi que la propagande iconographique de l’an II. Toutefois, c’est l’histoire à venir qui aura le dernier mot car le 18 Brumaire et le coup d’Etat de Bonaparte obligeront l’artiste à ne finalement jamais traduire en grand ce sujet ambitieux.

Auteur : Pascal DUPUY


Bibliographie

  • Philippe BORDES, « La patrie en danger par Lethière et l’esprit militaire », La Revue du Louvre, 1986, n° 4-5, p. 301-306.
  • François FURET et Denis RICHET, La Révolution française, Paris, Fayard, 1965, nouv. éd. 1997.
  • Collectif, Catalogue des peintures, sculptures et dessins, Vizille, Musée de la Révolution française, 1986.

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