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Les débuts de l'aviation : la traversée de la Manche

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Louis Blériot traverse la Manche.

© Musée de l'Air et de l'Espace, Paris-Le Bourget - droits réservés

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Titre : Louis Blériot traverse la Manche.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1909
Date représentée : 25 juillet 1909
Technique et autres indications : Photographie
Lieu de Conservation : Musée de l'Air et de l'Espace - Le Bourget (Le Bourget) ; site web
Contact copyright : Service de Documentation, Musée de l'Air et de l'Espace, Aéroport de Paris-Le Bourget, Boite Postale 173, 93352 Le Bourget Cedex, Tél : 01.49.92.70.20 ; site web

  Contexte historique

La traversée de la Manche entre dans le cadre des exploits des débuts de l’aviation, qui passionnent les foules. Depuis 1906-1907, les Parisiens assistent aux tentatives des hommes-oiseaux à Issy-les-Moulineaux ou Bagatelle ou lors des premiers grands meetings comme celui de Juvisy. Fidèle à la tradition de mécénat industriel du début de siècle, le journal britannique Daily Mail offre en octobre 1908 la somme faramineuse de 1 000 livres sterling au premier aviateur qui réussira la traversée de la Manche en aéroplane. Motivés tant par le prix que par la gloire, plusieurs aviateurs français relèvent le défi et préparent leurs machines. Louis Blériot est alors au bord de la faillite, suite aux échecs rencontrés avec ses avions précédents. C’est avec son dernier modèle, le Blériot-XI, qu’il se lance dans l’aventure.

  Analyse de l'image

Trois concurrents se trouvent sur la ligne de départ : Hubert Latham et son aéroplane dénommé Antoinette, le comte de Lambert sur biplan Wright et Blériot avec le n° XI. Après l’échec de Hubert Latham, qui tombe à l’eau le 19 juillet 1909, Blériot tente la traversée le 25 juillet, décollant à 4 heures 41 minutes de Sangatte pour gagner la mer. Son moteur Anzani tourne parfaitement et lui permet d’atteindre une altitude de 80 mètres, hauteur qu’il va conserver durant les 40 kilomètres de la traversée. Le cliché présente l’aviateur français au moment du survol de la plage de Sangatte, non loin de son point de départ. Cette image est à retenir parce qu’elle offre une présentation juste des conditions du départ de Blériot et qu’elle suggère une forme de supériorité de l’homme volant sur les terriens.

Après 26 minutes de vol, l’avion et son pilote se posent sur une falaise anglaise près de Douvres. Blériot vient d’accomplir un exploit immense, d’autant plus méritoire au regard de ses handicaps : ses précédents avions pâtissaient d’un moteur peu fiable. De surcroît, gravement brûlé à la jambe suite à un accident au début du mois de juillet, Louis Blériot marchait avec des béquilles, sans oublier qu’il ne savait pas nager !

  Interprétation

Ce succès eut une répercussion énorme. Outre l’argent et la gloire mondiale qu’il tire de son exploit, Blériot voit affluer les commandes pour son n° XI, aussi bien de l’armée française que de nombreux pays étrangers. L’aviateur va ouvrir des écoles de pilotage à Duc, à Pau et même en Angleterre à Hendon. Lors de la déclaration de guerre en 1914, le Blériot-XI « type militaire » équipait tout ou partie de l’aviation militaire française, quatre unités du « Royal Flying Corps » britannique et d’autres escadrilles du « Naval Air Service ». De nombreux autres exemplaires étaient en service dans les forces aériennes italiennes, belges, russes, serbes. Ces appareils serviront au début du conflit, avec une certaine efficacité, mais, compte tenu de leur faible vitesse, du peu de charge utile qu’ils pouvaient embarquer et de leur autonomie limitée, ils seront cependant rapidement relégués à des tâches secondaires ou à l’entraînement des pilotes. Des Blériot-XI furent cependant confrontés à des avions allemands « Taube » ou autrichiens, devant lesquels ils firent bonne figure.

On ne peut toutefois ignorer que cette photographie est en réalité un montage, un faux historique. Il n’y avait pas de photographes au moment du départ de Blériot. Le cliché a été pris sur deux scènes différentes puis monté en studio pour présenter son départ. L’objectif était de vendre un grand nombre de tirages de l’événement. Cette pratique était courante avant la guerre de 1914 pour des scènes de genre aéronautiques, souvent lors des meetings. On ne saurait toutefois parler de falsification : il s’agit ici de saisir une scène que la photographie n’est pas encore en mesure de fixer sur la pellicule. L’aviation était si populaire que les éditeurs de cartes postales ou de photographies montaient ce type de clichés pour les vendre le jour de la manifestation. Le public pouvait acheter la photo du meeting avec un avion présent ce jour-là alors qu’il était encore techniquement impossible de faire le cliché et de le développer dans la journée. Le montage photographique devenait impératif.

Auteur : Philippe GRAS


Bibliographie

  • Bernard MARK, Histoire de l’aviation, Paris, Flammarion, 2001.
  • Michel BENICHOU, Un siècle d’aviation en France, Paris, Larivière, 2000.
  • Sandrine CHARTIER, Louis Blériot, Paris, J.C. Lattès, 1992.

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