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Alexis-Charles-Henri Cléral de Tocqueville.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Agrandissement - Zoom

Titre : Alexis-Charles-Henri Cléral de Tocqueville.

Auteur : Théodore CHASSERIAU (1819-1856)
Date de création : 1850
Date représentée : 1850
Dimensions : Hauteur 163 cm - Largeur 160 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 89EE207 / MV 7384

  Contexte historique

Magistrat sous la Restauration, Alexis de Tocqueville (Paris, 1805-Cannes, 1859) fut chargé d’une mission d’information aux Etats-Unis et publia à son retour, avec son collègue Gustave de Beaumont, un ouvrage qui servit à la réforme de l’administration pénale, Du système pénitentiaire aux Etats-Unis et de son application en France (1832). Démissionnaire de ses fonctions de juge, il plaida au barreau, voyagea en Angleterre où il se maria et, en 1835, publia la première partie d’un ouvrage qui, achevé en 1840, assura sa célébrité et devint la référence des partisans du libéralisme politique : De la démocratie en Amérique.

Député de la Manche en 1839, Tocqueville siège dans l’opposition. En 1841, il est élu à l’Académie française. Très indépendant, il mène alors une enquête sur l’Algérie, soutient la liberté de l’enseignement et les idées libre-échangistes.

Après les journées de février 1848, député à l’Assemblée constituante où il siège à droite, puis à la Législative, il devient ministre des Affaires étrangères dans le ministère Barrot. Hostile à l’ascension de Louis Napoléon Bonaparte, il signe le 2 décembre 1851 la demande de mise en accusation du prince-président et est incarcéré. Il se retire ensuite de la vie politique, séjournant en Italie et en Allemagne. Sa grande œuvre historique, L’Ancien Régime et la Révolution (1856), bien qu’inachevée, est une remarquable reconstitution des événements politiques et sociaux.

Pour Tocqueville, la liberté de la presse et l’indépendance du pouvoir judiciaire constituent les deux garanties nécessaires à l’exercice de la démocratie, menacée par le despotisme de la majorité.

  Analyse de l'image

Elève d’Ingres (il entre dans son atelier fin 1830 ou début 1831), Théodore Chassériau fait ses débuts au Salon en 1836 : il y envoie des portraits de membres de sa famille (Louvre) et le Retour de l’enfant prodigue (Le Havre, musée Malraux). En 1840, il séjourne à Rome, puis, en 1846, en Algérie : le passage d’un académisme strict vers une peinture ouverte à l’orientalisme caractérise alors son œuvre.

Portraitiste de talent, Chassériau voit dans la pratique de ce genre un moyen d’opérer une synthèse personnelle entre son classicisme ingresque et ses aspirations romantiques. Ses modèles, comme le père Lacordaire (tableau exposé au Salon de 1841 ; musée du Louvre) et Tocqueville, étaient généralement des proches : loin de toute convention, il les représente dans un cadre dépouillé, attirant l’attention sur la beauté des mains et du regard, qui traduit la qualité de l’homme et la profondeur de sa réflexion.

Dans une redingote noire que seule vient éclairer la blancheur du col et des manchettes de sa chemise, Tocqueville, alors ministre, pose debout, vu à mi-corps, la main droite reposant sur le dossier d’un fauteuil de bois doré recouvert d’une soierie verte brodée d’or, seule concession à la couleur d’une composition baignée par les accords gris-vert que diffusent les boiseries de la pièce. Chassériau modifia la pose initiale du modèle, comme l’atteste un dessin préparatoire (Paris, musée Carnavalet), où l’écrivain est représenté de face, assis dans un fauteuil, les deux bras posés sur les accoudoirs.

  Interprétation

Grand connaisseur de la pensée de Tocqueville, François Furet a laissé cette très belle page sur ce portrait : «Chasseriau peint un homme au faîte de sa carrière en lui prêtant un visage qui rêve encore son propre avenir : l'expression générale soignée et timide, un air de mélancolie et de sensibilité qui ne doit rien à la mode, un regard attentif et un peu perdu à la fois. (…) Ce qu'il a saisi admirablement c'est le Tocqueville qui vit dans un autre monde que celui des carrières, étranger au monde bourgeois, peu à l'aise dans la politique des intérêts et des compromis, obsédé par la nouveauté du monde que découvrent ses pensées. Son univers tient à la fois de l'aristocratie, dont il vient, et de l'égalité démocratique dont il fait la philosophie. Il l'isole de ses contemporains et de la vie publique de son temps, même quand il parvient à y jouer un rôle. Alors que tant de portraits de la même époque respirent la satisfaction de la réussite et l'orgueil terrestre des choses accomplies, celui-ci peint avec un tact exquis le géni le plus inquiet et le plus profond de la pensée politique du XIX ème siècle.»

Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS


Bibliographie

  • Raymond ARON, Les étapes de la pensée sociologique : Montesquieu, Comte, Marx, Tocqueville, Durkheim, Pareto, Weber, Paris, Gallimard coll. « Tel », 1997.
  • François FURET, La Révolution II : 1814-1880,, Paris, réed. Hachette coll. "Pluriel", 1992.
  • André JARDIN, Alexis de Tocqueville : 1805-1859, Paris, Hachette, 1984.
  • Pierre MANENT, Tocqueville et la nature de la démocratie, Paris, Fayard, 1993.
  • Pierre MANENT, Les Libéraux, Paris, Gallimard, nouv. édit. coll. « Tel », 2001.
  • Françoise MÉLONIO, Tocqueville et les Français, Paris, Aubier, 1993.
  • Pascal ORY (dir.), Nouvelle histoire des idées politiques, Paris, Hachette coll. « Pluriel », 1989.
  • Alexis de TOCQUEVILLE, Oeuvres (De la démocratie en Amérique ; Souvenirs ; L’Ancien Régime et la Révolution), Paris, Laffont coll. . « Bouquins », 1997.

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