© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie
Titre : Complainte sur l’arrestation du Père Duchesne, 24 ventôse an II (13 mars 1794).
Date de création : 1794
Date représentée : 13 mars 1794
Technique et autres indications : imprimé
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : AE/II/1880
L’appel à une nouvelle insurrection sans-culotte
Depuis 1790, Jaques-René Hébert publie Le Père Duchesne dont le langage cru remporte un vif succès auprès des sans-culottes : le titre a déjà été utilisé car le personnage appartient à la mythologie populaire parisienne. En nivôse an II (décembre 1793) s’engage, entre Le Vieux Cordelier de Desmoulins et Le Père Duchesne une lutte qui, au delà des antagonismes personnels, révèle deux factions entre lesquelles la Convention se trouve prise : les « indulgents » et les « enragés » (« hébertistes »). Le 14 ventôse, au club des Cordeliers, Hébert fait le pas qui lui sera fatal en appelant à l’insurrection populaire
La mort du Père Duchesne
Le 4 germinal an II (24 mars 1794), à cinq heures et demie de l’après-midi, trois charrettes transportant dix-huit condamnés à mort parviennent sur la place de la Révolution[1] envahie par une foule plus grande encore qu’à l’ordinaire. Parmi ceux qui vont mourir se trouvent le général Ronsin, Vincent, l’imprimeur Momoro et Hébert, qu’on a fini par assimiler au « père Duchesne », le héros « bougrement patriotique » de son journal. On attend leur exécution, depuis la veille parfois, et des groupes chantent, pour passer le temps, la « complainte du père Duchesne » qui vient de paraître et que les colporteurs vendent dans la foule surveillée par les mouchards de la police.
Les vers de circonstance s’étonnent de la chute soudaine de celui dont on craignait naguère les appels à la guillotine, en reprenant son langage imagé (« siffler la linotte » pour « être emprisonné »). Puis les couplets détaillent les chefs d’inculpation qui pèsent sur le « fameux marchand de fourneaux » (profession supposée du père Duchesne) : complot contre la République (l’appel à l’insurrection du 14 ventôse, les mises en cause maladroites des Comités et de Robespierre dans le journal), collusion avec l’Angleterre (par l’intermédiaire du banquier hollandais Kock), préparation d’une insurrection royaliste. Dans un climat de suspicion, la complainte évite d’accabler Hébert sans pour autant lui être favorable. Les accusations du tribunal révolutionnaire sont reprises de manière dubitative : « On nous dit que… », « On assure que… »
Hébert a passé sa dernière nuit en prison à hurler et à appeler au secours. Le public moque le manque de fermeté de celui qui réclamait sans cesse que tombent les têtes. Quand vient son tour de « jouer à la main chaude » (« être guillotiné »), Hébert doit être traîné à l’échafaud : sa tête montrée par le bourreau est saluée par des quolibets.
L’élimination des « enragés »
Dans le contexte incertain et menaçant du début de l’année 1794, le gouvernement révolutionnaire ne peut tolérer les provocations répétées des « enragés » qui se réunissent aux Cordeliers et dont Hébert est plus le relais médiatique que le meneur. Leur procès et leur condamnation surprennent l’opinion, mais ne provoquent pas de réaction. Le Vieux Cordelier, en révélant le 16 nivôse (5 janvier 1794) que le « père Duchesne » était appointé par le ministre de la guerre Bouchotte et qu’il faisait des soupers fins chez un banquier étranger alors que la disette régnait dans Paris, avait, il est vrai, déjà beaucoup terni son image de patriote intègre…
Auteur : Delphine DUBOIS et Régis LAPASIN
Actuelle place de la Concorde.