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Carte géométrique de Bretagne... portant les limites des futurs départements

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

Agrandissement - Zoom

Titre : Carte géométrique de Bretagne... portant les limites des futurs départements

Date de création : 1771
Date représentée : 26 février 1790
Dimensions : Hauteur 57.05 cm - Largeur 79.05 cm
Technique et autres indications : Gravure avec rehauts de couleur et mentions manuscrites
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : NN/182/54

  Contexte historique

Un accord unanime

La carte d’origine, gravée dans son cadre gradué, était dédiée en 1771 au duc de Duras (1715-1789), noble et militaire de haute lignée alors chargé de l’ordre en Bretagne. Elle a été réutilisée par les députés bretons pour porter en couleur le tracé des nouvelles divisions administratives décrétées par l’Assemblée constituante entre décembre 1789 et février 1790 : cinq départements aux noms géographiques (Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure) et quarante-cinq districts[1], définis autour des bourgades de quelque importance, se superposent aux évêchés de l’ancienne province. Seul un léger litige[2] à l’extrémité sud-est a fait l’objet d’une brève négociation : « Il faudra se conformer au tracé indiqué par la ligne noire. » Dès le 26 février 1790, avec rapidité et enthousiasme, les députés entérinent depuis Paris le nouveau visage de la Bretagne, qu’ils valident par leur signature – « approuvé la présente carte avec le double d’icelle pour servir de minute de la division de la province de Bretagne en 5 départements et 45 districts, à Paris, le 26 février 1790 ».

  Analyse de l'image

Cinq départements délimités en Bretagne

Cette belle carte a été dressée vingt ans plus tôt par l’ingénieur et géographe Jean Ogée (1728-1789), spécialiste des représentations de la Bretagne. On en retrouvera plusieurs exemplaires sur des émigrés en 1795, lors de la tentative manquée de débarquement des royalistes émigrés à Quiberon. Elle est précise dans ses détails topographiques (côte sablonneuse ou rocheuse, ports, îles, cours et embouchures des rivières, forêts, routes principales, localités et abbayes, limites des diocèses) et soignée dans son cartouche ou son écriture. Mais son double intérêt est ailleurs : dans la disparition de la province et la première apparition des départements, ainsi que dans l’ensemble unanime et précoce avec lequel les fondateurs de cette nouvelle partition la signent.

  Interprétation

Les députés, artisans d’une organisation nouvelle

Le découpage de la Bretagne en départements, sections de l’Etat toutes gérées de la même façon, ne fut pas la partie la plus difficile du travail des Constituants, qui ont été davantage contestés dans des régions aux contours moins nets. L’accord des députés bretons est donné le jour même du décret d’application de la loi sur les nouvelles circonscriptions administratives. Tous adhèrent à la nouvelle conception de l’organisation administrative : « L’Etat est un, les départements ne sont que des sections du même tout ; une administration uniforme doit donc les embrasser tous dans un régime commun. » (instruction du 8 janvier 1790).

Plusieurs des députés signataires, magistrats issus de la bourgeoisie de robe, négociants ou hommes d’Eglise, représentants d’une province assez contestataire vis-à-vis du pouvoir royal, sont des membres éminents et connus de la société bretonne[3], unis sans réserve dans les premières manifestations égalitaires des débuts de la Révolution, qu’ils ont approuvée et soutenue, tels Jean-Denis Lanjuinais (1753-1827), l’un des fondateurs du club Breton, futur club des Jacobins, Guy Leguen de Kerangal (1746-1817), fervent partisan de l’abolition des privilèges, ou l’abbé Louis Alexandre Expilly (1742-1794) élu en 1790 premier évêque constitutionnel du Finistère.

Ultérieurement, le durcissement des idées révolutionnaires, la déchristianisation autoritaire, la levée en masse au profit des armées de la République, en conduiront plusieurs à la révolte ou à la mort ; d’autres passeront les divers régimes politiques, et seront investis de fonctions administratives ou judiciaires. L’un d’eux, Jean-Pierre Boullé (1753-1816), sera le premier préfet des Côtes-du-Nord.

Au XXe siècle, de nouvelles modifications d’organisation administrative apparaissent. La Loire-Inférieure devenue Loire-Atlantique est rattachée aux Pays de Loire lors de l’élaboration des régions, à partir de 1972. Cette rupture avec l’unité historique de la province de Bretagne se trouve contestée depuis trois décennies. En raison de l’histoire ou de l’attraction économique, deux siècles après le découpage en départements, des voix s’élèvent pour réunir en une seule et même région les cinq départements nés de la province de Bretagne.

Auteur : Cécile SOUCHON


Notes

Créés par la loi du 26 janvier 1790, les 544 districts de France seront ensuite supprimés par la Constitution de l'an III.

Pour le sud du district de Clisson.

Plusieurs accompagnent leur signature des trois petits points qui montrent sans doute leur appartenance à une loge maçonnique : Perret de Tregadonc, Binot, Poulain de Corbion...


Bibliographie

  • Marcel RONCAYOLO, « Le département », in Pierre NORA (sous la direction de) Les Lieux de mémoire, tome II « La Nation », Paris, Gallimard, 1988, rééd. coll. « Quarto », 1997.
  • Jacques REVEL, « La Région », Paris, Gallimard, 1988, rééd. coll. « Quarto », 1997.
  • Collectif, Le Département, hier, aujourd’hui, demain. De la centralisation à la décentralisation, colloque des 24-26 septembre 1991, Grenoble, PUG, 1994, 575 p.

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