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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Une vision sociale de l'armée

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La Part des pauvres.

© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin

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Titre : La Part des pauvres.

Auteur : Marius ROY (1853-1921)
Date de création : 1886
Date représentée : 1886
Dimensions : Hauteur 105 cm - Largeur 155 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rennes (Rennes) ; site web
Contact copyright : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20 quai Emile Zola. 35000 Rennes. Tél: 02-99-28-55-85 Chargé de la documentation : Patrick Daum : daum@mbar.org

  Contexte historique

La pauvreté et la malnutrition dans la France de la IIIe République

Dans la société française du XIXe siècle, les inégalités sont encore criantes alors que les classes supérieures représentent seulement 15 % environ de la population urbaine. Souvent touchées par la précarité, les classes populaires sont attirées par les villes, dont la physionomie témoigne des disparités sociales. Dans les quartiers les plus pauvres, les revenus sont insuffisants et irréguliers, les logements insalubres, l’alimentation carencée et le travail fatigant. La condition des travailleurs manuels est celle du dénuement et des lendemains incertains. L’existence y est pour bon nombre difficile, tributaire d’un rythme irrégulier de travail, d’une embauche au coup par coup et d’un chômage récurrent.

  Analyse de l'image

Une vision sociale de l’armée

La population urbaine touchée par la pauvreté se rassemblait fréquemment à la porte des casernes militaires situées dans les villes. Le tableau représente une scène authentique : le dimanche, des cuirassiers à la porte de leur quartier, situé vraisemblablement dans la région de Rennes, donnent un reste de soupe à des mendiants. Le peintre Marius Roy, nommé maître de dessin à l’Ecole polytechnique, se spécialisa dans la représentation de la vie militaire dans ses aspects les plus simples. Plusieurs cuirassiers à l’intérieur de leur quartier semblent être des appelés, dont certains sont de corvée. Ce tableau, exposé au Salon de 1886 et à l’Exposition nationale et régionale de Rennes en 1887, dans lequel se fait sentir l’influence du naturalisme, illustre le lien de solidarité qui unissait l’armée et la population sous la IIIe République. En assurant la défense de la nation, l’armée n’est plus coupée du peuple comme auparavant, elle se veut aussi éducatrice, sociale, voire charitable comme ici.

  Interprétation

Le renouvellement de l’iconographie militaire

Ce tableau de propagande cherche à renouveler l’iconographie militaire. Cette vision sociale de l’armée, très rare en peinture, illustre l’idéologie égalitaire de la IIIe République. Tenue pour responsable de la défaite de 1870-1871, l’institution incarne par la suite le salut social et représente un rempart contre la guerre civile. Le redressement moral de la nation lui incombe.

Au cours des années 1880, le service militaire, obligatoire pour tous les citoyens depuis 1872, bouleverse la société française par le mélange des classes sociales qui s’opère dans les casernes. Pour pallier le manque de bâtiments nécessaires à l’accueil des conscrits, l’armée réquisitionne parfois des monuments anciens comme c’est le cas dans le tableau de Roy où apparaît un pont-levis. Une instruction ministérielle du 20 mars 1875 améliore le confort des bâtiments à usage militaire, introduisant l’hygiène dans les quartiers.

Au cours des années 1880, les quartiers suscitent curiosité et sympathie. La peinture militaire s’écarte des conventions précédemment en vigueur au profit d’un réalisme documentaire, genre inauguré par Edouard Detaille. La représentation militaire évolue de l’épique vers l’anecdotique et privilégie la vie quotidienne du soldat. Les rituels du quartier ou de la caserne, lieu de passage obligé de la majorité des jeunes Français, sont au cœur d’un nouveau folklore illustré par le comique troupier. La vie de garnison rythme la vie des cités provinciales par les manœuvres des régiments et surtout la revue du 14-Juillet.

Toutefois, dès les années 1890, l’opinion publique se lasse de ces représentations banales de la vie quotidienne d’une armée de temps de paix et reste nostalgique d’une peinture militaire évoquant les glorieuses victoires d’un passé prestigieux. La Part des pauvres témoigne ainsi de l’épuisement du sujet militaire en peinture, qui n’a plus rien à offrir à la curiosité du public. De manière générale, la peinture militaire continue d’entretenir la nostalgie des provinces perdues, bientôt reconquises par les « poilus ». Il faut attendre la Première Guerre mondiale et la vie dans les tranchées pour voir les artistes renouveler entièrement le sujet et l’intérêt du public.

Auteur : Patrick DAUM


Bibliographie

  • Chistophe CHARLE, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1991.
  • François ROBICHON, L’Armée française vue par les peintres 1870-1914, Herscher-Ministère de la Défense, 1998.
  • Raoul GIRARDET, La Société militaire de 1815 à nos jours, Perrin, Paris, 1998.

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