mouvements et salons (7 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Caïn.
Auteur : Fernand-Anne PIESTRE, dit CORMON (1845-1924)
Date de création : 1880
Dimensions : Hauteur 400 cm - Largeur 700 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 83DE171 /
La peinture officielle de la IIIe République
Fernand Cormon a effectué une carrière exemplaire sous la IIIe République, exécutant nombre de commandes publiques[1]. Régulièrement médaillé au Salon depuis 1870, il n’y présente rien en 1879 afin de se consacrer à une toile monumentale, Caïn, exposée l’année suivante. Très attendu, le tableau crée l’événement. Il est acheté par l’Etat et vaut la Légion d’honneur à son auteur. Contrastant avec l’exécution lisse et les couleurs claires des autres œuvres du Salon[2], il se rattache à la peinture d’histoire par son sujet et au naturalisme par son traitement.
« La Conscience »
Le tableau est présenté au Salon comme l’illustration des premiers vers de « La Conscience » de Victor Hugo[3], poème lui-même inspiré de la Genèse (IV). Le poète avait insisté sur le caractère inéluctable de la sentence divine : condamné par Dieu à fuir sans fin parce qu’il a assassiné son frère Abel, Caïn est poursuivi par sa conscience, incarnée par l’œil de Dieu, jusque dans sa tombe. Le poème est ponctué de vers traduisant cette omniprésence. Hugo s’est inspiré d’une gravure du XVIIIe siècle[4], où l’œil divin apparaît à travers des nuages.
Dans le tableau, la fuite désespérée de Caïn et de ses descendants est traduite par le format en largeur et par une composition très simple, basée sur deux grandes diagonales proches de l’horizontale. Des ombres au caractère menaçant s’étirent sur le sol. La troupe avance d’un pas lent et les yeux baissés. Cormon a peint par touches épaisses, d’une large facture, recourant à une gamme de couleurs terreuses qui créent une atmosphère oppressante. La seule détente est apportée par la silhouette bleutée d’une montagne à l’horizon et par les percées de ciel à travers les nuages, auxquelles le groupe tourne le dos.
Ce cortège frappe par son traitement « archéologique » : Cormon a soigné sa reconstitution et exécuté chaque figure d’après des modèles vivants venus poser dans son atelier, qu’il revêt de peaux de chèvre et représente grandeur nature.
Un tableau anthropologique
Caïn est le premier tableau d’inspiration préhistorique de Cormon qui s’en fera ensuite une spécialité. Son exécution suit de peu les découvertes de l’homme de Cro-Magnon et les peintures paléolithiques d’Altamira. Il correspond à la vision anthropologique des années 1880. Le darwinisme[5] vient d’affirmer les impératifs biologiques de l’homme, calqués sur le règne animal, réduisant notamment la femme à sa finalité reproductrice et établissant son infériorité intellectuelle, ce qu’illustre le groupe de créatures inactives et alanguies portées sur le brancard. De même la pensée de Darwin, véhiculée par Hippolyte Taine[6], a engendré le déclin de la croyance en un Dieu bienveillant ayant préordonné le bonheur humain. D’où cette représentation « laïque » et pessimiste des ancêtres de l’humanité, miroir d’une société à laquelle la science apporte réconfort et crainte en même temps.
Auteur : Stéphanie CABANNE
Notamment La Bienfaisance de l'Education pour la mairie du IVe arrondissement (1878), une Histoire de l'écriture pour l'Hôtel de Ville de Paris et trois plafonds pour le Petit Palais (Vision du Paris primitif, Révolution française et Temps modernes, 1911).
L'autre uvre monumentale du Salon est la Naissance de Vénus de William Bouguereau (1879, musée d'Orsay).
In La Légende des siècles (1859) :
" Lorsqu'avec ses enfants couverts de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah..."
Gravure de Gueudeville illustrant le meurtre d'Abel dans le Grand Théâtre historique (1707).
Charles Darwin, La Descendance de l'homme (1871).
Hippolyte Taine est enseignant à l'Ecole des beaux-arts de même que Cormon.