© Musée des beaux-Arts de Rennes, Dist. RMN-Grand Palais / Adélaïde Beaudoin
Titre : La cathédrale de Reims en flammes.
Auteur : Emile BOUSSU (1889-1916)
Date de création : 1914
Date représentée : 1914
Dimensions : Hauteur 94.5 cm - Largeur 63 cm
Technique et autres indications : Crayons de couleur, mine de plomb et rehauts de gouache sur papier beige
Lieu de Conservation : Musée des Beaux-Arts de Rennes (Rennes) ; site web
Contact copyright : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20 quai Emile Zola. 35000 Rennes. Tél: 02-99-28-55-85 Chargé de la documentation : Patrick Daum : daum@mbar.org
Une guerre iconoclaste
La guerre de 1914-1918 causa de très graves dommages au patrimoine bâti, l’armée allemande ayant bombardé, voire dynamité de nombreux édifices avec pour objectif d’affaiblir la cohésion morale des Français.
Reims a été la plus éprouvée par la guerre de 1914 : la ville a subi un bombardement presque continu pendant toute la durée de l’occupation allemande du nord de la France, du 3 septembre 1914 au 5 octobre 1918.
Sa cathédrale, sanctuaire des sacres, apparaît ici comme le symbole de la barbarie destructrice de la Grande Guerre. Le bombardement dont elle a été la cible est hautement symbolique de la stratégie militaire allemande dès 1914. Prétextant que la terrasse des tours pouvait servir de poste d’observation, l’armée allemande canonne les combles, la charpente prend feu et embrase les échafaudages dressés contre la tour nord bientôt calcinée. Au total, ce sont 350 obus qui furent tirés sur l’édifice, crevant les voûtes de la nef et mutilant 70 statues, dont L’Ange au sourire.
Le coup porté au monument est jugé aussi sacrilège qu’inutile. Les observateurs de l’époque insistent sur la volonté de l’ennemi de détruire la cathédrale, en épargnant les maisons alentour. Les habitants de Reims doivent apprendre à vivre à l’ombre de cet emblème mutilé. Durant la guerre déjà, un débat s’engage sur l’opportunité de laisser le monument en l’état, comme témoignage de la barbarie ennemie. La restauration à l’identique est finalement décidée. Des ruines ne subsisteront que les images documentaires. La reconstruction de la cathédrale ne sera totalement achevée qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1937.
La destruction de la cathédrale de Reims hautement symbolique
Une infirmité au talon gauche fait de Boussu un réformé de la première heure, bien malgré lui. On ignore à quel moment et dans quelles circonstances l’artiste a pu réaliser ce magnifique dessin de la cathédrale de Reims en feu. Il est cependant possible de le dater. La présence d’un échafaudage en bois, adossé à la tour nord et que le feu ravage, indique en effet qu’il s’agit de l’incendie de 1914. La cathédrale où furent sacrés les rois de France n’est plus qu’une ruine fumante, avec des drapeaux de la Croix-Rouge sur les tours.
Boussu, d’un trait précis, a su rendre le caractère dramatique de cet événement. Aucun être humain ne figure dans cette image de désolation qui restitue l’ampleur de la destruction. A ce titre, ce dessin présente aussi un intérêt documentaire.
La mémoire des ruines
Après Reims, Arras connut un sort comparable. Le bombardement du 21 octobre 1914 a détruit la Grande et la Petite-Place, encadrées de maisons à arcades et à pignons du XVIIe siècle, un ensemble architectural unique dans le nord de la France. Plus éloigné du front, Paris a eu la chance d’être relativement épargnée. Le 29 mars 1918, un obus lancé à grande distance par « la grosse Bertha » a cependant crevé la voûte de l’église Saint-Gervais au moment de l’office du vendredi saint, tuant plus de cent personnes, pour la plupart des femmes en prière.
Ces destructions de monuments, sans précédent historique, ont été abondamment représentées. Les images des charpentes calcinées de ces grands édifices, symboles de l’identité nationale, ont servi la propagande, construisant ainsi la figure du barbare teuton, ennemi du Droit et de la Civilisation. L’anéantissement des monuments est perçu comme une perte irrémédiable, une rupture brutale avec le passé et l’histoire. Les Français découvrent l’étendue du désastre par les représentations des peintres et des photographes, mais aussi par les reportages comme celui d’Albert Londres sur le bombardement de Reims. Après 1918, les cartes postales prennent le relais en montrant d’innombrables vues de cités et de monuments dévastés, souvent accompagnées de la légende « Français, souvenez-vous ».
Auteur : Patrick DAUM