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Le Comte Robert de Montesquiou

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Le Comte Robert de Montesquiou.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Le Comte Robert de Montesquiou.

Auteur : Giovanni BOLDINI (1842-1931)
Date de création : 1897
Date représentée : 1897
Dimensions : Hauteur 160 cm - Largeur 82.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90EE792 / RF 1977-56

  Contexte historique

A la fin du XIXe siècle, le portrait mondain, qu’il soit peint ou sculpté, suscite un engouement considérable. Reflet de la situation sociale de modèles issus de l’aristocratie ou de la bourgeoisie qui animent le « Paris fin de siècle », il accentue certaines de ses caractéristiques les plus prisées : l’élégance et la distinction féminines, la sobriété d’allure et l’autorité masculines.
Paris, où les avant-gardes sont accueillies à bras ouverts par ceux qui ne disposant plus du pouvoir économique, conservent l’éclat d’un nom et où la mode concourt à distinguer les élites, tient un rôle central dans la production de telles œuvres. L’on vient de toute l’Europe, de Russie ou des Etats-Unis pour confier ses traits aux pinceaux ou aux ciseaux des plus célèbres artistes, tel Jacques-Emile Blanche, à la technique enlevée et flatteuse. Mais la demande devient si abondante que, bientôt, les peintres et sculpteurs français ne suffisent plus. Dès lors, parmi les plus célèbres portraitistes se liront les noms de la Suisse Louise Breslau, de l’Américain Sargent, du Russe Troubetzkoy ou de l’Italien Boldini.

  Analyse de l'image

Giovanni Boldini est, à partir de 1872, un des peintres mondains parisiens les plus réputés. Adulé et richissime, l’artiste, entre deux voyages, immortalise d’un pinceau alerte et dans des gammes de couleurs flamboyantes une clientèle internationale variée, issue de l’ancienne aristocratie, de la bourgeoisie d’affaires ou du monde de l’art. Lorsqu’il réalise le portrait du comte Robert de Montesquiou, assis, de profil, la diagonale du corps contrebalancée par celle de la canne, toile tout en nuances de gris nacré qu’il présente au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1897, son modèle est célèbre en tant qu’écrivain et poète, mais peut-être plus encore pour le mode d’existence qu’on lui suppose. Ne prétend-on pas que son lit adopte la forme d’une chimère et qu’à proximité est installée une peau d’ours blanc sur une luge, en prévision d’un futur départ ? Et surtout, ne répète-t-on pas, dans les milieux littéraires, qu’il est le modèle du personnage de Des Esseintes dans le roman de Joris-Karl Huysmans, A rebours, où sont transposées ses extravagances ?

  Interprétation

Suscitant l’admiration autant que le rejet, le dandy des années 1880-1900 n’a plus rien à voir avec Byron ou Brummel, premières incarnations de ce personnage typique du XIXe siècle. Sa réputation est généralement fondée sur une activité intellectuelle ou artistique, souvent littéraire, ce qui est le cas de Montesquiou, auteur d’une prose alambiquée dont on ne se souvient guère. Esprit subtil et esthète raffiné, le dandy s’impose aussi par une vie sociale intense qu’illustrent notamment les personnages des romans de Marcel Proust. L’apparat vestimentaire d’un raffinement extrême, toujours accompagné d’une note personnelle (la mèche de cheveux blancs de Whistler, la boutonnière de Proust…), tient aussi un rôle important qui doit beaucoup aux grands couturiers contemporains, tel Jean Worth, dont les ateliers se développent, essaimant à travers le monde une mode internationale. Une ultime caractéristique de ce type de personnage est sa facilité à assumer un caractère difficile ; Whistler n’écrivit-il pas, en 1890, L’Art aimable de se faire des ennemis ? Volontiers marginal et hautain, le dandy peut payer cher sa singularité, comme Oscar Wilde qui, convaincu d’homosexualité, finira ses jours, misérable et abandonné de tous. Le dandy fin de siècle n’épouse plus les grandes causes : il est profondément égoïste, et si l’Histoire le contemple, lui ne lui jette qu’un regard furtif.

Auteur : Dominique LOBSTEIN


Bibliographie

  • Patrick CHALEYSSIN, Robert de Montesquiou, mécène et dandy, Paris, Somogy, 1992.
  • Bianca DORIA et Giovanni BOLDINI, Catalogo generale dagli Archivi Boldini, Milan, 2000.
  • Philippe JULLIAN, Robert de Montesquiou un prince 1900, Paris, Perrin, 1987.
  • Marylène DELBOURG-DELPHIS, Masculin singulier. Le Dandysme et son histoire, Paris, Hachette, 1985.
  • Collectif, Catalogue de l’exposition Robert de Montesquiou ou l’Art de paraître, 12 octobre 1999-23 janvier 2000, Paris, Musée d’Orsay.

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