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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Le Pays de la soif.

© Photo RMN-Grand Palais

Agrandissement - Zoom

Titre : Le Pays de la soif.

Auteur : Eugène FROMENTIN (1820-1876)
Date de création : 1869
Dimensions : Hauteur 103 cm - Largeur 134.2 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 96DE22366 / RF 2671

  Contexte historique

Dans son livre Une année dans le Sahel, publié en 1858, Eugène Fromentin, écrivain tout autant que peintre, relate l'épisode qu'il reproduit dans ce tableau, probablement peint vers 1869, qui ne quitta jamais son atelier : « La chaleur s'est accrue de six degrés pendant mon absence […] à pareille époque, il y a trois ans, un convoi de vingt hommes avait été surpris par le vent du désert à moitié chemin d'El-Aghouat à Gardaïa. Huit voyageurs étaient morts, avec les trois quarts des animaux. » Livre qu'il conclut sur les paroles qui vont donner son titre à cette œuvre : « Je pense avec effroi qu'il faudra bientôt regagner le nord […] et je saluerai d'un regret profond cet horizon si menaçant, si désolé et qu'on a justement nommé "Pays de la soif". »

  Analyse de l'image

Cette toile, ironie du sort, fut un temps propriété d'Edouard Martell, le marchand de cognac, qui la prêta à l'exposition des cent chefs-d'œuvre des écoles françaises et étrangères à la galerie Georges Petit, en 1892. Le rédacteur anonyme du catalogue de cette manifestation en a saisi, en peu de mots, le contenu profond : « Le désert : le ciel alourdi de chaleur, fait peser sur les vagues de sable ses tonalités sourdes. Parfois un mirage semble indiquer une mare ; mais la place où l'on arrive est sèche : plus d'eau, rien ! Ceux qui composaient la caravane sont tombés épuisés : les hommes, en proie à la soif qui brûle, se tordent en d'horribles douleurs, et c'est au-dessus d'eux un silence énorme, que seuls interrompent les spasmes affaiblis des agonies. A l'horizon, une ville, très lointaine, silhouette dans l'air brillant ses constructions de pierre. » Une telle toile faisait naître un nouveau thème pictural : le naufrage dans les sables qui, durant quelques années, allait concurrencer les marines.

  Interprétation

Avant que l'orientalisme ne devienne un sujet de tableaux à la mode, composés en atelier à partir de recettes et de souvenirs de voyages glanés chez les brocanteurs parisiens, quelques artistes cumulant les activités de peintre et d'écrivain se sont illustrés par leurs voyages en Orient. Beaucoup moins nombreux que les écrivains au rang desquels il faut ranger François de Chateaubriand (1768-1848), Alphonse de Lamartine (1790-1869), Théophile Gautier (1811-1872), Gustave Flaubert (1821-1880), Maxime Du Camp (1822-1894), Edmond About (1828-1885), Pierre Loti ou, enfin, Maurice Barrès (1862-1923), ils ont cependant laissé une œuvre abondante, source inépuisable d'informations sur la géographie des villes et des pays visités, sur les traditions locales ainsi que sur les formes de l'occupation européenne. Le plus ancien de ces peintres-écrivains fut Antoine-Laurent Castellan (1772-1838), qui s'illustra aux Salons avec des paysages historiques, avant d'entreprendre, de 1802 à 1812, un périple d'où il rapportera des Lettres sur la Morée (1808), des Lettres sur Constantinople (1811) et des Mœurs, usages, costumes des Ottomans (1812), ouvrages illustrés ultérieurement réunis en une seule publication. A peine plus jeune, Louis Auguste, comte de Forbin (1777-1841), qui n'a guère laissé un nom comme peintre mais plutôt comme directeur du Louvre, organise une expédition en Orient, à partir de 1817. De ce périple à travers tout le Moyen-Orient qui le mène d'Athènes en Palestine, il rapporte un Voyage dans le Levant en 1817 et 1818, agrémenté de quatre-vingts luxueuses planches de sa main. Viennent ensuite les plus connus de ces voyageurs, peintres et écrivains, Eugène Delacroix (1798-1863) et Eugène Fromentin (1820-1876). Plus disparate que celle de ses prédécesseurs, l'œuvre littéraire que Delacroix tire de son voyage au Maroc en 1832 est à rechercher dans son abondante correspondance, dans ses carnets de croquis emplis d'annotations manuscrites publiés à plusieurs reprises, et dans le texte qu'il publia en 1842, dans Le Magasin pittoresque, « Une noce juive dans le Maroc ». Avec Fromentin, nous renouons avec la littérature de voyage ; aux textes déjà cités, il faut encore ajouter un Voyage en Egypte, journal rédigé en 1869 alors qu'il participe à une croisière archéologique, puis lorsqu'il fait partie de la délégation officielle française aux fêtes inaugurales du canal de Suez. Mais à cette date et avec Fromentin, l'histoire de la découverte de l'Orient change, elle ne repose plus sur la présence d'images.

Auteur : Dominique LOBSTEIN


Bibliographie

  • Jean-Claude BERCHET, Le Voyage en Orient, Paris, Robert Laffont, 1985.
  • Collectif, Delacroix. Le voyage au Maroc, catalogue de l'exposition, 27 septembre 1994-15 janvier 1995., Paris, Institut du Monde Arabe.
  • Guy DUMUR, Delacroix et le Maroc, Paris, Herscher, 1988.

Commentaires

Bonjour. Mon père, Ingénieur agricole au Maroc, avait un collègue et ami à Casablanca. Invités chez lui, moi enfant né en 47, je n'ai jamais oublié sa spécialité culinaire dont il était légitimement fier: la tarte aux abricots (dont les noyaux au Maroc étaient des instruments de jeux nombreux et divers). Pardonnez cette intrusion personnelle qui n'a peut-être pas lieu d'être ici.M.PERRET
permi4
Par permi4 le 12/11/13 à 12h32 - #1827

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