© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet / J. Schormans
Titre : Episode du siège de Saragosse : assaut du monastère de San Engracia, le 8 février 1809.
Auteur : Louis-François LEJEUNE (1775-1848)
Date de création : 1827
Date représentée : 8 février 1809
Dimensions : Hauteur 150 cm - Largeur 128 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 81EE1378 / MV 6859
Depuis 1808, l’Espagne était livrée à une guerre complexe et cruelle entre les occupants français et les révoltés animés d’un fort sentiment dynastique (attachement aux Bourbons), national (haine contre l’occupant) et religieux (Napoléon était volontiers perçu comme un ennemi du catholicisme). Après une victoire assez facile sur les troupes régulières espagnoles, les Français se trouvèrent en présence d’un corps expéditionnaire anglais, et surtout de guérilleros qui les contraignaient à maintenir des troupes d’occupation nombreuses. Après un premier échec, l’armée française investit Saragosse qui fut conquise maison par maison. Lejeune dépeint dans L’Assaut du monastère de San Engracia l’acharnement de la lutte et les motivations du peuple espagnol. La guerre d’Espagne fut en effet la première des guerres nationales ; les estampes de Goya en reflètent le caractère acharné et les horreurs.
Comme le rapporte le texte du livret du Salon de 1827 (n° 674) : « Les Aragonais, réfugiés dans cette ville, les femmes, les soldats dirigés par Palafox, la défendent avec un courage héroïque ; dans chaque maison ils combattent de chambre en chambre et jusque sur les toits ; des coups de fusil partent encore du haut de la tour de San Engracia ruinée par notre artillerie qui vient de renverser une partie du cloître de cette église pour nous ouvrir un passage. En pénétrant par cette brèche, l’auteur, qui avait été blessé une heure auparavant à l’assaut du couvent de Saint-Augustin, reçoit une seconde blessure et tombe au pied du général Lacoste, et du colonel Valazé qui l’aide à se relever. La statue est celle de la vierge Maria Mercedés qui prie le Seigneur de pardonner aux meurtriers de son fils ». Lejeune a offert la place d’honneur de sa composition aux combattants aragonais, mais sans doute est-ce l’inscription latine Miserere domine…, lisible sur le socle de la statue, qui confère au tableau tout son sens.
Les souvenirs des guerres napoléoniennes sous la Restauration demeurent parmi les plus fortes sources d’inspiration du romantisme. Lejeune, officier autant que peintre, nous livre ici une peinture à la fois autobiographique et historique. La nostalgie de la grande épopée impériale, associée à une "analyse" critique des sauvageries de l’Empire, fait de cette pièce un document exceptionnel tant pour la compréhension de la guerre d’Espagne que pour celle de la Restauration. L’atrocité du siège de Saragosse devint légendaire en même temps que s’affirmaient, à l’époque romantique, le goût et l’admiration pour une Espagne pittoresque que les artistes commençaient à découvrir. Plus qu’une simple remémoration du siège de Saragosse, cette composition de Lejeune semble un ex-voto expiatoire pour un épisode dépourvu de la noblesse de tant d’autres hauts faits des guerres napoléoniennes.
Auteur : Robert FOHR et Pascal TORRÈS