© Musée Rodin, Paris - Cliché J. de Calan
Titre : Danseuse cambodgienne à mi-corps et les bras tendus.
Auteur : Auguste RODIN (1840-1917)
Date de création : 1906
Date représentée : 1906
Technique et autres indications : dessin à la mine de plomb, aquarelé et gouaché
Lieu de Conservation : Musée Rodin (Paris) ; site web
Contact copyright : Jérôme MANOUKIAN, Responsable du service Photographique, Musée Rodin, Hôtel Biron, 77 rue de Varenne, 75007 Paris - Tel : 01.44.18.61.10 - Fax : 01.45.51.17.52 ; site web
Référence de l'image : D.4517
Le Cambodge à l’Exposition coloniale de Marseille
Entre le 15 avril et le 18 novembre 1906 se tient à Marseille, porte de l’Orient, la première exposition coloniale. A l’occasion de cet événement organisé par le riche armateur Jules Charles-Roux, président de la Compagnie générale transatlantique et de l’Union coloniale, le roi Sisowath est reçu solennellement par la France, accompagné par des danseuses cambodgiennes. Placé entre le Viêtnam et la Thaïlande, le Cambodge, protectorat français depuis 1863, cherchait un appui en France contre la Thaïlande sous le précepte bien connu qu’un étranger est moins redoutable qu’un voisin.
Exotisme
C’est à Paris, au bois de Boulogne et au Pré-Catelan que le soir du 10 juillet 1906, Rodin put admirer les petites princesses jaunes. Son éblouissement fut tel qu’il les suivit jusqu’à Marseille.
Ecoutons Rodin confier ses impressions à Georges Bois dans L’Illustration du 28 juillet 1906 : « Ces Cambodgiennes nous ont donné tout ce que l’antique peut contenir, leur antique à elles, qui vaut le nôtre. Nous avons vécu trois jours d’il y a trois mille ans. Il est impossible de voir la nature humaine portée à cette perfection […] leurs bras sont étendus comme en croix, elles donnent un mouvement qui serpente d’une main à l’autre, en passant par les omoplates. Ce mouvement appartient à l’Extrême-Orient, inconnu, jamais vu, c’est-à-dire que quand un mouvement du bras gauche fait un arc concave, l’autre fait un arc convexe, et elles font jouer ces bras, et l’éclair du mouvement passe dans les omoplates. »
La mine de plomb donne les lignes du corps et du vêtement ; la peau du visage, des bras et des jambes est rendue par une aquarelle allant du beige au brun, le plus souvent rehaussée de gouache. Il arrive que, pour traduire le modelé, Rodin alourdisse son pinceau d’un amas de gouache non diluée qui s’écaille avec le temps et qui ajoute à la fragilité du dessin. La réserve du papier suffit ici à exprimer l’étoffe du costume. La couleur ne suit pas le trait ; elle est en deçà ou au-delà. C’est une vue de sculpteur.
Echange entre l’Europe et l’Extrême-Orient
L’influence de l’Extrême-Orient, et notamment celle de la danse asiatique, marqua la fin de la vie de Rodin. Le Cambodge et le Japon furent les deux pays qui le fascinèrent alors que de nombreuses artistes étaient envoyées, au tournant du XXe siècle, pour la première fois en Europe.
Les estampes japonaises qu’il collectionna comme le firent les impressionnistes, les pointillistes comme Signac, mais aussi les Nabis, contribuèrent à la naissance du dessin moderne en prônant la ligne et le contour, bien avant Picasso ou Matisse.
Auteur : Claudie JUDRIN