© Photo RMN-Grand Palais
Titre : Atelier de la princesse Marie d'Orléans.
Auteur : Prosper LAFAYE (1806-1883)
Date de création : 1842
Dimensions : Hauteur 55 cm - Largeur 87 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 91DE584/MV 6120
Marie d’Orléans (1813-1839) était la troisième des dix enfants de Louis-Philippe et de Marie Amélie de Bourbon-Sicile. Elle eut un destin original : très vite elle manifesta des dons d’artiste, fut l’élève d’Ary Scheffer et, en sculpture, de David d’Angers. Proche de la jeune école romantique comme son frère le duc d’Orléans, elle connaissait les sculpteurs contemporains les plus novateurs, comme Barye qui sans doute l’influença. Désireuse d’être reconnue comme une artiste, elle obtint assez vite une notoriété qui n’était pas simplement due à son origine familiale. Mais sa carrière tourna court : mariée à 24 ans au duc Alexandre de Wurtemberg, elle mourut de phtisie peu de temps après, laissant un fils.
Un intérieur original
Louis-Philippe, dès la Restauration, avait maintenu la tradition de mécénat de la famille d’Orléans, réunissant notamment une collection de tableaux de maîtres contemporains parmi lesquels Horace Vernet, Delacroix ou Géricault (dont il avait acheté l’Officier de chasseurs à cheval et le Cuirassier blessé aujourd’hui au Louvre). Ses enfants furent aussi très actifs dans le domaine artistique : le duc d’Orléans, héritier du trône, manifesta un goût audacieux en soutenant aussi bien les peintres romantiques et les paysagistes naturalistes, alors discutés dans les cercles officiels, que le sculpteur Barye, à qui il commanda un somptueux surtout de table (en partie démantelé, plusieurs groupes à Baltimore, Walters Art Gallery). Comme plusieurs de ses frères et sœurs, il fut également novateur en matière d’arts décoratifs, réaménageant à la dernière mode les pièces qu’il occupait au palais des Tuileries. Le « salon gothique » de la princesse Marie, au rez-de-chaussée du palais, près de l’appartement de la reine sa mère, en est ici un témoignage. Le plafond, à caisson, évoque la Renaissance, comme le mobilier, qui rappelle la Flandre ou la Hollande des XVIe et XVIIe siècles. Plusieurs meubles ou éléments de décor sont eux de style gothique tardif : il s’agit aussi bien d’originaux que de copies d’époque. On n’hésitait pas, alors, à compléter ou à modifier des pièces anciennes pour mieux les adapter à leur fonction moderne. Les fenêtres sont garnies de vitraux tamisant la lumière, comme les lourds rideaux ou les tissus cramoisis qui tapissent la pièce.
Plus qu’une reconstitution exacte, cette œuvre est une évocation : l’ambiance ainsi créée met en évidence le style de décoration intérieure prisé à l’époque tout comme le goût pour le gothique tel qu’il se manifeste autour de 1830. Longtemps dédaigné, le style gothique avait été remis à l’honneur par les romantiques, devenant une source d’inspiration dans tous les domaines, de la littérature à la peinture en passant par la sculpture, l’architecture ou les arts décoratifs. Le néogothique pouvait d’ailleurs revêtir une signification politique, en particulier pour les légitimistes, ce qui n’est évidemment pas le cas pour ce salon. Marie d’Orléans n’est cependant pas totalement étrangère à cet aspect, en particulier dans ses statues de sujet médiéval. L’une des plus célèbres, dont le plâtre occupe justement le milieu de la pièce, fut en effet une Jeanne d’Arc, dont il est inutile de souligner les résonances à la fois patriotiques et religieuses.
Auteur : Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS