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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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L'orchestre de l'Opéra

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L'orchestre de l'Opéra.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : L'orchestre de l'Opéra.

Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Date de création : 1868
Dimensions : Hauteur 56.5 cm - Largeur 46.2 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93DE6046/RF 2417

  Contexte historique

Lorsqu’il peignit ce tableau en 1870, Degas connaissait bien l'Opéra. Il avait rencontré des membres de l'orchestre à des soirées musicales chez son père ou chez les Manet et, depuis quelques années, fréquentait assidûment la belle salle de la rue Le Peletier. Lorsque celle-ci, qui brûla en 1873, fut remplacée deux ans plus tard (en grande pompe) par le palais Garnier, il y prit rapidement ses habitudes.
Abonné à partir de 1885, on sait qu'il s'y est rendu cent soixante-dix-sept fois dans les sept années qui suivirent. Sigurd de Reyer, Rigoletto de Verdi, Guillaume Tell de Rossini, La Favorite de Donizetti, Faust de Gounod, L'Africaine, Les Huguenots, Robert le Diable de Meyerbeer, sont les œuvres qu'il vit le plus souvent. Elles constituaient le fleuron d'un genre alors sur le déclin : le « grand opéra français », que Meyerbeer avait triomphalement intronisé à Paris en 1831, avec Robert le Diable, dont Degas a peint deux fois le fameux ballet où, dans un impressionnant décor de Cicéri, des nonnes, revenues à la vie, se livraient à une bacchanale effrénée. Tout autant que l'opéra, la danse attirait Degas au palais Garnier : les ballets, mais aussi, sur la scène ou dans le foyer, les exercices auxquels son statut d'abonné lui donnait libre accès.

  Analyse de l'image

On se méprendrait si l'on croyait voir dans ce tableau une représentation réaliste de l'orchestre de l'Opéra de Paris en 1870. Outre que plusieurs des personnages qui y figurent n'étaient pas instrumentistes, Degas, afin de mettre en valeur son ami le bassoniste Désiré Dihau, l'a assis au premier rang, alors que le basson était habituellement placé derrière les violoncelles et les contrebasses. Un changement aussi délibéré que le cadrage très original du tableau, qui présente l'orchestre de biais et ne montre des danseuses que les jambes et les tutus.
De la loge d'avant-scène dépasse la tête du compositeur Emmanuel Chabrier (1841-1894) ; puis, de gauche à droite, apparaissent successivement : le violoncelliste Louis-Marie Pilet (1815-1877) ; derrière Pilet, le ténor espagnol Lorenzo Pagans (1838-1883) ; couronné de cheveux blancs frisés, Gard, « metteur en scène de la danse de l'Opéra » ; jouant pensivement du violon, le peintre Alexandre Piot-Normand (1830-1902) ; regardant vers la salle, Louis Souquet, auteur en 1884 d'un capriccio-valse pour piano ; puis tourné vers la scène le docteur Pillot, peut-être Adolphe Jean Désiré Pillot (1832-?), admis au Conservatoire de Paris dans la classe de solfège le 21 novembre 1846 ; devant lui, en plein centre, le bassoniste Désiré Dihau (1833-1909), à l'Opéra de 1862 au 31 décembre 1889 ; puis le flûtiste Henry Altès (1826-1895), à l'Opéra du 1er février 1848 au 1er septembre 1876 ; Zéphirin-Joseph Lancien (1831-1896), violoniste à l'Opéra où il fut violon solo de 1856 au 31 décembre 1889 ; Jean-Nicolas Joseph Gout (1831-1895), violoniste à l'Opéra du 23 avril 1850 au 31 décembre 1894 ; enfin, vraisemblablement Achille Henri Victor Gouffé (né vers 1805), première contrebasse de l'Opéra.

  Interprétation

Très vite les danseuses devinrent un des thèmes de prédilection de Degas et la source principale de son succès auprès du public. Quoiqu'il se soit rarement inspiré de façon littérale de spectacles réels, ce que ses tableaux, pastels et sculptures évoquent, c'est l'univers du grand ballet romantique français – La Sylphide, Giselle… –, un genre lui aussi sur le déclin. Alors professeur à l'Opéra, Jules Perrot, que Degas a représenté plusieurs fois, avait été le grand danseur et chorégraphe de l'époque romantique, avant de devenir maître de ballet à Saint-Pétersbourg où, grâce à son successeur, Marius Petipa, associé à Tchaïkovski, le ballet français connut une nouvelle gloire, tandis qu'il se mourait à Paris.
Mais ce déclin ne signifiait pas celui de la danse, au contraire. Dans les années 1900, liée à la redécouverte du corps, dont témoignait aussi la vogue commençante du sport – c'est en 1896 qu'ont eu lieu à Athènes les premiers Jeux olympiques modernes –, la danse se transforma, en rompant avec les figures stéréotypées de l'académisme. A la fois expressive et stylisée, ce fut d'abord la « danse autre » de l'Américaine Isadora Duncan. Puis vinrent les Ballets russes que Diaghilev fit triompher à Paris à partir de 1909, et que semble annoncer un ensemble de pastels réalisés par Degas en 1899, « Danseuses russes ».

Auteur : Georges LIÉBERT


Bibliographie

  • Henri LOYRETTE, Degas, Paris, Arthème Fayard, 1991.

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