© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Madame Manet au piano.
Auteur : Edouard MANET (1832-1883)
Date de création : 1868
Dimensions : Hauteur 38 cm - Largeur 46.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93DE6042/RF 1994
Le piano, roi des instruments au XIXe siècle
Ce tableau illustre un thème alors souvent traité par les peintres. De Fantin-Latour à Vallotton en passant par Renoir, Degas, Cézanne, Gauguin et Vuillard, abondent les portraits de femmes et de jeunes filles, voire de jeunes hommes au piano. La musique en effet, à cette époque sans disque ni radio, c’était d’abord la pratique individuelle en amateur : avant tout celle du piano qui, dans les classes moyennes, par le biais des transcriptions, constituait le principal moyen de connaissance et de diffusion des œuvres. Selon certaines statistiques, Paris, dans les années 1860, aurait compté 20 000 professeurs de piano. « A Paris dans chaque maison, depuis la loge du portier jusqu’aux mansardes, à chacun des six ou huit étages, on compte un ou plusieurs pianos. […] Je renonce à peindre les tourments qu’ils infligent », se plaignait le poète Victor de Laprade. Il ne manquait cependant pas de maisons où, comme chez les Manet, le piano ne faisait pas la détresse des familles et des voisins.
Amateur de musique, en effet, comme Degas et tant d’autres artistes de son temps, Manet avait connu Suzanne Leenhof, qu’il épousa en 1863, lorsqu’en 1849, elle donnait des leçons de piano à ses jeunes frères. A l’époque où il a peint ce tableau (1867-1868), elle allait régulièrement avec une amie alléger les derniers moments de Baudelaire, aphasique et à demi paralysé, en lui jouant du Wagner. Excellente interprète – de Schumann, en particulier, alors mal connu en France –, c’est à elle qu’en 1873 Emmanuel Chabrier, un des meilleurs amis du couple, dédiera son Impromptu en do majeur, sa première œuvre importante pour le piano. En sa compagnie, Suzanne Manet dut plus d’une fois jouer des quatre-mains passionnés ou fantasques aux applaudissements de Berthe Morisot, la belle-sœur de son mari, elle aussi peintre et grande amie du compositeur.
Le piano n’était pas seulement l’instrument de la délectation solitaire comme il semble l’être dans ce tableau : madame Manet jouait pour un public d’amis ; et nombreux sont les salons où se produisaient amateurs et professionnels. Ce n’est donc pas un hasard si, dans la seconde moitié du XIXe siècle, la musique de chambre a connu un âge d’or, et si de César Franck à Claude Debussy et Gabriel Fauré, les compositeurs français lui ont donné souvent le meilleur de leur inspiration. A la fin du siècle, le monde de La Recherche du temps perdu retentit de soirées musicales auxquelles n’assistent pas seulement des snobs. Comme Proust lui-même, le narrateur a appris le piano. Et, lorsqu’un soir, il trompe son attente de la femme aimée avec la sonate de Vinteuil puis une transcription de Tristan et Isolde de Wagner, les réflexions qu’elles lui inspirent, montrent combien la pratique, même en amateur, permet une connaissance plus riche et plus fine de la musique que l’écoute passive d’un concert ou d’un enregistrement.
Auteur : Georges LIÉBERT
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