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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794)

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Fête de l’Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794).

© Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Agrandissement - Zoom

Titre : Fête de l’Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794).

Auteur : Pierre-Antoine DEMACHY (1723-1807)
Date de création : 1794
Date représentée : 8 juin 1794
Dimensions : Hauteur 53.5 cm - Largeur 88.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée Carnavalet (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02-005981 / P 0081

  Contexte historique

L’alliance de la Vertu et de la Terreur

A l’été 1793, la Révolution française traverse une période sombre : le pays est durement touché par une crise économique et des troubles sociaux auxquels s’ajoutent une guerre civile (insurrection vendéenne et révolte fédéraliste) et une série de défaites militaires aux frontières. Or l’entrée de Robespierre, fervent jacobin, au Comité de salut public le 27 juillet 1793 marque un tournant : elle permet au gouvernement révolutionnaire d’opérer un redressement de la situation sur tous les fronts, tandis qu’elle entraîne simultanément une radicalisation de la Révolution. Robespierre, qui aspire à l’unité et à la régénération du peuple, s’efforce d’éliminer physiquement tous les ennemis de la Révolution. A ce renforcement de la Terreur, il ajoute l’instauration d’une religion d’Etat en mai 1794 : le culte de l’Etre suprême, en l’honneur duquel il organise des cérémonies fastueuses le 8 juin suivant.

  Analyse de l'image

La fête de l’Etre suprême

Cette huile sur toile de Pierre-Antoine Demachy (1723-1807), peintre d’histoire et excellent dessinateur, livre un témoignage particulièrement intéressant sur le déroulement de la fête de l’Etre suprême au Champ-de-Mars, à Paris. Une vue panoramique du Champ-de-Mars lui a permis de restituer l’ampleur et la somptuosité de la célébration : au premier plan figure le peuple, dont les gestes, minutieusement dépeints, laissent transparaître l’allégresse que suscite la vue, au deuxième plan, d’une gigantesque procession formée par les représentants du peuple suivis des soldats révolutionnaires et de la garde républicaine. Au centre, sur un char que tirent quatre taureaux, trône l’allégorie des instruments des arts et des métiers et des productions du territoire français. Ce cortège s’achemine vers une sorte de rocher artificiel – la « montagne sacrée » par excellence – au sommet duquel s’élèvent l’arbre de la Liberté, symbole de l’unité et de l’adhésion collective à la Révolution, et une colonne antique surmontée d’une statue qui brandit un flambeau. En arrière-plan, à gauche, l’architecture massive de l’Ecole militaire évoque le cadre urbain dans lequel s’insère cette fête aux allures champêtres et mythologiques. Ainsi, de cette composition minutieuse et savamment élaborée se dégage une impression de grandeur, mais aussi de froideur qui correspond bien à l’esprit de la cérémonie, dont le faste hautain et le rituel à l’antique, strictement pensé dans ses moindres détails, étaient surtout destinés à inspirer la stupeur et à frapper l’imagination du peuple, plus spectateur qu’acteur.

  Interprétation

Les cultes révolutionnaires de l’an II

Fervent catholique, Robespierre s’opposait fermement à l’accélération du processus de déchristianisation entamé en septembre 1792. Pour lui, le vide laissé par la disparition du catholicisme risquait de plus de désorienter le peuple, accoutumé à ses dogmes et à ses rites. C’est pourquoi il s’efforça de créer une religion officielle, conforme aux idéaux des Lumières et, en particulier, aux théories rousseauistes, qui postulaient l’existence d’une morale naturelle et universelle et d’une divinité impersonnelle, l’Etre suprême, créateur de l’Univers. Dépourvue de prêtres et de sanctuaires, cette nouvelle religion déiste et patriotique n’en revêtait pas moins toutes les apparences d’un culte. La fête du 8 juin 1794 rencontra ainsi un certain succès en France. Elle ne fut que le couronnement d’une série de tentatives menées par les dirigeants de l’an II pour instaurer un culte révolutionnaire. Pour la plupart avortées, ces tentatives témoignent de la complexité des liens qui unissaient la sphère politique et la sphère religieuse, ainsi que de l’impossibilité d’éradiquer tout sentiment religieux. Elles constituèrent également le point de départ d’une religion civique dont les développements ont marqué l’histoire de la République.

Auteur : Charlotte DENOËL


Bibliographie

  • Philippe BORDES , Michel REGIS et alii, Aux armes et aux arts ! Les arts de la Révolution: 1789-1799, Paris, A. Biro, 1988.
  • Mona OZOUF, La fête révolutionnaire, Paris, Gallimard, 1976.
  • Jean TULARD, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Paris, R. Laffont, 1987.
  • Michel VOVELLE, La Révolution contre l’Eglise, la déchristianisation de l’an II, Bruxelles, Complexe, 1988.
  • Michel VOVELLE, La Révolution française, 1789-1799, Paris, A. Colin, 1992.
  • Gérard WALTER, Maximilien de Robespierre, rééd., Paris, Gallimard, 1989.

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