Entre-deux guerres (55 oeuvres)
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Titre : Le géant Sennep.
Auteur : Ralph SOUPAULT
Date de création : 1933
Date représentée : 1933
Cette caricature pleine-page, en noir et blanc, est extraite de Fantasio, petit hebdomadaire parisien d’échos et d’humour (1906-1936), tiré à quelques dizaines de milliers d’exemplaires. Ralph Soupault (1904-1962) est un jeune dessinateur de presse qui, après avoir débuté dans la presse d’extrême gauche, rejoignit l’Action française au milieu des années 1920.
La France, à cette époque, s’installe dans la crise économique. Appliquant les mêmes méthodes, les divers gouvernements de centre droit ou de centre gauche renoncent un à un au bout de quelques mois. L’instabilité ministérielle provoque alors une montée de l’antiparlementarisme et une violente mise en cause des institutions de la IIIe République, portées par les ligues d’extrême droite.
Soupault salue ici son aîné, Sennep (1894-1982), le plus célèbre dessinateur parlementaire de droite à l’époque, qui, depuis près d’une dizaine d’années, d’abord dans L’Action française, puis dans L’Echo de Paris et dans Candide, s’amuse férocement des mœurs du Palais-Bourbon (figuré en arrière-plan) et fustige l’incurie des hommes publics. Le voici donc ici en géant qui, armé d’un pulvérisateur à insectifuge, provoque la panique parmi les leaders politiques de tous bords.
Qui sont-ils ? D’abord, au premier plan, les responsables du Cartel des gauches, radicaux et socialistes de la SFIO, qui, après avoir remporté les élections de 1932, se sont montrés incapables de gouverner ensemble (les socialistes, refusant de participer au cabinet formé par Edouard Herriot, l’ont conduit à sa perte et ont finalement poussé les radicaux à gouverner avec le centre droit). On reconnaît, dans le coin gauche, Herriot, puis les socialistes Léon Blum (les bras levés) et Pierre Renaudel (qui nous fait face).
Il s’agit donc d’un dessin en forme d’hommage, Soupault mettant en scène des personnalités qui, tels Malvy ou François-Albert, n’ont plus guère de responsabilités, mais sur lesquelles Sennep s’acharna autrefois. Il s’agit aussi d’une caricature significative de la poussée antiparlementaire qui se banalise alors, avant d’atteindre son paroxysme au lendemain de la manifestation sanglante du 6 février 1934, devant le Palais-Bourbon. En 1933, le dessin antiparlementaire reste bon enfant ; il versera dans la pire injure l’année suivante. On notera enfin que l’auteur, bientôt rallié au fascisme, deviendra le principal caricaturiste de la presse collaborationniste.
Auteur : Christian DELPORTE