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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Théophile Alexandre STEINLEN

Tableau de réception de compagnon

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Tableau de réception de compagnon.

© Musée Gadagne - Lyon (fonds Justin Godard)

Agrandissement - Zoom

Titre : Tableau de réception de compagnon.

Auteur : ANONYME
Date de création : 1843
Dimensions : Hauteur 130 cm - Largeur 63 cm
Technique et autres indications : Lithographie en couleur
Lieu de Conservation : Musée Gadagne (Lyon) ; site web
Contact copyright : Roseline Pellechia, (Documentaliste),Tél : 04.78.42.03.61 / Fax : 04.78.42.79.71, Musée Gadagne, 14 rue Gadagne, 69005 Lyon
Référence de l'image : (9) 54*459

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  Contexte historique

Une tradition légendaire rattache le compagnonnage à la construction du Temple de Jérusalem par le roi Salomon, Maître Jacques et Soubise. Mais les premiers documents écrits remontent à la fin du Moyen Age : enquêtes ou condamnations pour des rixes, des grèves ou des cérémonies jugées blasphématoires. Malgré la suppression des associations en 1791, le compagnonnage reste toléré au XIXe siècle, car il assure une formation, un accueil et de l’embauche dans ses villes du tour de France. Tout en préservant ses secrets rituels, il se dévoile alors grâce aux publications de quelques compagnons, en particulier le menuisier Agricol Perdiguier, au soutien des romantiques comme Hugo, Lamartine et surtout George Sand, aux images répandues par la lithographie.

  Analyse de l'image

D’un type courant, personnalisée par des inscriptions manuscrites, cette lithographie représente le nouveau compagnon charpentier lyonnais devant la place Bellecour, avec un chien tenant sa gourde, symbole du voyage sur le Tour. L’habit souligne sa dignité. Il a reçu son surnom, ses rubans aux couleurs de son « devoir » et sa canne, à la fois souvenir du jonc de Maître Jacques, signe traditionnel d’autorité, soutien sur la route et arme dans les combats. Disposé en zones symétriques superposées, le décor alentour est riche. Il rappelle le rôle formateur du compagnonnage :
– La formation professionnelle avec les chefs-d’œuvre (charpente, escaliers) et les outils mis à l’honneur (fil à plomb et compas pour la conception dans l’espace, le « trait » ; herminette, hache, scie, gouge, bisaiguë acérée aux deux bouts pour l’usage.
– La formation morale, par l’exaltation en vers du travail, de l’honneur et de la vertu.
– La formation culturelle, remarquable chez des autodidactes, exprimée par de nombreux symboles à l’antique : Amours, Renommées, Architecture avec le compas, Vérité au miroir, Sagesse en Minerve, Justice avec le glaive et la balance, l’entrée du Temple de Jérusalem qu’évoquent deux colonnes.


Le décor révèle des habitudes particulières comme le goût du secret, cultivé par tradition, pour échapper à la surveillance de la police, peut-être aussi pour ceux qui ne savaient déchiffrer que les premières lettres de formules apprises par cœur : U.V.G.T. (Union, Valeur ou Vertu, Génie, Travail) ; U.P.F.S. (Union, Prudence, Franchise, Sagesse) ; G. (Gloire), L. (Louange) ; J.M.J. (Jésus, Marie, Joseph). A la fin du XIXe siècle, sous l’influence de la franc-maçonnerie, trois points ponctuent parfois chaque lettre.
Il montre aussi les gestes rituels effectués au grand jour : en bas à gauche un champ de conduite, où le premier compagnon porte la canne et le baluchon de celui qui part et doit faire mine de le retenir ; à droite, la « guilbrette », signe de reconnaissance où l’on boit ensemble, bras et cannes croisés.
L’aspect religieux est traité en deux zones où se mêlent tradition chrétienne et récits légendaires : en haut le saint patron, saint Joseph dans son atelier, et les pères fondateurs — Salomon sur le chantier du Temple dans la lanterne centrale ; à droite Maître Jacques (ou Soubise ?) ; à gauche, la découverte du corps d’Hiram, autre fondateur dont la légende se répand au XIXe siècle avec la franc-maçonnerie. Assassiné par des ouvriers mécontents, il est retrouvé grâce à son chien et à l’acacia qui pousse sur sa tombe. En bas, le site de la Sainte-Baume, la colline du Saint-Pilon et l’église Saint-Maximin (à gauche), Marie-Madeleine dans sa grotte (à droite), important lieu de pèlerinage qui lie le souvenir de la Madeleine et la légende de Maître Jacques. Après l’achèvement du Temple, Maître Jacques et Soubise se seraient séparés, Soubise débarquant à Bordeaux, Maître Jacques à Marseille. Retiré à la Sainte-Baume, il aurait été assassiné par des disciples de Soubise, qui l’aurait regretté, dit-on. Destiné à commémorer un événement majeur dans la vie d’un compagnon, cette image populaire est une somme de la culture compagnonnique. Mais c’est une image idyllique.

  Interprétation

Regroupant des hommes jeunes, habitués à user de leur force et fiers de leurs traditions, le compagnonnage est un lieu de violence : arbitraire des aînés, épreuves brutales infligées lors de la réception. Des batailles meurtrières opposaient fréquemment les « Bons Drilles Compagnons Passants du Devoir », ou « Devoirants » (enfants de Maître Jacques et de Soubise), et les « Gavots » ou « Etrangers du Devoir de Liberté », groupe né d’une scission en 1804 (enfants de Salomon). Au nom des idées de la Révolution et de la fraternité universelle rêvée par le romantisme, certains, comme Perdiguier, luttent contre l’obscurantisme et pour l’union, sans grand résultat.
Concernant à l’origine les métiers du bâtiment, le compagnonnage a accueilli avec réticence d’autres professions. A Lyon, les « Ferrandiniers » (du nom d’une étoffe, la ferrandine), constitués en 1832 chez les ouvriers tisseurs, n’ont été reconnus par le « Devoir des Enfants de Maître Jacques » qu’en 1841.
A la fin du XIXe siècle, avec les lois sur le droit de grève et de coalition (1864) et sur la liberté syndicale (1884), le monde ouvrier a d’autres moyens de se défendre. Artisanal et élitiste, peu soucieux d’action politique, le compagnonnage n’est pas adapté aux nouvelles conditions créées par la révolution industrielle. Avec le chemin de fer et l’enseignement professionnel, il perd la spécificité du tour de France. Les progrès du rationalisme ont miné les légendes. Mais il reste la qualité de sa formation professionnelle, la curiosité pour le mystère et, avec l’intérêt pour l’art populaire, le charme des chefs-d’œuvre et des images.

Auteur : Hélène DELPECH


Bibliographie

  • Agricol PERDIGUIER, Le Livre du Compagnonnage, 1re édition 1839, rééd. Marseille, Jeanne Laffitte, 1985.
  • Agricol PERDIGUIER, Mémoires d’un Compagnon, 1re édition 1855, rééd. Paris, La Découverte, 2002.
  • Emile COORNAERT, Les Compagnonnages en France, Paris, Editions ouvrières, 1976.
  • Jean-Pierre BAYARD, Le Compagnonnage en France, Paris, Payot, 1977, rééd. 1997.
  • Jean-Pierre BAYARD, L’Esprit du Compagnonnage, Saint-Jean-de-Braye, Dangles, 1994.
  • François ICHER, Le Compagnonnage, Paris, J. Grancher, 1989.
  • Encyclopédie du compagnonnage, Paris, Editions du Rocher, 2000.
  • Paris et les Compagnons du Tour de France, catalogue de l’expositionc, (21 décembre 1951-28 avril 1952), Paris, Musée des Arts et Traditions populaires, 1951.
  • Le Compagnonnage, chemin de l’excellence, catalogue de l’exposition, 16 novembre 1995-6 mai 1996, Paris, Musée des Arts et Traditions populaires, 1995.

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