Bohèmes au Grand Palais 2012/2013 (7 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Coin de table.
Auteur : Henri FANTIN-LATOUR (1836-1904)
Date de création : 1872
Dimensions : Hauteur 160 cm - Largeur 225 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94DE61416/RF1959
Cette toile appartient à une série de portraits de groupe peints par Fantin-Latour. Elle représente des hommes de lettres appartenant à la mouvance parnassienne, qui fondèrent la revue littéraire d’avant-garde La Renaissance littéraire et artistique. En 1868, ces poètes amoureux de “ l’art pour l’art ” décident de se retrouver tous les mois autour d’un repas afin de maintenir la cohésion du groupe. La critique qualifia dédaigneusement ces réunions de “ dîners des vilains bonshommes ”, titre qui leur resta.
L’œuvre est le résultat d’un projet plus ancien de Fantin-Latour : “ L’Anniversaire ”, toile par laquelle il voulait célébrer la mémoire de Baudelaire. Le tableau succède à l’Hommage à Delacroix et à Un atelier aux Batignolles (toutes deux au musée d’Orsay) dont les titres désignent sans ambiguïté les sujets peints. L’intitulé est ici plus neutre.
Il s’agit en réalité d’un groupe de poètes rassemblés autour d’une table, à la fin d’un repas. La sobriété des couleurs, la variété des attitudes, le sujet lui-même, s’inscrivent dans la tradition du portrait collectif hollandais du XVIIe siècle.
Toute allusion à Baudelaire a disparu. De gauche à droite, assis au premier plan, on distingue Verlaine, Rimbaud, Valade, Hervilly, Pelletant ; debout, au second plan, Bonnier, Blémont et Aicard. La composition s’achève à droite par un bouquet d’hortensias, à la place du portrait prévu de Mérat, lequel à la suite d’une mystérieuse altercation avait refusé de poser à côté de Rimbaud, adolescent provocateur, arrivé à Paris en 1871 et introduit à ces réunions par Verlaine.
Cette image est en fait celle d’un moment de l’histoire de la littérature française : celui où le mouvement parnassien [1] (à l’origine mouvement de renaissance poétique) s’essouffle, où ces réunions tentent vainement de maintenir la cohésion du groupe et où certains, comme Verlaine et Rimbaud, deviennent des “ zutistes ”, anciens parnassiens réagissant contre la sclérose croissante au sein du mouvement. Le titre neutre est-il alors de la part de l’artiste une mise à distance de ces modèles ?
Auteur : Nadine FATTOUH-MALVAUD
Né de la lassitude du romantisme, ce mouvement littéraire reposait sur la recherche de la perfection formelle et sur le culte de " l'art pour l'art " préconisé par Théophile Gautier.