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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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L'Emancipation à la Réunion

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L’Emancipation à la Réunion.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

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Titre : L’Emancipation à la Réunion.

Auteur : Alphonse GARREAU (1792-?)
Date représentée : 20 octobre 1848
Dimensions : Hauteur 127 cm - Largeur 107 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Quai Branly (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98DE4577/AF 14790

  Contexte historique

Esclavage et économie coloniale :

La première moitié du XIXe siècle voit l’émergence d’une classe dominante de colons dont la richesse s’appuie sur la possession de grands domaines consacrés à la culture de la canne à sucre et à sa transformation. De nombreux esclaves constituent l’essentiel de la main-d’œuvre utilisée sous la conduite de gérants et de commandeurs. Les fondements de cette société esclavagiste, qui se perpétue depuis le XVIIe siècle, n’ont pas été ébranlés par la résolution de la Convention du 4 février 1794, abolissant l’esclavage dans les colonies, résolution jamais appliquée dans l’île de La Réunion. Sous la pression de l’Angleterre, le gouvernement français prohibe en 1817 la traite dans les colonies françaises, mais la condition d’esclave, personne physique sans état civil, sans personnalité juridique et sans droits propres, perdure pour les 62 000 esclaves de La Réunion. Cependant, les idées républicaines ainsi que le développement des mouvements abolitionnistes, notamment à travers les écrits de Victor Schœlcher, aboutissent à l’adoption du décret d’abolition du 27 avril 1848. Nommé gouverneur de l’île en 1848, le “ représentant du peuple ” Joseph Sarda-Garriga reçoit la mission de mettre un terme à plus d’un siècle et demi d’esclavage dans l’île. Le 19 octobre 1848, en compagnie du procureur Massot, il préside la séance officielle d’enregistrement du décret du 27 avril.

  Analyse de l'image

Le tableau donne à voir une représentation héroïque et allégorique de la déclaration publique du décret. Le processus historique qui a conduit à l’affranchissement des esclaves et à leur accession au statut de citoyens est minoré au profit de la représentation héroïsée du représentant du peuple et des allégories de la Liberté et de l’Égalité. Sarda-Garriga est représenté debout, tenant dans sa main droite une lettre où figure le texte de la déclaration. Il porte l’écharpe tricolore et une cocarde rouge, insignes de la République. Son visage est tourné vers la foule des hommes, femmes et enfants noirs qui se pressent autour de lui. Sa main gauche désigne les outils utilisés par les esclaves dans les plantations ainsi qu’une roue de moulin à sucre, objets entassés au pied d’un monument. Sarda-Garriga se tient en bas des marches de ce monument où le buste de la République est associé au mot Liberté et au symbole de l’Égalité (gravure d’une balance). A côté de ce monument allégorique sont figurées des ruches d’où s’échappent des abeilles, représentation énigmatique, qui semble s’opposer à la sucrerie figurée à l'arrière-plan. Les divers outils et instruments évoquant les travaux exécutés par les esclaves dans la colonie reposent contre un trépied supportant un brasero où brûlent des substances aromatiques, parfum qui semble s’opposer, comme le miel des abeilles et le sucre issu du travail des esclaves, à la fumée qui se dégage de la cheminée de l’usine de canne à sucre. L’ensemble forme une allégorie au sens obscur, qui traduit peut-être certains éléments du discours qui accompagnait la lecture publique du décret d’abolition de l’esclavage faite par Joseph Sarda-Garriga le 20 octobre 1848 devant la préfecture de Saint-Denis.

  Interprétation

Le tableau d’Alphonse Garreau, qui était également professeur au collège de Saint-Denis, est sans doute l’un des premiers exemples de construction d’une iconographie républicaine qui érige en symbole non plus seulement des idées, mais les journées et les événements qui accompagnèrent l’avènement de la IIe République. On pourra comparer cette représentation de l’abolition de l’esclavage avec d’autres allégories créées à cette époque, notamment les allégories de la Liberté, figure féminine triomphante, debout sur un char accompagnée d’un ancien esclave brandissant une chaîne brisée (Anniversaire de la République universelle et sociale, lithographie de 1848, Archives départementales de La Réunion). On pourra également la rapprocher également du tableau d’Auguste-François Biard, La Déclaration de l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848, allégorie illustrant l’oubli du passé et la réconciliation sociale.

Auteur : Marie-Hélène THIAULT


Bibliographie

  • Collectif,, Ile de La Réunion. Regards croisés sur l’esclavage, 1794-1848, Paris-Saint-Denis de La Réunion, Somogy-CNH, 1998.
  • Maurice AGULHON, 1848 ou l’Apprentissage de la République (1848-1852) , Paris, Seuil, coll. “ Nouvelle histoire de la France contemporaine ”, rééd. 1992.
  • Marcel GAUCHET, La Révolution des droits de l’homme, Paris, Gallimard, 1989.
  • Chantal GEORGEL, Alain VIVIEN et Françoise VERGES, L’Abolition de l’esclavage : un combat pour les droits de l’homme, Bruxelles, Complexe, 1998.
  • Raoul GIRARDET, L’Idée coloniale en France, Paris, La Table ronde, 1972, rééd. Hachette, coll. “ Pluriel ”, 1978.

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