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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Bonaparte touchant les pestiférés

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Bonaparte touchant les pestiférés.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Adam

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Titre : Bonaparte touchant les pestiférés.

Transcription

Auteur : Jean-Baptiste THIEBAULT (1809-1839)
Date représentée : 11 mars 1799
Dimensions : Hauteur 41.8 cm - Largeur 64 cm
Technique et autres indications : Bois de fil colorié au pochoir sur papier

Editée à Epinal chez Pellerin
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 01.2.49 / Inv.50.21.544 D

  Contexte historique

Durant l’expédition de Syrie, une épidémie de peste ravage l’armée française après la prise de Jaffa. Bonaparte rend visite aux soldats malades soignés dans un monastère de la ville, avec le médecin en chef Desgenettes. Les faits seront relatés par ce dernier : Bonaparte aida à soulever un malade mort. L’acte devient héroïque lorsque le graveur le représente touchant un pestiféré dans un geste symbolique. La bravoure du chef des armées, son devoir de ne reculer devant rien, pas même devant la maladie, seront retenus par Napoléon lui-même pour illustrer l’un des épisodes les plus marquants de son règne ; l’anecdote entrera alors dans la légende.

  Analyse de l'image

Cette gravure fait partie d’une série produite par l’imagerie Pellerin[1] sur le thème de l’épopée napoléonienne, des grandes batailles à l’apothéose de l’Empereur. La firme a vu le jour sous l’Empire. Aux côtés de thèmes religieux et traditionnels, les hauts faits de Napoléon et de son armée vont alimenter pendant longtemps l’imaginaire des Français, bien après son règne. Jean Charles Pellerin et Antoine Réveillé, ancien soldat de l’armée impériale, seront les initiateurs de cette production inspirée, selon la légende spinalienne, des souvenirs de campagnes de ce dernier.
Leurs modèles étaient parfois inspirés de tableaux célèbres. Ici, il semble que ce soit la toile d’Antoine Gros Les Pestiférés de Jaffa. Présentée à quelques mois du sacre de l’Empereur, elle fut réalisée sur sa demande pour assurer sa stratégie de propagande et pour consolider et légitimer son pouvoir. La gravure assurera sa célébrité.
Bien que simplifiée, la composition générale de l’estampe est semblable, ce qui souligne le geste symbolique de Bonaparte. Cependant, la position du corps à moitié dénudé du pestiféré n’est pas celle du tableau mais plutôt celle, stéréotypée, de la mort du héros telle que l’a fixée Jacques Louis David. A la veille de la Révolution, il prend modèle à plusieurs reprises sur Hector dans La Douleur d’Andromaque, pour représenter le corps de Le Peletier de Saint-Fargeau ou pour magnifier la mort de Marat. Le corps nu à demi couché, drapé à l’antique, la composition en bas-relief rendant les personnages particulièrement visibles et le système d’arcatures fermant le fond de l’espace comme sur une scène de théâtre sont autant d’éléments néoclassiques que l’on retrouve à Epinal un demi-siècle plus tard. La pérennité du style imposé par le premier peintre de l’Empereur correspond à la légende napoléonienne telle qu’elle est également narrée dans l’imagerie populaire à travers des codes visuels qui lui sont propres. Ces codes permettent de servir un idéal reçu, attendu et compris par le plus grand nombre.

  Interprétation

Le geste symbolique de Napoléon nourrit sa légende grâce à la diffusion de l’image et à sa force expressive. Cette dernière a contribué à cristalliser dans l’inconscient collectif le dessein politique impérial. Alors qu’elle était autrefois l’apanage des rois thaumaturges, l’Empereur s’est approprié une iconographie monarchique qui va au-delà du caractère héroïque pour prendre des accents pseudo-religieux.
Le culte à sa mémoire se développera plus tard, ravivé au moment du retour des cendres en 1840. Cette image d’Epinal témoigne du rôle prépondérant que joua la fabrique Pellerin dans la diffusion des idéaux bonapartistes à cette époque. Alfred de Musset dans La Confession d’un enfant du siècle témoigne de la ferveur de la génération romantique pour l’Empereur : “ Un seul homme était en vie alors en Europe ; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. ”

Auteur : Nathalie JANES


Notes

La fabrique PELLERIN à Epinal

Entre 1822 et 1854, Nicolas Pellerin et Pierre-Germain Vadet exploitent l'imagerie Pellerin fondée à Epinal un siècle plus tôt et rendue prospère par Jean-Charles Pellerin (1756-1836), père de Nicolas et beau-père de Pierre-Germain. Pellerin et Vadet vont développer l'imagerie et diffuser sa production à l'étranger dans les années 1830. Vadet, ancien soldat de l'Empire, contribue à la diffusion des images liées au culte de Napoléon Ier et créées par François Georgin. De son côté, Nicolas Pellerin élargit la production et modernise la fabrique. Il engage alors une centaine d'ouvriers et des jeunes graveurs dont Jean-Baptiste Thiébault. Entre tradition et modernité, le deuxième quart du XIXe siècle est une période de transition pour l'imagerie spinalienne, qui marque à la fois une volonté de poursuivre une production qui a déjà fait ses preuves tant dans ses thèmes que dans la technique du bois gravé et la nécessité d'élargir cette production à de nouveaux sujets, traités selon des procédés permettant l'augmentation des tirages comme la stéréotypie et la lithographie.

THIEBAULT Jean-Baptiste (Nancy, 1809-Metz, 1839)

Le séjour de cet artiste nancéien à Epinal fut bref. Surtout historiques, ses gravures, souvent reprises des dessins de François Georgin, son prédécesseur, ont été produites entre 1834 et 1835, son activité se poursuivant ensuite à Metz chez Dembour. Il mourut brusquement à l'âge de 30 ans. Cependant, au-delà de sa période de création spinalienne, ses bois gravés continuèrent à être édités et diffusés par la Fabrique Pellerin jusqu'au milieu du XIXe siècle.


Transcription - Bonaparte touchant les pestiférés.

Transcription du texte figurant sur la toile

" Le 11 mars 1799, BONAPARTE, général en chef de l'armée d'Egypte, suivi de tout son état-major, alla visiter, à Jaffa, les deux hôpitaux où les pestiférés et les blessés étaient soignés séparément. Il resta plus d'une heure dans celui des pestiférés, et leur / adressa des paroles de consolation et d'encouragement. Dans le but de montrer aux malades que l'affection de la peste n'était pas aussi contagieuse qu'ils le supposaient, il en toucha plusieurs, et il aida à soulever le cadavre d'un soldat mort de ce mal. Les / musulmans le regardaient avec étonnement et admiration... Enfin, sur les vives instances du médecin en chef Desgenettes, il consentit à se retirer, et quitta l'hôpital, comblé des bénédictions de ces malheureux. Lorsqu'il sortit, les officiers de son état-major, / justement alarmés, lui firent de vives observations sur son imprudence : C'ETAIT MON DEVOIR, leur répondit-il avec calme, JE SUIS GENERAL EN CHEF. "


Bibliographie

  • Marc BLOCH, Rois thaumaturges : étude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre, Paris, Gallimard, rééd. 1987.
  • Jules DESCHAMPS, Sur la légende de Napoléon, Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1931.
  • Catalogue de l’exposition, Triomphe et Mort du Héros. La peinture d’histoire en Europe de Rubens à Manet, Wallraf-Richartz Museum, Musée des Beaux-Arts, Lyon, 19 mai-17 juillet 1988, Lyon, Electra-Musée des Beaux-Arts, 1988.
  • Nicole GARNIER, L’Imagerie populaire française, tome II, “ L’image d’Epinal gravée sur bois ”, RMN, Paris, 1996.
  • Jean LUCAS-DUBRETON, Le Culte de Napoléon. 1815-1848, Paris, Albin Michel, 1960.
  • Annie JOURDAN, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.
  • Denis MARTIN, Images d’Epinal, Musée du Québec, Paris-Québec, RMN, 1995.
  • Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1989, nouv. éd. 1999.
  • Jean TULARD, Napoléon ou le Mythe du sauveur, Paris, Fayard, 1977, nouv. éd. 1993.

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