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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Les coquelicots.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Les coquelicots.

Auteur : Claude MONET (1840-1926)
Date de création : 1873
Dimensions : Hauteur 50 cm - Largeur 65 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94DE50060/RF 1676

  Contexte historique

Au XIXe siècle, le terme de « banlieue » fait naître un certain nombre d’impressions négatives : on imagine volontiers la saleté des habitations précaires, les désagréments d’une voirie insuffisante, la laideur des gares et de leurs voies de chemin de fer, l’enfer des usines gigantesques ou des ateliers insalubres. Il est vrai que le développement industriel de la banlieue au XIXe siècle est en partie lié aux « transferts d’établissements insalubres et encombrants ».

De nombreux bourgeois se représentent les marges de Paris comme un univers de misère et de criminalité, peuplé de familles pouilleuses, de chiffonniers et de vagabonds. Les ouvriers eux-mêmes nomment Cayenne les « bagnes suburbains » dans lesquels ils travaillent, terme qui montre assez « la répulsion qu’ils soulevaient, liée à la fois à l’éloignement et à la dureté des conditions de travail » (A. FAURE, sous la direction de, les Premiers Banlieusards. Aux origines des banlieues de Paris (1860-1940), Créaphis, 1991, p. 88).

Pourtant, au XIXe siècle, les banlieues et les villages des environs constituent aussi pour les Parisiens un lieu de détente qu’évoquent aussi bien Flaubert et Maupassant que Zola et les frères Goncourt. Les Impressionnistes, Monet et Renoir en tête, se sont plu à représenter ces divers espaces de loisir, de sociabilité et de plaisirs à quelques kilomètres de la ville.

  Analyse de l'image

Quel contraste entre les fumées des usines et des trains, les noirs brouillards qui envelopperont dans l’entre-deux-guerres les banlieues du Voyage au bout de la nuit, et les couleurs riantes de ces Coquelicots, peints par Monet en 1873 !

La palette en est claire et brillante : la toile est divisée entre le ciel, d’un bleu lumineux malgré les nuages, et un relief légèrement vallonné où des centaines de coquelicots, vives taches de vermillon, éclatent sur le fond vert clair de l’herbe. C’est là un agréable parcours pour une promenade : une femme en noir et son enfant s’apprêtent à descendre une éminence qui domine le paysage, précédés à une trentaine de mètres par une autre mère et son petit garçon. Celle-ci, vêtue d’une élégante robe mauve, tient une ombrelle qui ne lui sert pas beaucoup ; à ses côtés chemine l’enfant, un bouquet de coquelicots à la main.

La scène est paisible, familiale et bourgeoise. En recourant à une peinture qui parle aux « sens et non plus uniquement à [la] pensée » (P. DORBEC, L’Art du paysage en France. Essai sur son évolution de la fin du XVIIIe siècle à la fin du Second Empire, Laurens, 1925, p. 73), en faisant sentir au spectateur la fraîcheur de l’herbe, la lumière du ciel et jusqu’à la température, en l’immergeant dans une nature prise sur le vif, l’artiste lui communique le plaisir qu’éprouvent les promeneurs, perdus dans cette campagne fleurie et préservée, sans rien d’autre qui leur rappelle la civilisation qu’une grosse bâtisse à l’horizon.

  Interprétation

L’instantanéité et les jeux de lumière de cette peinture sensorielle donnent vie au paysage d’Argenteuil, village du Val-d’Oise où Monet a acquis une propriété avant d’aller s’installer à Giverny. Cette banlieue charmante accueille aussi bien les escapades des familles aisées parisiennes que les recherches picturales de Monet : l’artiste y réalisera de nombreuses vues de ponts, de viaducs ferroviaires, de docks et de régates. Autour de Paris, d’autres villages plus ou moins épargnés par l’industrialisation inspirent les Impressionnistes : Renoir peint à Argenteuil, à Chatou et à Rueil, Sisley à Argenteuil également, mais aussi à Moret, Saint-Mammès, Bougival et Marlotte. Ces villages, que l’agglomération parisienne n’a pas atteints, semblent loin des banlieues dans lesquelles les ouvriers se pressent de plus en plus nombreux ; mais, en mettant en scène d’élégantes bourgeoises en excursion avec leur fils au creux des vallons herbeux, les Coquelicots de Monet symbolisent moins le tiomphe d’une nature encore intacte que la domination de la ville sur la campagne.

Auteur : Ivan JABLONKA


Bibliographie

  • Georges DUBY (dir.), Histoire de la France urbaine, t. 4, La ville de l’âge industriel, Paris, Le Seuil, 1983.
  • Alain FAURE (dir.), Les premiers banlieusards. Aux origines des banlieues de Paris (1860-1940), Paris, Créaphis, coll. « Rencontres à Royaumont », 1991.
  • Pierre FRANCASTEL, l’Impressionnisme, Paris Denoël, Gonthier, 1974.

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