© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Titre : Quatre heures au Salon.
Auteur : François BIARD (1798-1882)
Date de création : 1847
Date représentée : 1847
Dimensions : Hauteur 57 cm - Largeur 67 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE1824/RF 2347
Sous la monarchie de Juillet, le salon des artistes vivants est une manifestation annuelle qui se tient de mars à juin dans le Salon carré – d’où il tire son nom – et la grande galerie du Louvre. Le nombre des œuvres exposées se compte alors en milliers, toutes sélectionnées par le jury que compose l’Académie des Beaux-Arts. Véritable phénomène de la vie sociale et culturelle parisienne – voir Manette Salomon des Goncourt (1867) et L’Œuvre de Zola (1886) –, il est aussi un des enjeux de la reconnaissance sociale et de la réussite professionnelle des artistes. « Ce Salon à quoi tout se ramène, satisfaction d’amour-propre, considération, notoriété, fortune et le pain quotidien. » (Adolphe Tabarant, Salon de 1840.)
« On ferme ! ! ! » s’égosillent les gardiens qui arpentent la grande galerie revêtus de leur redingote rouge et coiffés de bicornes. Scène humoristique dépeignant l’heure de la fermeture de l’avant-dernier salon organisé au Louvre, le tableau de Biard illustre les conditions matérielles de l’organisation de l’exposition : toiles entassées sur les murs, mal éclairées, illisibles, circulation impraticable dans les salles d’exposition. La fréquentation du public, où l’on reconnaît Sainte-Beuve lisant le journal, est phénoménale ; sur toute sa durée, le Salon enregistre plus d’un million de visiteurs, l’équivalent de la population parisienne de l’époque. Les œuvres exposées font l’objet de commentaires lancés sur le vif, bientôt relayés par les critiques paraissant sous forme de comptes rendus à suivre d’un numéro à l’autre dans les journaux et les revues artistiques, qui font alors leur première apparition. On assiste à des réactions collectives d’enthousiasme ou de rejet, lisibles dans les attitudes et postures variées des visiteurs. « Thème privilégié par les dessinateurs satiriques et par certains chroniqueurs dans leurs comptes rendus du Salon, le commentaire oral direct a opéré […] comme une forme de communication sociale et, surtout, comme un mode de formation de l’opinion sur les arts visuels. Sujets historiques ou anecdotiques qu’on commente à haute voix, et dont chaque élément appelle identification, énumération, explication ; savoir-faire qu’on juge. » (G. Monnier, 1995, p. 136-137).
Au milieu du XIXe siècle, le Salon, antenne de l’Académie, fait figure d’institution centrale et dominante. Il apparaît comme une manifestation culturelle essentielle, où la vox populi signe le succès ou l’échec d’un artiste. Lieu d’exposition et de rencontre avec le public, son rôle économique est primordial dans le système de la commande faite à l’artiste par l’Etat qui est alors le premier mécène. Il est le « dispositif pertinent d’une période de transition entre une société monarchique et ses mécènes aristocratiques d’une part, et d’autre part une société marchande dotée d’un marché spéculatif de l’art, puissant et structuré ». (G. Monnier, 1995, p. 130).
Auteur : Emmanuelle GAILLARD