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La première d'Hernani. Avant la bataille

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La première d'Hernani. Avant la bataille.

© Photo RMN-Grand Palais

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Titre : La première d'Hernani. Avant la bataille.

Auteur : Albert BESNARD (1849-1934)
Date représentée : 25 février 1830
Lieu de Conservation : Maison de Victor Hugo (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00-009231 / Inv196

  Contexte historique

Après Martignac, plus libéral que Villèle, Charles X charge en août 1829 le prince de Polignac de former un nouveau ministère sans tenir compte de la volonté des Chambres. Les principaux ministres incarnent la fidélité à l’Ancien Régime et sont l’objet d’une réelle impopularité. Soumise à l ’examen de la censure, la pièce de Victor Hugo est cependant autorisée alors que sa précédente création, Marion Delorme, avait été interdite par Charles X pour « atteinte à la majesté royale ». Le 29 septembre 1829, Hugo invite ses amis chez lui pour donner lecture d’Hernani, ou l’Honneur castillan, l'histoire d'amour malheureuse d'un proscrit, Hernani, pour une jeune infante, doña Sol. On s'enthousiasme pour cette pièce qui rompt avec les canons du théâtre classique, notamment avec les trois unités de temps, de lieu et d'action énoncées par Boileau sous le règne de Louis XIV. Le soir du 25 février 1830, le Tout-Paris emplit la salle du Théâtre-Français, pour assister à la « première » du drame de Victor Hugo, Hernani. Jour de bataille : l'affrontement — romantiques contre classiques — est annoncé depuis plusieurs semaines ; l'enjeu est de taille. Hugo a mobilisé une claque inhabituelle, recrutée parmi ses amis.

  Analyse de l'image

Fils d’un élève d’Ingres et d’une miniaturiste, le peintre et graveur Albert Besnard se situe à mi-chemin entre l’académisme et la mouvance impressionNiste. Auteur de grandes compositions (plafond du Théâtre-Français) et de portraits, il peint cette toile pour honorer une commande de Paul Meurice, fondateur de la Maison de Victor Hugo.
Le tableau représente la salle Richelieu avant le lever du rideau. D’emblée on remarque l’agitation régnant dans un endroit où le calme et les mœurs policées dominent en temps normal ; « une rumeur d’orage grondait dans la salle », dira Théophile Gautier. Au premier plan, portant les cheveux longs et des vêtements excentriques en signe d’appartenance à la mouvance romantique, les partisans d’Hugo ne peuvent tenir en place. Plusieurs d’entre eux, la bouche ouverte, lancent insultes et quolibets à leurs adversaires. Sur la gauche du tableau, on reconnaît Théophile Gautier, bravant l’adversaire avec son torse bombé et son gilet rouge. L’un de ses alliés, monté sur la scène, semble vouloir singer les gestes et la pose d’un spectateur de l’autre camp. Entre ces deux personnages, tous les occupants des premiers rangs se regroupent en une cohorte informe, parcourue par l’effervescence de la joute oratoire qu’elle mène avec les autres spectateurs du balcon. Parmi les défenseurs de la pièce venus pour l’occasion, citons Louis Boulanger, Gérard de Nerval, Alfred de Musset, Petrus Borel, Célestin Nanteuil, Auguste de Châtillon. La plupart étaient déjà là à l’ouverture des portes du théâtre en début d’après-midi et se sont livrés pour passer le temps à un chahut où les chansons l’ont disputé aux cris d’animaux. Entre les « pro » et les « anti » Hernani, la salle compte d’autres éminents spectateurs venus par simple curiosité. Parmi eux citons en particulier Chateaubriand.
Dès les premiers vers, la querelle est engagée. « Il suffisait, écrit Théophile Gautier, de jeter les yeux sur ce public pour se convaincre qu'il ne s'agissait pas là d'une représentation ordinaire ; que deux systèmes, deux partis, deux armées, deux civilisations même, — ce n'est pas trop dire — étaient en présence, se haïssant cordialement, comme on se hait dans les haines littéraires, ne demandant que la bataille, et prêts à fondre l'un sur l'autre. L'attitude générale était hostile, les coudes se faisaient anguleux, la querelle n'attendait pour jaillir que le moindre contact, et il n'était pas difficile de voir que ce jeune homme à longs cheveux trouvait ce monsieur à face bien rasée désastreusement crétin et ne lui cacherait pas longtemps cette opinion particulière. » (Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, Paris, Librairie José Corti, 1985, p. 393.)

Ponctuée de cris d'indignation, d’ovations et d'échanges variés, la représentation s’achève, applaudie à tout rompre par la jeune garde romantique. La partie n'est pas jouée pour autant : on n'en est qu'à la première. La presse du lendemain n'est pas tendre, ni pour Hugo ni pour ses jeunes acolytes, traités d'obscènes et de républicains.

  Interprétation

Après avoir remporté la bataille poétique avec Lamartine, Hugo, Vigny, Nerval, les romantiques voulaient passer à l'action directe, dont le terrain désigné est le théâtre : là où se font et défont les réputations, là où l'écrivain est en prise directe avec le public, là où les passions s'exacerbent.
Revendiquer la liberté dans l'art, c'est revendiquer du même pas la liberté de la presse, la liberté d'expression, les libertés politiques. « C'est le principe de liberté, écrit Hugo, qui […] vient renouveler l'art comme il a renouvelé la société . »( Lettre d'Hugo de 1830 citée par Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, Paris Librairie José Corti, 1985, p. 393.
). Avec le recul, Hernani paraît frapper les trois coups des « Trois Glorieuses ».

Auteur : Michel WINOCK


Bibliographie

  • Paul BENICHOU, Le Sacre de l'écrivain, 1750-1830, Paris, Librairie José Corti, 1985, rééd. Gallimard, 1996.
  • Théophile GAUTIER, Victor Hugo, publication posthume, 1902, rééd. Honoré Champion, 2000.
  • Hubert JUIN, Victor Hugo, tome I « 1802-1843 », Paris, Flammarion, 1992.
  • Anne MARTIN-FUGIER, Les Romantiques, 1820-1848, Paris, Hachette, 1999.
  • Emile VERHAEREN, Hugo et les romantiques, Bruxelles, Complexe, 2002.

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