© Photo RMN - G. Blot
Titre : Les docks de Cardiff.
Auteur : Lionel WALDEN (1861-1933)
Date de création : 1894
Dimensions : Hauteur 127 cm - Largeur 193 cm
Technique et autres indications : peinture à l'huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 10 rue de l'Abbaye. 75006 Paris. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 85EE2011/RF 1052
Cardiff, située à l'embouchure de la Severn et symbole de l'industrialisation britannique, est à la fin du XIXe siècle un port très actif. Venant des cités minières de Rhondda ou de Mertyr Tydfill, véritables villes-champignons, les trains de houille y arrivent en masse. Le bassin charbonnier du pays de Galles est alors l'un des plus productifs de Grande-Bretagne, et Cardiff en est le premier port d'exportation. Cette fonction portuaire explique la croissance très rapide de Cardiff, dont la population passe de moins de 20 000 habitants en 1851 à 129 000 habitants en 1891.
En 1894, Lionel Walden, spécialiste des paysages marins et des ports, présente au Salon de Paris le tableau intitulé Les Docks de Cardiff. Comme Whistler, autre peintre américain de Nouvelle-Angleterre qu'avaient séduit les paysages londoniens ou comme Monet qui avait magnifié le chemin de fer dans son tableau La Gare Saint-Lazare, Walden s'inscrit ici dans un mouvement qui considère les paysages industriels enfumés comme dignes du regard de l'artiste, contrairement à toute une tradition qui refusait ce statut au monde de la machine.
Ce qui frappe dans ce panorama portuaire, c'est que l'eau en est absente alors que le ciel, barré de trois panaches de fumée, occupe plus du tiers de la toile. Tout ici est l’œuvre de l’homme et le gigantisme de la cheminée qui vient presque buter sur le haut du tableau manifeste cette puissance démiurgique de l’homme de la société industrielle. Ce qui a surtout retenu l'attention de Walden, ce sont les équipements techniques et les entrepôts qui entourent les bassins. Les feux de signalisation, la locomotive à vapeur, leurs reflets, la lumière fantomatique, les fumées qui retombent sur les quais humides, donnent une atmosphère irréelle à une toile dont plus de la moitié est occupée par des aiguillages et des voies ferrées, symbole de la puissance industrielle. Au second plan, les mâtures des navires à voile dominent, et les superstructures de navires à vapeur sont rares : en 1894, la flotte marchande britannique compte quelque 13 000 clippers et un peu plus de 8 000 steamers, mais ces derniers ont un tonnage très supérieur et leur part est déjà prépondérante.
La fascination pour le grand port d’exportation du pays noir gallois et l’exaltation de la puissance industrielle britannique ne sauraient faire oublier que, dès cette époque, la suprématie britannique est menacée par d’autres pays. Le tableau souligne l’importance que prennent les réseaux de sécurité des voies ferrées avec l’électricité devenue, depuis les années 1880, le véritable levier de la croissance industrielle. Dans cette nouvelle révolution industrielle, les premiers rôles sont tenus par le IIe Reich allemand et par les Etats-Unis d’Amérique, ce dont les Britanniques n’ont pas encore conscience…
Auteur : Jean-Luc PINOL
chemin de fer - électricité - modernisme - port - révolution industrielle - Royaume-Uni - sidérurgie
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