colonisation (43 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot
Titre : Kan Gao, Chinois de Cayenne.
Auteur : Pierre-Louis DELAVAL (1790-1870)
Date de création : 1821
Date représentée : 1821
Dimensions : Hauteur 220 cm - Largeur 142 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00DE30786/MV 6701
Au XVIIIe siècle, la Guyane occupait une position stratégique comme base de mouillage des vaisseaux corsaires. On entreprit d’assainir la région pour y développer des plantations, mais le ministre Choiseul, qui envoya en 1763 14 000 colons dont 10 000 périrent rapidement, puis le gouverneur Victor Malouet, qui voulut appliquer les techniques hollandaises de culture des terres basses, échouèrent dans leurs tentatives de mise en valeur agricole. Les révolutionnaires inventèrent la déportation au bagne et reprirent, sans mieux réussir, le projet de colonisation agricole. Le bagne fut fermé en 1819 par le ministre de la Justice Barbé de Marbois qui était lui-même un ancien déporté victime du 18 Fructidor. Le congrès de Vienne ayant interdit la traite, il n’était plus possible de se procurer de la main-d’œuvre en provenance d’Afrique. Des Chinois furent alors introduits pour créer de nouvelles plantations.
Dans les Explications des gravures au trait de quelques tableaux de P.-L. De Laval, peintre d’Histoire par C.-A. de Laval, Paris, 1858, nous pouvons lire : « Kan-Gao était le chef des soixante Chinois amenés à Paris en 1821 par le capitaine de vaisseau Philibert, et qui ont été transportés à Cayenne pour y cultiver le thé. / Tout dans ce tableau est chinois ; le personnage, les vêtements et tous les accessoires sont faits d’après nature, et la vue des côtes qu’on aperçoit dans le lointain est conforme aux dessins relevés sur les lieux par l’un des officiers de l’expédition. / Kan-Gao est représenté sur une terrasse. Il est vêtu d’une espèce de blouse de crêpe de Chine rose, d’un jupon de soie blanche orné de dessins de diverses couleurs peints à la main ; son pantalon et ses bas sont de coton blanc, et ses souliers sont un tissu de paille et d’étoffe ; son bonnet est de soie noire ouvragée de même couleur ; son parasol est en papier peint, entremêlé de soies de diverses couleurs. »
Elève de Forestier et de Girodet, peintre de grands décors religieux et profanes (château de Compiègne, églises Saint-Louis à Versailles, Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris, etc.), Delaval était aussi un portraitiste reconnu. Indice d’un intérêt nouveau pour l’exotisme qui avait déjà fait florès au XVIIIe siècle, ce portrait, peint lors d’un séjour effectué par Kan-Gao à Paris pour y être instruit, fut unanimement célébré par la critique comme remarquable, tant sous le rapport du coloris que sous celui de l’exactitude du costume et des accessoires. Car, en plus de l’exotisme de la représentation, Delaval usa ici de ce que l’on pourrait appeler un exotisme technique : le portrait du « Chinois de Cayenne » est en effet entièrement exécuté avec des pigments venus de Chine. On peut voir aujourd’hui dans cette œuvre comme un premier témoignage de l’émergence, dans la France de la Restauration, d’un art d’inspiration coloniale.
Auteur : Robert FOHR