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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Paul  Déroulède prononce un discours  à  Bougival. Janvier 1913.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Paul Déroulède prononce un discours à Bougival. Janvier 1913.

Auteur : Fernand CORMON (1845-1924)
Date de création : 1913
Date représentée : janvier 1913
Dimensions : Hauteur 190 cm - Largeur 136 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94DE59696 / MV 5734

  Contexte historique

Fondateur de la Ligue des patriotes en 1882, partisan du général Boulanger, Déroulède, qui avait combattu en 1870 et avait participé à la répression contre la Commune, fut le chef d’un nationalisme revanchard et cocardier, allant jusqu’à tenter de déstabiliser le parlementarisme républicain. Après le tournant de l’affaire Dreyfus en 1899, les républicains proches des radicaux parvenus au pouvoir avec Waldeck-Rousseau le traduisirent devant la Haute Cour de justice pour complot contre la sûreté de l’Etat. Condamné à dix ans de bannissement en 1900, il s’établit en Espagne et ne rentra en France qu’après la loi d’amnistie de 1905.
Sans hostilité au départ pour la république, Déroulède évolua peu à peu vers l’antiparlementarisme, qu’il estimait seul apte à dépasser le cadre étroit des partis, qu’il rendait responsables de la défaite de 1870. Son seul souci était de souder les Français par-delà les clivages de classes. Il voyait là le moyen de renverser la tendance à l’effritement social et de reconstruire une armée capable de reconquérir les provinces perdues. Mais c’était sans compter avec les radicaux, peu enclins à la guerre, héritiers du jacobinisme centralisateur de la Révolution, plus idéologues que nationalistes, et pour lesquels les lois républicaines de progrès comptaient plus que la cohésion sociale. Il s’agissait plus pour eux d’éclairer le peuple, au sens des Lumières, que de le souder sur des notions qu’ils jugeaient obsolètes (langue, religion, histoire). C’était l’époque pourtant où l’on glorifiait le Gaulois face au Germain, en particulier à l’école.

  Analyse de l'image

Revenu de son exil, Déroulède reprit ses activités de tribun. Chaque année, les nationalistes se réunissaient à Bougival devant le monument aux morts de la guerre de 1870, véritable pèlerinage visant à relever le moral des Français. En cette circonstance, on évoquait la mémoire d’Henri Regnault (1843-1871), jeune peintre de talent tué au combat à Bougival contre les Prussiens, le 19 janvier 1871. C’est la cérémonie de 1913 que Cormon, artiste de tendance patriotique marquée, surtout célèbre pour ses tableaux « préhistoriques » dans le goût de La Guerre du feu de Rosny aîné, a représentée dans cette peinture. Derrière l’orateur, on aperçoit le monument sommé du buste de Regnault, couvert de couronnes de fleurs et environné de drapeaux. Déroulède prononce un discours enflammé, et ce un an avant la déclaration de guerre à l’Allemagne. Plutôt que de peindre un portrait, c’est l’orateur nationaliste qu’a saisi Cormon : Déroulède parle, montrant d’un doigt vengeur la direction à suivre – celle qu’indiquent les drapeaux français flottant au vent vers la droite. C’est la voix de la France – une France nationaliste – qu’a voulu représenter l’artiste. Le tribun se dresse tel un prédicateur, et, vêtu d’un long manteau de deuil qui le rend monolithique, il s’appuie sur un drapé mortuaire en regardant le spectateur de face, mais cette image solide glisse lentement vers le doigt levé qu’accompagnent les bannières. La touche vibrante du peintre et les couleurs nationales portent l’espoir en la revanche : le noir devient couleur et se poursuit en se transfigurant hors du tableau, comme si le temps allait venir de recommencer la guerre contre l’Allemagne, comme pour donner raison à Déroulède, véritable prophète du nationalisme.

  Interprétation

Parmi les portraits tardifs de l’école de peinture classique, celui-ci est certainement l’un des meilleurs. Il a surtout le mérite de représenter un personnage dont les opinions politiques et l’idéologie ont été depuis fustigées et comme interdites au nom d’idéaux hérités de 1789, présentés comme incontournables et marquant la « fin de l’histoire ». Rares sont les portraits montrant des figures de la tendance la plus extrémiste de la droite politique. L’acceptation du don à l’Etat de ce portrait ne pouvait se faire que dans un contexte bien particulier. En 1914, les conditions étaient réunies pour permettre cette acquisition : tous les Français pouvaient enfin se reconnaître en Déroulède, à qui la guerre venait donner raison. La mort conférait ainsi à l’homme politique une stature nationale.

Auteur : Jérémie BENOÎT


Bibliographie

  • Antoine de BAEQUE, « Le poète de la revanche » in L’Histoire , n° 152, janvier 1992.
  • Raoul GIRARDET,, Le Nationalisme français. Anthologie : 1871-1914, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1983.
  • Bertrand JOLY, Paul Déroulède : aux origines du nationalisme français, Paris, Perrin, 1998.
  • Michel WINOCK, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1990.

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