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La bataille de Waterloo. 18 juin 1815.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : La bataille de Waterloo. 18 juin 1815.

Auteur : Clément-Auguste ANDRIEUX (1829-1880)
Date de création : 1852
Date représentée : 18 juin 1815
Dimensions : Hauteur 110 cm - Largeur 193 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : MV 6340 / 94DE51273

  Contexte historique

Napoléon, emprisonné à l’île d’Elbe, ayant débarqué à Golfe-Juan le 1er mars 1815, parvint à reconquérir son trône après une marche à travers la France qui s’acheva triomphalement à Paris. Aussitôt, Louis XVIII s’étant enfui à Gand, les puissances européennes, Angleterre, Prusse, Autriche, relancèrent la guerre contre l’Empereur, considéré comme un usurpateur. Napoléon rassembla une nouvelle armée et gagna la Belgique. Après quelques succès — à Ligny où il parvint à vaincre les Prussiens, aux Quatre-Bras où Ney remporta une demi-victoire contre les Anglais (16 juin) —, il affronta les Britanniques du duc de Wellington à Waterloo le 18 juin 1815. C’était la première fois qu’il se trouvait en face de son grand adversaire : jamais encore il n’avait combattu directement les Anglais. Reprenant sa tactique habituelle, Napoléon confia une partie des troupes au général Grouchy, créé maréchal pour l’occasion, afin d’empêcher le feld-maréchal Blücher de rallier le champ de bataille. Il espérait ainsi remporter une victoire décisive face aux Anglais. En effet, la bataille ayant commencé à onze heures en raison du terrain détrempé par les pluies, il eut l’initiative toute la journée malgré la belle résistance britannique. Malheureusement, Grouchy ne rallia pas le lieu du combat comme il l’aurait dû pour prendre les Anglais en tenaille, bien que poussé par le général Vandamme, jaloux de son maréchalat. Ce furent les Prussiens qui arrivèrent sur la droite française. La jeune garde fit des prouesses pour les contenir pendant que Ney cherchait à percer les lignes anglaises au centre. A 7 heures, Napoléon envoya sa vieille garde dans un suprême sursaut. Mais Blücher et Wellington firent leur jonction. La bataille était perdue. Avec elle s’envolait l’espoir d’une restauration impériale durable.

  Analyse de l'image

Selon le livret du Salon de 1852, Andrieux a peint l’attaque des trois mille cuirassiers du général Milhaud contre les carrés anglais groupés en avant du mont Saint-Jean, c’est-à-dire l’action visant à désorganiser le centre des lignes ennemies. Si cette attaque, qui eut lieu vers 15 h 30, est un moment héroïque souvent célébré, elle ne met pas l’Empereur en valeur. C’est Jean-Baptiste Milhaud (1766-1833) qui l’est, mais seulement dans le livret, car on ne le reconnaît pas précisément dans la peinture. D’ailleurs, ce fut Ney qui mena cette charge fameuse qui échoua. Dans la peinture, l’apparition des cavaliers sortant des fumées de la bataille révèle une très forte inspiration des lithographies de Raffet.
Napoléon et Ney minimisés, glorification d’un général qui avait été proche de Marat et de Carrier à la Convention avant de se rallier à Bonaparte, rappel de la belle résistance anglaise dans le livret, tout cela ne concourait pas à faire acheter l’œuvre par le nouvel empereur Napoléon III. Andrieux voulait peut-être renouer en cette année 1852 avec la gloire passée, mais il fut maladroit dans son intervention et l’œuvre demeure d’ailleurs assez peu lisible.

  Interprétation

Il semble qu’il fallait à l’Empereur cette défaite définitive : en 1814, toujours victorieux, il n’avait capitulé que parce que Paris avait été investie par les Alliés. Inversement, il y avait de l’épopée dans Waterloo : c’était le sceau d’une aventure humaine qui n’avait eu d’égale que celle d’Alexandre le Grand. Le dévouement presque suicidaire des soldats de l’Empire permit de retourner une situation de défaite pour faire de Waterloo un acte de bravoure démesuré. En ce sens, seule la bataille de Diên Biên Phu peut lui être comparée. Remarquons d’ailleurs qu’on parle de « victoire » pour Austerlitz, Iéna ou Friedland, mais de « bataille » pour ces deux défaites…

Ainsi, la bataille perdue de Waterloo est-elle paradoxalement passée dans l’histoire comme l’un des plus beaux faits d’armes de l’armée française. Elle est toujours citée parmi les batailles napoléoniennes aux côtés d’Austerlitz ou de Iéna. Les créateurs de la légende se sont en effet vite emparés de cette défaite comme pour laver l’affront fait à l’Empereur et en faire une sorte de prouesse victorieuse. Raffet et Charlet célébrèrent très tôt dans leurs lithographies les héroïques soldats de Waterloo, le dernier carré de la garde, le bataillon sacré qui entourait l’Empereur au soir de la bataille. Le général Cambronne fut glorifié pour avoir refusé de se rendre. On lui attribua un mot demeuré célèbre, mais il est plus vraisemblable qu’il répondit aux Anglais cette phrase emplie d’honneur militaire : « La Garde meurt mais ne se rend pas. » La littérature vint également au secours de Napoléon. Dès 1829, Barthélemy et Méry publiaient une sorte d’épopée intitulée Waterloo, fustigeant la trahison du général Bourmont, ancien chouan, qui fut suivie par la célèbre poésie de Victor Hugo dans Les Châtiments (« L’expiation », 1853) : « Waterloo, Waterloo, Waterloo, morne plaine… ». On connaît aussi le vaste passage épique des Misérables qui célèbre en particulier le chemin creux d’Ohain, très accentué par rapport à la réalité, que devaient franchir les cuirassiers de Ney (et de Milhaud). En 1865, Erckmann-Chatrian publiaient à leur tour un Waterloo, roman qui faisait suite au Conscrit de 1813, œuvre antimilitariste certes, mais qui célébrait aussi le sens du devoir patriotique. Plusieurs artistes, outre Andrieux, s’emparèrent aussi du sujet, surtout à la fin du XIXe siècle, sous la IIIe République, quand l’esprit revanchard se fit jour après la défaite de 1870 et qu’il fallait célébrer les grands aînés de la France. Là encore Waterloo fut glorifiée à l’égal des plus grandes victoires, particulièrement par François Flameng qui mit en scène un maréchal Ney déchaîné de bravoure.
Andrieux quant à lui était venu trop tôt : il avait voulu glorifier Napoléon, il ne parvint qu’à montrer les combattants. Si c’est par ce biais qu’on parvint bel et bien à transfigurer Waterloo, en 1852 il fallait flatter l’Empire et non rappeler une défaite finale. Ce qui était possible en littérature ou en gravure ne l’était pas en peinture, genre officiel exposé au public. Il fallait la démocratie pour montrer les soldats du peuple : Napoléon III voulait que son oncle fût glorifié et non pas supplanté par son armée. Le tableau d’Andrieux était voué à l’échec en 1852. Son acquisition en 1890 est au contraire révélatrice, puisqu’elle s’effectua au moment de la crise boulangiste.

Auteur : Jérémie BENOÎT


Bibliographie

  • Yveline CANTAREL-BESSON, Claire CONSTANS et Bruno FOUCART,, Napoléon. Images et histoire : peintures du château de Versailles (1789-1815), Paris, RMN, 2001.
  • Jean-Claude DAMAMME, La Bataille de Waterloo, Paris, Perrin, 1999.
  • Roger DUFRAISSE et Michel KERAUTRET, La France napoléonienne. Aspects extérieurs, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1999.
  • Gunther E. ROTHENBERG, Atlas des guerres napoléoniennes : 1796-1815, Paris, Autrement, 2000.
  • Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987, rééd. 1999.

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