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Frontispice de la Description de l'Egypte

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Frontispice de la Description de l'Egypte, vol.I

© Centre historique des Archives nationales - Atelier de photographie

Agrandissement - Zoom

Titre : Frontispice de la Description de l'Egypte, vol.I

Auteur : François-Charles CECILE (1746-1840)
Date de création : 1809
Date représentée : 1798
Dimensions : Hauteur 55 cm - Largeur 40.5 cm
Technique et autres indications : Gravure
Lieu de Conservation : Centre historique des Archives nationales (Paris) ; site web
Contact copyright : CARAN - service de reprographie, 60 rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03 ; site web
Référence de l'image : MI 130

Animation

  Contexte historique

La Description de l’Egypte

Dix ans après le coup d’Etat du 18 Brumaire, Napoléon décide de publier l’ensemble des documents recueillis par la mission scientifique de l’expédition d’Egypte, sous forme d’un monument éditorial à sa gloire, la Description de l’Egypte. Cette entreprise encyclopédique a pour but de transformer une aventure militaire contestable[1] en une conquête culturelle et archéologique, accomplie par le génie de l’empereur.

La propagande napoléonienne qui paraît omniprésente ne s’exerce en fait que sur le frontispice, la préface[2] et la forme générale. Le format quasi pharaonique de l’ouvrage (70 x 60 cm), qui a nécessité la fabrication de cuves à papier de taille exceptionnelle, confère à toute la publication le prestige d’une grande réalisation de l’Empire.

Si Fourier rend des hommages appuyés à « celui dont la protection auguste en a favorisé les progrès, ou plutôt qui en est le premier et le véritable auteur », le contenu même de la Description ne fait aucune référence à l’expédition ou à son chef. La volonté de description scientifique qu’inaugure cet ouvrage fait apparaître sa publication comme une entreprise à poursuivre malgré les changements de régime ; elle s’achèvera en  1835.

  Analyse de l'image

La révélation des antiquités égyptiennes sous l’égide de l’Empereur

Dans un cadre régulier rappelant l’entrée d’un temple, le dessinateur François-Charles Cécile présente un raccourci recomposé de l’Egypte[3] qui mêle allégorie et paysage, reconstitution architecturale et archéologie. Mais aucune trace de l’Egypte contemporaine, pourtant étudiée par les savants. Le temps semble arrêté à la représentation du pays tout entier à travers l’art des pharaons.

Au premier plan, un amoncellement d’objets : la pierre de Rosette[4] découverte pendant l’expédition, le zodiaque de Dendérah[5], un papyrus, un chapiteau « à feuilles de dattier », un dieu égyptien à corps d’homme et tête d’animal, des béliers qui semblent plus relever du goût de l’époque pour l’astrologie que de l’archéologie, un sphinx de Thèbes et une autre tête de sphinx, au style très proche d’un kouros d’art grec classique. La colonne corinthienne accolée au cadre, dite colonne de Pompée, se trouve alors à Alexandrie, de même que l’obélisque, identifié comme « l’aiguille de Cléopâtre », qui sera transporté en 1880 à New York, quand la ville souhaitera avoir son obélisque comme toutes les grandes cités d’Europe.

Au-delà, le Nil, dont les sources sont encore inconnues à cette date, représenté depuis son delta jusqu’à Assouan. Dans cette vision grandiose et fictive sont rassemblés des monuments situés à plusieurs jours de distance les uns des autres, sur les deux rives du fleuve.

Les motifs qui ornent le cadre de la porte semblent dériver de l’art égyptien mais sont traduits dans le langage du bas-relief de l’art grec classique. En haut domine la frise allégorique de Bonaparte écrasant les mamelouks et suivi des arts et des sciences. Napoléon Bonaparte, en Apollon nu, conduit le fameux quadrige des chevaux de Saint-Marc transportés de Venise à Paris à la suite de la campagne d’Italie. Au paysage sans vie s’oppose la fougue du jeune conquérant, seul capable de le ranimer. Au-dessus de lui brille l’étoile de la nouvelle dynastie impériale, sur le globe ailé des antiques pharaons. La Commission des arts et des sciences, représentée par quatre rangées de Muses, regarde la silhouette du Nil, inspirée de la célèbre sculpture romaine[6] – également envoyée à Paris, à cette époque, emportant dans ses flots une horde désordonnée de mamelouks. Terrifié par l’aigle, symbole de l’armée impériale, l’ennemi en déroute s’enfuit derrière une pyramide. Le « héros conquérant » a rapporté en Egypte les arts et les sciences après un long exil. Chassés par Bonaparte, les mamelouks réapparaissent dans la frise inférieure, soumis et payant tribut. Sur les montants latéraux, des trophées d’armes, de drapeaux, et des enseignes composées de couronnes et de médaillons portent les noms des principaux champs de bataille de Syrie et d’Egypte. Dans les angles s’inscrit l’abeille, autre symbole impérial.

  Interprétation

L’allégorie napoléonienne

Le frontispice compose une sorte d’arc de triomphe, à la fois défilé de sujets vaincus et apothéose du vainqueur, et légitime le pouvoir de Napoléon Bonaparte. Il unit le culte de la personnalité du général en chef à l’idée classique du héros demi-dieu. Comme César, Napoléon s’était hissé au pouvoir impérial à partir du commandement suprême de l'armée et, comme lui, il avait fondé un empire en passant par la terre d’Egypte. Expédition voulue par le destin, suggère la préface, car « le propre de ce pays est d’appeler l’attention des princes illustres qui règlent les destinées des nations ».

Le frontispice illustre l’idée que la puissance impériale a donné à la France la maîtrise des antiquités égyptiennes par la connaissance et l’image, sans s’arrêter au fait que les Anglais ont saisi les collections d’objets antiques ! Ces pièces d’art égyptien jouent aussi le rôle de passerelles entre l’art égyptien et l’art gréco-romain, reflétant cette conception du XIXe siècle selon laquelle l’art des pharaons constitue le berceau de l’art avant son apogée réel, l’art grec classique : l’Egypte a passé le flambeau à la Grèce, qui l’a transmis, par-delà les siècles, aux artistes et aux savants français.

Dans la même perspective, la représentation des chevaux de Saint-Marc et du Nil étendu en dieu du fleuve ne revêt pas un simple sens allégorique. Les faits d’armes de Bonaparte en Italie avaient rendu la nation française maîtresse de ces œuvres exceptionnelles. Aussi symbolisent-elles le contrôle des antiquités classiques et égyptiennes alors détenu par la France.

Le répertoire de formes nouvelles découvertes en Egypte que diffuse la Description transformera la vision des artistes et sera largement utilisé par les peintres pour évoquer l’Orient.

Auteur : Luce-Marie ALBIGÈS


Notes


Bibliographie

  • Anna PIUSSI, , « Les menottes d’or du patronage napoléonien : Le frontispice de la Description de l’Egypte. Hommage à Dutertre, Balzac et Cécile », in L’Expédition d’Egypte, une entreprise des Lumières, 1798-1801. Actes du colloque de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie des sciences, sous les auspices de l’Institut de France, Paris, 8-10 juin 1998, réunis par Patrice Bret, Paris, 1999.
  • Marie-Noëlle BOURGUET, « Des savants à la conquête de l’Egypte ? Science, voyage et politique au temps de l’expédition française », in L’Expédition d’Egypte, une entreprise des Lumières, 1798-1801. Actes du colloque de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie des sciences, sous les auspices de l’Institut de France, Paris, 8-10 juin 1998, réunis par Patrice Bret, Paris, 1999.

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