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Titre : 1er mai 1936
Auteur : ANONYME
Date de création : 1936
Date représentée : 1 ermai 1936
Dimensions : Hauteur 121 cm - Largeur 80 cm
Lieu de Conservation : CIRIP/Gesgon (Paris)
Un 1er Mai singulier
En 1936, le 1er mai advient deux mois à peine après le congrès confédéral de Toulouse (2-5 mars) qui entérine la réunification de la CGT et de la CGTU, déchirées depuis 1922 mais l'une et l'autre signataires depuis janvier du programme du rassemblement populaire. Le 26 avril, soit cinq jours plus tôt, le premier tour des élections législatives a mis les formations politiques constitutives de ce rassemblement en position de l'emporter. Pour éviter toute provocation susceptible de peser sur l'issue du scrutin, la CGT évitera tout cortège, à Paris notamment.
L'union fait la force
Le 1er Mai se veut journée de fête (de l'unité) et de lutte (pour les 40 heures, l’une des premières mesures du gouvernement de front populaire en juin 36, les contrats collectifs, pour les grands travaux inscrits depuis 1934 dans le programme de la CGT, la paix, slogan du Front populaire « paix, pain, liberté »). Le graphisme résume et transpose ces objectifs énoncés littéralement. Depuis les premiers 1er Mai, le peuple en marche est une image fréquemment retenue pour signifier graphiquement le sens de la journée. L'affiche mobilise ce code convenu. La foule est soudée, dense et presque infinie mais, nonobstant, constituée d'individualités clairement identifiables : ouvriers (ceinture de terrassier), mais aussi bien, à leur côté, phénomène plus rare, des femmes qui ne sont ni des allégories ni des mères souffrantes et, exceptionnel, des cadres et/ou des employés (chapeau, cravate). Cette foule qui doit aux codes en usage d'être souvent dépeinte en marche vers un horizon figuré par le soleil ou repoussé hors cadre se dirige ici vers le drapeau rouge, devenu signifiant de la confédération. Il est brandi par des mains et avant-bras où l'on repère, à nouveau, la montre fine d'une femme et des manches (costume et chemise blanche) appartenant à d'autres qu'à des ouvriers. Deux mains serrées rappellent sans le reproduire le label syndical (visible dans le cadre de l'affiche). L'unité, fêtée, fait la force.
Une image du Front populaire ?
La CGT n'envisageait la réunification que sous l'espèce d'un retour pur et simple de la CGTU au sein de la « vieille CGT ». Cette conception prévaut dans l'affiche, qui évite toute allusion aux organisations préexistant à la réunification et choisit d'exprimer l'alliance de classe réalisée, non l'unité organique. Achevée avant les résultats du premier tour (et, a fortiori, du second), elle doit à sa force dynamique et à la fête invoquée de s'être pourtant imposée comme l’une des images fréquemment retenues pour illustrer le Front populaire. Elle énonce certains points forts de son programme et signifie l'alliance de classe dont il se réclame. Mais l'adéquation n'est pas totale. Le drapeau rouge cristallise ici, seul, les attentes quand le front populaire s'est affirmé et construit dans la rue en l'associant indissolublement au drapeau tricolore pour exprimer sous ce mode inédit la culture politique républicaine et de classe dont il était porteur. Le syndicat est érigé par là même en acteur exclusif d'une victoire d'une autre sorte.
Auteur : Danielle TARTAKOWSKY