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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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L'Arbre d'Amour

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L'Arbre d'Amour.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Agrandissement - Zoom

Titre : L'Arbre d'Amour.

Auteur : ANONYME
Dimensions : Hauteur 32.2 cm - Largeur 41.8 cm
Technique et autres indications : bois de fil colorié au pochoir sur papier vergé ; Epinal chez Pellerin
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02CE10154 / 79.82.15 C

  Contexte historique

La France du XIXe siècle connaît une division sexuelle des tâches, des rôles et des espaces fortement marquée. Il serait évidemment imprudent de projeter trop rapidement sur la société préindustrielle un modèle figé dans un rôle d’opposition aux grilles de lecture contemporaines – la réalité historique est nuancée –, mais la fonction d’autorité au sein du couple échoit globalement aux hommes. Comme la « Dispute de la culotte » et certaines vignettes du « Monde à l’envers », le thème de l’Arbre d’amour constitue une représentation satirique des rapports entre les sexes.

  Analyse de l'image

Dans son Histoire des faïences patriotiques sous la Révolution, Champfleury remarque que le motif de l’Arbre d’Amour connaît une vogue importante tant dans le domaine de l’estampe que dans celui de la faïence. Les hommes sont perchés sur les branches d’un arbre au faîte duquel trône l’Amour, les femmes tentent de les en faire descendre par les moyens les plus variés. Elles font parfois appel à la séduction : « Suzon tire par la manche son mari : doux, doux Jacquot… » Les faïences du XVIIIe siècle, dont les figures s’accompagnent de petites phrases en bouts rimés, font régulièrement allusion à des cadeaux. Les saladiers de Nevers portent ainsi la mention « D’agréable manière - Recevés cette tabatière » ou « La charmante Isabeau - Lui présente un beau chapeau ». Dans la plupart des cas cependant la séduction ne suffit pas. Les estampes du XIXe siècle privilégient des méthodes plus directes : une femme se sert d’une échelle pour tenter d’attraper un « guerrier couvert de gloire », une autre tient une gaule en main. Le moyen le plus radical consiste encore à scier le tronc de l’arbre : deux femmes utilisent à cet effet un passe-partout[1] tandis qu’une troisième se prépare à tirer sur une corde pour faire choir l’ensemble. Le motif iconographique, proche de l’Arbre de vie sur le plan formel – et du mât de Cocagne sur le plan du contenu –, apparaît dans la gravure aux XVIe et XVIIe siècles (« L’arbre au beau fruict »). Mais ce sont alors les femmes qui sont dans l’arbre et les hommes qui essayent de les en faire descendre (avec un luth ou avec un arc...) ; l’inversion semble se généraliser au XVIIIe siècle.

  Interprétation

Pour Duchartre et Saulnier (1944), « l’Arbre d’Amour signifie que les maris sont des oiseaux difficiles à dénicher, et une moquerie à l’égard des filles à la recherche d’un mari ». En même temps, l’image donne aux femmes l’initiative de la conquête amoureuse. Présenter ainsi, au début du XIXe siècle, les rapports hommes-femmes constitue bien une inversion comique des normes communes, mais nullement une subversion ; comme dans le cas du « Monde à l’envers », l’inversion des rapports s’établit d’une part à l’intérieur d’une structure relationnelle stable qu’il ne s’agit nullement de pervertir ou de contester sur le fond, et, d’autre part, sur un mode humoristique qui tient à distance toute interprétation en termes de revendications.

Auteur : Frédéric MAGUET


Notes

Grosse scie à lame large et sans monture pour le bois et les pierres tendres.


Bibliographie

  • Philippe ARIES et Georges DUBY (dir.), Histoire de la vie privée, tome III « De la Révolution à la Grande Guerre » (volume dirigé par Michelle Perrot), Paris, Seuil, 1987.
  • Champfleury, Histoire des faïences patriotiques sous la Révolution, Paris, E. Dentu, 1867.
  • Paul-Louis DUCHARTRE et René SAULNIER, L’Imagerie parisienne, Paris, Gründ, 1944.
  • Martine SEGALEN, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Flammarion, 1980.

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