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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Napoléon sur la colonne

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Napoléon sur la colonne.

© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi

Agrandissement - Zoom

Titre : Napoléon sur la colonne.

Transcription

Auteur : THIBAULT
Dimensions : Hauteur 49.9 cm - Largeur 31.4 cm
Technique et autres indications : Signée : « J. B. THIEBAULT. sc » (S. b. d., au sommet de la colonne, gravé)
« DE LA FABRIQUE DE LACOUR ET Ce, A NANCY » (b. d.)
Bois de fil peint au pochoir sur papier vergé
HUBERT Jacques-Stanislas-Prosper dit LACOUR (éditeur)
Nancy (lieu d’édition)
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02CE10156 / 65.75.776 D

  Contexte historique

La statue en bronze de Napoléon Ier, exécutée par Seurre, est inaugurée le 28 juillet 1833 au sommet de la colonne Vendôme. Elle remplaçait celle de Chaudet déposée à la chute de l'Empire. Occultée sous la Restauration, l’effigie de l’Empereur est réhabilitée officiellement par Louis-Philippe, soucieux de ménager les Bonapartistes. L’engouement pour Napoléon, déjà exalté par les Romantiques, ne cesse alors de croître. Les artistes s’emparent du personnage[1], les colporteurs diffusent son image. Chansons, gravures et statuettes se répandent jusque dans les campagnes. Le culte de Napoléon, quasi-religieux, fait rage.

  Analyse de l'image

Le titre de cette gravure, Napoléon sur la colonne, annonce un portrait de l’Empereur plus qu’une image d’actualité. Pour renforcer l’effet, le graveur n’a pas voulu représenter la colonne Vendôme. Il n’a laissé que son extrémité supérieure, socle de la sculpture qui était en bronze. Délaissant la réalité, il a choisi des teintes naturelles plus adaptées à montrer Napoléon Ier comme s’il était encore vivant (une autre gravure représente la sculpture couleur bronze) et le socle peint en vert semble symboliser les collines des champs de bataille.
Quant à la composition, elle reste traditionnelle. C’est celle qui était employée pour représenter les saints dans l’imagerie populaire. Attributs et cantiques ont été substitués par des symboles guerriers (épée et boulets de canons) et des airs de chansons populaires.

Ces particularités étaient déterminantes pour son futur succès commercial auprès de l’ensemble de la population. Le choix du graveur ne fut pas anodin et ce portrait-souvenir répond en fait à une demande bien précise. L’Empereur, en costume militaire, représente à la fois le héros-guerrier et le saint-martyr. Le voulant proche du peuple, on lui attribue toutes les vertus : humilité, grandeur d’âme, amour paternel, héroïsme.

Ces types de gravures, diffusés partout, prirent rapidement une dimension propagandiste jusqu’à se révéler, au terme de leur réception, être de véritables icônes (elles étaient fixées au mur des maisons aux côtés des images pieuses). L’idolâtrie et le fétichisme[2] n’étaient pas rares et les paroles de la chanson de Béranger présentent sur l’estampe le confirment.

  Interprétation

L’honneur rendu à la mémoire de Napoléon par le monument commémoratif fut un des actes décisifs de sa vénération. La propagande impériale, déjà mise en place sous l’instigation de Bonaparte lui-même, s’est diffusée en masse dans les années 1830, à l’origine d’une « idolâtrie » encore vivante de nos jours[3].
Destinées à une population en grande partie illettrée, les gravures populaires était à même de forger la légende napoléonienne. Jean Tulard l’affirme : « [Elle] fut populaire avant d’être littéraire » (J . Tulard, Le Mythe de Napoléon, Paris, 1971, p. 43.). L’imagerie conjuguant texte et image, il faut rappeler la popularité des chansons[4] de Debraux et de Béranger qui ont contribuées, elles aussi, grâce à leur diffusion rapide, à constituer le mythe de Napoléon, fondé sur une culture à la fois visuelle et orale.

Auteur : Nathalie JANES


Notes

Napoléon ou trente ans de l'histoire de France, pièce de théâtre, Alexandre Dumas, 1831 ; Le Cinq Mai ou la mort de Napoléon, cantate, Hector Berlioz, 1834… Les peintres, graveurs et sculpteurs multiplient les représentations, de l'anecdote aux grandes batailles.

La grand-mère a conservé le verre dans lequel Napoléon a bu comme une relique. Le petit-fils lui-même vénère son aïeule parce qu'elle a rencontré l'Empereur.

Beaucoup de lieux en France gardent le souvenir de son passage par une plaque commémorative, une enseigne, une effigie. Les grandes batailles sont reconstituées, les costumes imités et les collectionneurs nombreux.

Les chansons furent en vogue surtout après 1821. L'accent était mis sur l'image du " Napoléon du peuple ".


Transcription - Napoléon sur la colonne.

Chanson composée par Debraux

" AIR du Mont-Saint-Jean. / O toi ! l'orgueil de ma patrie, / Qui vis les rois à tes genoux, / Tu viens de terminer ta vie, / Mais tu ne peux mourir en nous. / Ta valeur illustra la France. / Le peuple, oubliant ses malheurs. / En toi mettait son espérance : / Ton trépas fait couler ses pleurs. (BIS.) / Napoléon de la voûte assurée, / Jette encor un regard sur la France éplorée, / Reçois les adieux des Français, / Repose en paix ! repose en paix ! /Vois tes braves compagnons d'armes / proscrits, n'osant porter ton deuil, / Et ne pouvant verser leurs larmes / Sur ton trop modeste cercueil ; / Monarques, sujets, tout succombe ! Tu fus le plus grand des guerriers ; / Le temps, pour ombrager ta tombe, / refleurit tes nombreux lauriers. / Napoléon de la voûte azurée, / Jette encor un regard sur la France éplorée, / Reçois les adieux des Français, / Repose en paix ! repose en paix ! / Sur un rocher, où de Neptune / Se brisent les vagues des mers, / Tu semblais dans ton infortune, / commander encor l'univers ! / Loin de nous tu perds la lumière, / Tes restes sont ensevelis ! Hélas ! tu fermas la paupière / sans pouvoir embrasser ton fils ! / Napoléon de la voûte azurée, / Jette encor un regard sur la France éplorée, / Reçois les adieux des Français, / Repose en paix ! repose en paix ! / Des rois, dans leur fureur jalouse, / Par le plus noir des attentats, / T'ont privé d'un fils, d'une épouse, / Les ont arraché de tes bras ! / L'honneur, les lois et la nature, / Par eux rien ne fut respecté ; / Ils sont tous par ta sépulture / en honneur à l'humanité. / Napoléon de la voûte azurée, / Jette encor un regard sur la France éplorée, / Reçois les adieux des Français, / Repose en paix ! repose en paix ! / Mais du temps la faux meurtrière / Ne peut détruire les hauts faits : / A jamais la nature entière / Retentira de tes succès ! L'œil de l'avenir te contemple, / Tu vis dans la postérité, / Et sa main te conduit au temple / Que t'ouvre l'immortalité ! / Napoléon de la voûte azurée, / Jette encor un regard sur la France éplorée, / Reçois les adieux des Français, / Repose en paix ! repose en paix ! "


Chanson composée par Béranger



" AIR : Passez votre chemin beau sire. / On parlera de sa gloire / Sous le charme bien long-temps : / L'humble toit, dans cinquante ans, / Ne connaîtra plus d'autre histoire. / Là viendront les villageois / Dire alors à quelque vieille : Par des récits d'autrefois, / Mère, abrégez notre veille ; / Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, / Le peuple encore le révère, / Oui le révère. / Parlez-nous de lui, grand'mère : / Parlez-nous de lui. (BIS.) / Mes enfans dans ce village / Suivi des rois il passa. / Voilà bien long-temps de ça ; / Je venais d'entrer en ménage. / A pied grimpant le coteau / Où pour voir je m'étois mise ; / Il avait petit chapeau / Avec redingote grise. / Près de lui je me troublai, / Il me dit : bonjour ma chère, / Bonjour ma chère. / - Il vous a parlé, grand'mère, / Il vous a parlé ! (BIS). / L'an d'après, moi pauvre femme, / A Paris étant un jour, / Je le vis avec sa cour : / Il se rendait à Notre-Dame. / Tous les cœurs étaient contents ; / On admirait son cortège. / Chacun disait : quel beau temps ! / Le ciel toujours le protège. Son sourire étoit bien doux ; / D'un fils Dieu le rendait père. / Le rendait père. / - Quel beau jour pour vous grand'mère, / Quel beau jour pour vous ! (BIS.) / Mais quand la pauvre Champagne / Fut en proie aux étrangers, / Lui, bravant tous les dangers, / Semblait seul tenir campagne. / Un soir, tout comme aujourd'hui, / J'entends frapper à la porte : / J'ouvre, bon Dieu ! c'était lui / Suivi d'une faible escorte. / Il s'asseoit où me voilà, / S'écriant : Oh ! quelle guerre ! / Oh ! quelle guerre ! / - Il s'est assis là, grand'mère, / Il s'est assis là. (BIS.) / J'ai faim, dit-il, et bien vite / Je sers piquette et pain bis. / Puis il sèche ses habits : Même à dormir le feu l'invite. / Au réveil voyant mes pleurs, / Il me dit : bonne espérance, / Je cours de tous ses malheurs / Sous Paris venger la France. / Il part ; et comme un trésor / J'ai depuis gardé son verre, / Gardé son verre. / - Vous l'avez encor, grand'mère ! / Vous l'avez encor ! (BIS.) / Le voici. Mais à sa perte / Le héros fut entraîné ; / Lui qu'un pape a couronné, / Est mort dans une île déserte. / Long-temps aucun ne l'a cru ; / On disait il va paraître, / Par mer il est accouru : / L'étranger va voir son maître. / Quand d'erreur on nous tira / Ma douleur fut bien amère. / Fut bien amère. / - Dieu vous bénira, grand'mère, / Dieu vous bénira (BIS.) "


Légende



" C'est le 28 juillet 1833, 19 ans après avoir été brutalement renversé par les ennemis de notre gloire militaire que la statue / de Napoléon vient d'être replacée au sommet de la Colonne de la place Vendôme, au cri de VIVE L'EMPEREUR ! et aux / applaudissemens d'une foule accourue pour contempler les traits du plus grands capitaine de tous les âges. La / Colonne, si belle de sa noble simplicité, avait été décorée de guirlandes et de couronnes d'immortelles. Aux quatre angles / on avait élevé trois bouts de colonnes surmontées de boules dorées, et portant le nom de généraux qui commandaient à / Austerlitz. Le nouveau gardien du monument est un sergent de l'ancien 13e régiment d'infanterie légère, un soldat / d'Austerlitz. Il était là avec l'uniforme complet de son ancien régiment, et sa croix historique avec l'aigle d'un côté et l'effigie / de Napoléon de l'autre. La vieille armée était représentée par un lieutenant de grenadiers à cheval de la vieille garde, un / lieutenant-colonel de chasseurs à cheval de l'ancienne armée, un sous-officier et un soldat du 13e régiment de cette arme, / un chasseur à pied et un chasseur de la vieille garde, tous avec leur ancien uniforme, leurs anciennes armes, leurs anciennes / décorations. Il y avait quelque chose d'attendrissant dans l'émotion de ces braves, dans les regards qu'ils jetaient en haut / de la Colonne, dans leur amour toujours vif pour leur Empereur, exprimé dans un langage vif et passionné. _ Napoléon / n'est pas représenté en empereur romain, en Trajan ou en César. C'est l'homme de l'histoire ; c'est l'homme qui a fait / les campagnes d'Italie, d'Egypte, de Prusse, d'Autriche et de France en 1814 ; c'est l'homme qui a montré à notre drapeau / le chemin de toutes les capitales de l'Europe ; l'homme qui abdiqua plutôt que de souscrire au traité de Chaumont, et qui / n'eût jamais consenti à démolir Huningue. Sous cette redingote et sous ce petit chapeau, on retrouve le héros des bivouacs / et des récits militaires. La gloire militaire de la France est replacée sous sur son piédestal. "


Bibliographie

  • Pierre BARBIER et France VERNILLAT, L’Histoire de France par les chansons, Paris, Gallimard, 1958.
  • Albert CIMOCHOWSKY (dit CIM), Le Chansonnier Emile Debraux, roi de la goguette, 1910.
  • Fernand de SAINT-SIMON, La Place Vendôme, Paris, Vendôme, 1982.
  • Jean TOUCHARD, La Gloire de Béranger, Paris, Colin, 1968.
  • Jean TULARD, Le Mythe de Napoléon, Paris, Colin, 1971.

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