© Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi
Titre : Don patriotique des illustres françoises.
Transcription
Auteur : ANONYME
Date de création : 1789
Date représentée : 7 septembre 1789
Dimensions : Hauteur 30.5 cm - Largeur 41.5 cm
Technique et autres indications : Taille douce coloriée à main levée sur papier vergé
Chéreau Jacques-François (imprimeur, libraire, éditeur)
Paris (lieu d'édition)
Lieu de Conservation : MuCEM (Marseille) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 02CE10151/43.16.223 C
Le 7 septembre 1789, un groupe de onze femmes se présente devant les membres de l’Assemblée nationale pour faire don à la nation d’une cassette contenant leurs bijoux. Elles sont toutes artistes ou parentes d’artistes.
Ce geste spontané entraîna très vite l’ouverture de deux bureaux organisés, dirigés l’un par Mme Pajou (fille et femme de sculpteur), l’autre par Mme Rigal, épouse d’orfèvre. La plupart des donatrices ont un nom célèbre, d’autres sont des artistes reconnues. Toutes ont un train de vie confortable et logent au Louvre ou aux Gobelins. Seuls leurs idéaux artistiques, leur patriotisme et leurs sympathies mutuelles les rassemblent. Leur geste, qu’elles veulent exemplaire, est désintéressé. Symbolique, il montre leur désir de contribuer à la résorption de la dette publique et marque leur soutien à la cause révolutionnaire.
Les faits représentés par cette image, produite en plein centre de Paris, ne correspondent peut-être pas à ceux relatés dans le commentaire qui l’accompagne. Si tout porte à croire qu’il s’agit bien du don du 7 septembre puisque ce texte reprend un article paru dans Le Point du Jour du lendemain, l’événement y est daté du 21 et les vêtements des femmes sont colorés alors qu’elles étaient en blanc le 7. S’agit-il d’un autre événement ( on sait que Mme Rigal préparait une contribution à cette date[1]) ou bien simplement d’une erreur qui aurait fait confondre ultérieurement la date du fait avec le nombre de femmes[2] ? Ces incertitudes montrent que les actions politiques sous la Révolution se sont déroulées à une fréquence et une rapidité telles que les graveurs et imprimeurs, devant rentabiliser leur production, ont mis à profit des images au détriment d’une véracité toute relative. L’actualité s’enchaîne, se répète parfois, s’oublie ou se perpétue. Il reste cependant un événement important pour ces contemporains car la gravure de Berthault d’après Prieur, sur le même thème, traversa les régimes suivants en France et à l’étranger[3].
Oublié aujourd’hui au profit de faits plus marquants, ce geste fut pour l’époque un exemple de vertu féminine ; la référence à l’antique légitimait une représentation entièrement orchestrée et théâtralisée par des professionnelles de l’art. La mise en scène est semblable à celles qui ont illustré l’histoire révolutionnaire : la solennelle procession à l’antique (référent du sacré, elle marqua fêtes révolutionnaires et monstrations de dépouilles comme celles de Marat, de Le Peletier de Saint-Fargeau) et le blanc des vêtements qui symbolise la pureté et la vertu (le terme reste au centre de tous les discours). En réalité, c’est surtout le geste – le renoncement à la parure, reflet d’un sacrifice héroïque à l’antique – et son impact public qui prévalurent ; l’ensemble des bijoux récoltés n’avait pas une très grande valeur. Mais à ce moment toute parole, tout acte public pouvait prendre une valeur symbolique, et les décisions politiques dépendaient aussi de l’éloquence et de la fougue avec lesquelles elles avaient été énoncées. De cette ferveur commune il nous reste des images et des écrits qu’il faut prendre comme autant de témoignages d’un engouement général sans en attendre une exactitude historique stricte.
La large diffusion que connut ce geste patriotique tant en France qu’à l’étranger par le biais des imagiers et des colporteurs reflète l’ampleur de son succès en son temps et témoigne d’une volonté de prise de conscience nationale de la part de la population, qu’elle soit parisienne ou non. Il représente aussi le premier acte politique, public et symbolique d’un groupe de femmes dont on sait l’investissement durant la Révolution française à l’exemple d’Olympe de Gouges.
De plus, quand, dans le discours qu’elles font lire par le député Bouche, ces femmes proclament : « Notre offrande est de peu de valeur, sans doute mais dans les Arts on cherche plus la gloire que la fortune », elles soulignent leur appartenance au monde artistique et inaugurent le débat qui s’ouvrira par la suite sur la liberté des arts et qui deviendra un véritable combat ayant pour fin la suppression des Académies en 1793.
Auteur : Nathalie JANES
" Discours prononcé par Mme Rigal dans une assemblée de femmes artistes […] pour délibérer sur une contribution volontaire ", in N. Pellegrin, Les Femmes et la Révolution française, p. 380.
Les donatrices étaient en tout vingt et une, mais dix d'entre elles n'avaient pu se rendre à l'Assemblée.
Vingt-sixième des Tableaux de la Révolution française dont les premières versions datent de 1791 (bien ultérieurement à l'événement). Les derniers tirages datent de 1817 et des imitations ont également circulé à l'étranger.
« Si la restauration de l'Empire François dependoit des vertus et du devouement des individus ; si la fortune des nations etoit determinée par des exemples de patriotisme, ce qui s'est passé le / 21 septem. 1789 à l'Assemblée Nationale devroit bien rassurer les Citoyens. Depuis long - temps, et de toutes parts, elle recoit des adresses, des Offres et des sacrifices, des dons de la part des Provinces, / Villes, Corps, Tribunaux et des Particuliers ; maintenant des Femmes partagent cet enthousiasme patriotique, semblables aux Romaines, du temps de Camille, elles ne veulent plus être parées que de / leur vertu. Plusieurs Citoyennes de Paris sont venues au milieu de l'Assemblée Nationale, et M. Bouche, qui a eu le bonheur d'être choisi pour être leur organe a lu leur discours : Notre offrande / est peu de valeur, sans doute mais dans les Arts on cherche plus la gloire que la fortune, notre hommage est proportionné à nos moyens, et non aux sentimens qui nous inspirent. Apres cette / lecture, interrompue plusieurs fois par de vifs applaudissemens, l'une des Citoyennes est montée au bureau des Secretaires, pour y deposer la cassette qui renfermoit leurs Bijoux.
A Paris chez J. Chereau Rue St. Jacques pres la Fontaine St. Severin n° 257. »