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Une soirée au Louvre chez le comte de Nieuwerkerke

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Une soirée au Louvre chez le comte de Nieuwerkerke en 1855.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

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Titre : Une soirée au Louvre chez le comte de Nieuwerkerke en 1855.

Auteur : François BIARD (1798-1882)
Date représentée : 1855
Dimensions : Hauteur 168 cm - Largeur 233 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-042092 / FPN3802

  Contexte historique

Personnalité éminente sous le Second Empire, le comte Émilien O’Hara de Nieuwerkerke (1811-1892) a une origine doublement royale et doublement illégitime : par son père, il serait issu de Guillaume le Taciturne, premier stadhouder de Hollande ; par sa mère, il descendrait d’une fille naturelle de Louis-Philippe d’Orléans, père de Philippe Égalité et grand-père du roi Louis-Philippe. En dépit de cette filiation, sa famille était légitimiste : son père était officier dans l’armée qui ramena Louis XVIII sur le trône en 1814. Tout d’abord destiné à la carrière militaire, Émilien de Nieuwerkerke quitta l’école de Saumur en 1830, à l’arrivée au pouvoir des Orléans.

La rencontre du sculpteur Félicie de Fauveau à Florence en 1834 le décida à se consacrer à la sculpture. Il fréquenta alors l’atelier de Jean-Jacques Pradier (1790-1852), prit les conseils de François Rude (1784-1855) et travailla sous la direction du baron Marochetti (1805-1867), sculpteur attitré de la famille d’Orléans. Il exposa pour la première fois au Salon de 1842.

C’est en 1845, à Florence, qu’Émilien de Nieuwerkerke fit la connaissance de la princesse Mathilde, cousine germaine du futur empereur Napoléon III. Épouse malheureuse du prince Demidoff, la princesse trouva bientôt en ce « bel Émilien » un séduisant consolateur. Leur liaison devait durer près de vingt-cinq ans.

L’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, le coup d’État du 2 décembre 1851 et l’influence de la princesse Mathilde furent déterminants pour la carrière du comte de Nieuwerkerke. Le 25 décembre 1849, il est nommé directeur général des Musées nationaux en remplacement du peintre Philippe-Auguste Jeanron (1809-1877), républicain notoire. Cette nomination est éminemment politique : aristocrate influent et artiste, Nieuwerkerke a tissé des relations dans des milieux extrêmement divers, relations qui peuvent être de la plus grande utilité au nouveau régime. Le 30 juin 1863, l’empereur crée pour lui la surintendance des Beaux-Arts. Il occupe ce poste jusqu’en 1870, date à laquelle le gouvernement met en place un véritable ministère des Beaux-Arts.

Grand commis de la couronne, Nieuwerkerke disposait au Louvre d’un appartement de fonction. Il occupa d’abord un logement situé à l’emplacement de l’escalier Daru, près du salon Carré. En 1858, il s’installa au premier étage de l’aile Marengo, entre la cour Carrée et la rue de Rivoli. C’est dans le cadre luxueux de ses appartements du Louvre qu’il reçut, à partir de 1850, l’élite artistique et sociale de la capitale au cours de ses célèbres « vendredis du Louvre ». Organisées pendant le carême, ces soirées réunissaient des séries de deux cents à quatre cents invités, mélange étonnant d’artistes, d’hommes de lettres, de hauts fonctionnaires, de diplomates et d’aristocrates. C’est l’une d’elles que Biard a immortalisée avec ce tableau.

  Analyse de l'image

Le tableau fut présenté à l’Exposition universelle de 1855 et acheté par la Maison de l’empereur pour la somme de 8 000 francs. Si les critiques de l’époque s’accordèrent à en reconnaître la médiocrité, l’œuvre présente néanmoins un intérêt historique évident.

Le peintre a situé les nombreux invités du directeur général des Musées impériaux dans le cadre luxueux du grand salon du premier appartement qu’il occupa jusqu’en 1858. Les murs sont tendus de tapisseries parmi lesquelles on peut identifier deux éléments de la tenture des Triomphes de Scipion. Au centre de la pièce, un bronze du XVIIe siècle trône sur un guéridon de porphyre et de bois doré qui fut la propriété de Fouquet à Vaux-le-Vicomte. À gauche, le buste de Napoléon III, au fond celui de l’impératrice – tous deux sculptés par Nieuwerkerke –, rappellent s’il en est besoin que ce haut fonctionnaire est aussi un artiste.

À gauche, le maître de maison serre la main de Louis Visconti, architecte du Louvre, dont la présence sur la toile est anachronique puisqu’il est décédé en 1853. Il est possible de mettre un nom sur la plupart des invités qui composent cette éclectique assemblée. Outre l’équipe des conservateurs – Horace de Viel-Castel, Adrien de Longperrier, Frédéric Reiset –, qui sont là « en service commandé », on peut reconnaître des peintres : Eugène Giraud, Eugène Delacroix, Horace Vernet, Jean-Dominique Ingres, Eugène Isabey, Hippolyte Flandrin ; des hommes de lettres : Ernest Renan, Camille Doucet, Prosper Mérimée, Alfred de Musset, François Ponsard, Eugène Scribe ; des musiciens : Jules Pasdeloup, Jacques Halévy, François Auber, Giacomo Meyerbeer. À ces personnalités artistiques de l’époque se mêlent de hauts dignitaires du régime impérial : le baron Haussmann, préfet de la Seine ; Achille Fould, ministre d’État et de la Maison de l’empereur ; le comte de Morny, président du Corps législatif ; Jules Baroche, président du Conseil d’État ; le maréchal Canrobert ; le maréchal Magnan.

L’éclectisme et l’importance numérique de l’assistance traduisent bien le climat de ces « vendredis du Louvre » où, selon Théophile Gautier, se bousculait « une véritable cohue de célébrités ».

  Interprétation

Le Second Empire est une période où s’exaspère une vie mondaine intense et brillante qui contraste avec l’austérité bourgeoise du règne de Louis-Philippe. Dans ce que l’on a appelé la « fête impériale », les salons – qu’ils soient littéraires, artistiques, politiques, ou tout simplement mondains – jouent un rôle de premier plan et favorisent une sociabilité moins conventionnelle et protocolaire que les réceptions officielles des Tuileries. Par sa position dominante dans le monde des arts, Émilien de Nieuwerkerke ne pouvait que s’inscrire dans ce courant mondain et créer son propre salon, ce qu’il fit en instaurant les « vendredis du Louvre ».

Les soirées organisées par le directeur général des Musées impériaux étaient, à plus d’un titre, originales. L’invitation reçue était valable pour l’ensemble de la saison. Seuls les hommes étaient conviés à ces réceptions. Le comte de Nieuwerkerke faisait à ses hôtes les honneurs de ses appartements, régnait sur les conversations qui n’étaient interrompues que par un spectacle musical ou théâtral assuré par les plus grands artistes de l’époque. Jules Pasdeloup était le grand ordonnateur des concerts au cours desquels François Auber ou Charles Gounod ne dédaignaient pas de se mettre au piano. Des acteurs de renom, comme la comédienne Rachel, venaient parfois déclamer des vers. Dans l’appartement de l’aile Marengo avait été aménagée une loge donnant par un œil-de-bœuf sur le salon, ce qui permettait à la princesse Mathilde d’assister au spectacle sans être vue. Lorsque la soirée était achevée, Nieuwerkerke retenait quelques invités avec lesquels il désirait s’entretenir en particulier. C’est au cours de ces « arrière-soirées » que le peintre Eugène Giraud caricaturait les habitués et hôtes de marque.

Bien que la politique fût officiellement bannie des conversations, ces « vendredis du Louvre » jouaient un rôle politique non négligeable. En associant, sur le terrain neutre de l’art, des personnalités venues d’horizons sociaux et politiques extrêmement divers, le comte de Nieuwerkerke réussissait à fédérer autour de lui les élites de la nation, une stratégie plus ou moins consciente qui n’est pas sans rappeler celle qu’utilisait Napoléon III dans le cadre des fameuses « séries » de Compiègne.

Auteur : Alain GALOIN


Bibliographie

  • Le Comte de Nieuwerkerke. Art et Pouvoir sous Napoléon III, catalogue de l’exposition du musée national du Château de Compiègne, Paris, RMN, 2000.
  • Christiane AULANIER, Histoire du Palais et du Musée du Louvre, tome IV « Le nouveau Louvre de Napoléon III », Paris, RMN, 1953.
  • Philippe CHENNEVIERES, Souvenirs d’un directeur des Beaux-Arts, Paris, Athena, réédition 1979.
  • Fernande GOLDSCHMIDT, Nieuwerkerke, le bel Émilien. Prestigieux directeur du Louvre sous Napoléon III, Paris, Art International Publishers, 1997.

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