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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Attaque de l'Hôtel de Ville de Paris, le 28 juillet 1830

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Attaque de l’Hôtel de Ville de Paris, le 28 juillet 1830.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Attaque de l’Hôtel de Ville de Paris, le 28 juillet 1830.

Auteur : Joseph BEAUME (1796-1885)
Date de création : 1831
Date représentée : 27 juillet 1830
Dimensions : Hauteur 145 cm - Largeur 210 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 79EE14 / MV 5187

  Contexte historique

L’Attaque de l’Hôtel de Ville de Paris, comme toutes les toiles commandées à l’aube de la monarchie de Juillet, est une œuvre de propagande. Pour satisfaire aux exigences des nouveaux dirigeants, Beaume et Mozin surestiment la présence et l’action des polytechniciens et des gardes nationaux durant les Trois Glorieuses. Ils exagèrent aussi la participation des femmes du peuple, montrant ici trois générations côte à côte – une vieillarde lourdement appuyée sur un bâton et une jeune mère portant sa fillette. Ils surévaluent enfin le sacrifice des « gamins de Paris » puisque, dans les faits, les victimes enfantines furent peu nombreuses.

  Analyse de l'image

L’intérêt historique du tableau se situe donc ailleurs, dans sa peinture minutieuse du Palais municipal, avec sa façade ouest donnant sur la place de Grève. L’édifice, de dimensions bien plus modestes que l’actuel Hôtel de Ville, est vétuste. Les débuts de sa construction remontent, en fait, à 1533, sur l’emplacement de la maison aux Piliers[1], premier siège de la municipalité parisienne. Ce lieu symbolique, chargé d’histoire, a peu changé depuis son achèvement en 1628. Pour preuve, on devine sur la toile la statue de Louis XIV, œuvre de Coysevox, que la Ville a installée lorsqu’elle a reçu le roi en 1689. Mais les locaux de la mairie sont si exigus que les élus ont annexé, au sud, l’immeuble mitoyen, lui aussi assailli par les émeutiers. De l’autre côté, l’Hôtel de Ville jouxte des bâtisses lépreuses, établies le long de ruelles étroites. La présence, en amorce sur la droite du cadre, de bâtiments d’habitation, rappelle aussi la faible superficie de la place sur laquelle s’agglutinent les manifestants et les indispensables travaux d’agrandissement auxquels procédera Louis-Philippe dès 1836.

  Interprétation

Au lendemain des Trois Glorieuses, l’Hôtel de Ville, mémoire de la cité[2], a été abondamment représenté. Les artistes l’ont montré de profil, vu depuis la rive droite (Le Combat de l’Hôtel de Ville, tableau de Jean-Victor Schnetz), ou, à l’inverse, depuis l’île de la Cité (Le Combat du pont d’Arcole, dessin d’Eugène Delacroix ; Le Pont d’Arcole, gravure anonyme ; La Prise de l’Hôtel de Ville, tableau d’Amédée Bourgeois), vu de près alors que le futur Louis Philippe (Louis Philippe, duc d’Orléans, nommé lieutenant général du Royaume, arrive à l’Hôtel de Ville de Paris, le 31 juillet 1830, tableau d’Éloi Firmin Feron) s’en approche, ou encore de l’intérieur, à l’occasion de la lecture de la Déclaration des Députés et de la Proclamation du Duc d’Orléans (qui a inspiré une toile à François Gérard). Ils se sont donc à la fois intéressés à la prise de la Maison commune, le 28 juillet, par les rebelles et à sa réappropriation, dès le 31, par le nouveau pouvoir, qui rétablit aussitôt un rituel. En fait, cette dramaturgie s’ancre dans l’histoire. Depuis ses origines, le Palais municipal apparaît tour à tour comme un symbole à conquérir par les révolutionnaires, l’espace où le changement se proclame et le lieu, presque privé, qu’occupe le nouveau régime en place.
Pour s’en tenir à la révolution précédente, l’Hôtel de Ville, devant lequel Louis XVI se fait imposer, le 17 juillet 1789, la cocarde tricolore par le premier maire de Paris, Bailly, est le point de départ de tous les mouvements insurrectionnels qui conduisent à la chute de la monarchie en 1792. Mais il est aussi l’espace que Napoléon accapare en 1810 pour y épouser Marie-Louise, puis y fêter, l’année suivante, la naissance de son fils, le roi de Rome.
Ultérieurement, en février 1848, les ouvriers parisiens se massent devant l’édifice pour exiger la IIe République, et c’est depuis son balcon que Lamartine annonce la composition du gouvernement provisoire. Mais c’est également dans les locaux de la Maison commune que Louis Bonaparte recevra continuellement ses convives, de la reine d’Angleterre au prince Albert.
Face à ces fonctions équivoques, on comprend qu’en mai 1871, au terme de la « semaine sanglante », les communards, vaincus, aient préféré incendier la mairie – occupée depuis mars –, brûler ses archives et sa mémoire, plutôt que de laisser, par un incessant mouvement de balancier, les vainqueurs la réinvestir.
Mais le nouveau conseil municipal ne tardera pas à réédifier l’Hôtel de Ville sur son ancien emplacement. Et c’est ce nouveau bâtiment, reconstruit sur le modèle du précédent, qui deviendra, en août 1944, le quartier général de l’insurrection des forces de la résistance contre les troupes allemandes d’occupation. Ce sera aussi sur le perron du Palais municipal que, le 2 avril 1945, le général de Gaulle remettra à la Ville de Paris la croix de la Libération.

Auteur : Myriam TSIKOUNAS


Notes

La première Maison de la Ville, achetée en 1357 par le prévôt des marchands Étienne Marcel, était appelée ainsi car elle était portée par une série de gros piliers. L'acquisition s'inscrivait dans la politique du prévôt qui souhaitait émanciper Paris de l'autorité royale, à l'imitation des villes flamandes. En 1533, François Ier demande au prévôt des marchands et aux échevins de construire un nouveau bâtiment, plus beau et plus vaste que l'ancien, à la même place, et impose son architecte, l'Italien Domenico Bernabei, dit Domenico da Cortona (ou le Boccador). En raison des troubles civils, les travaux seront rapidement interrompus et le nouvel Hôtel de Ville ne sera achevé qu'en 1628.

Dans « La Mairie. Liberté, Égalité, Fraternité », in Les Lieux de mémoire, tome I, p. 179-197, Maurice Agulhon rappelle que la Maison commune est la mémoire non seulement de la propriété et du sol - avec le cadastre -, mais aussi celle de la gestion municipale - avec les archives - et celle de la vie des habitants - avec l'état civil.


Bibliographie

  • Maurice AGULHON, « La Mairie. Liberté, Égalité, Fraternité », in Les Lieux de mémoire, tome I « La République », Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1984.
  • David PINKNEY, La Révolution de 1830 en France, Paris, PUF, 1988.
  • Livre du Centenaire de la reconstruction de l’Hôtel de Ville. 1882-1982, Paris, Bibliothèque administrative de la Ville de Paris, 1982.

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