Le théâtre (13 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - R. G. Ojeda
Titre : L'entrée du théâtre de l'Ambigu-Comique à une représentation gratis.
Auteur : Louis Léopold BOILLY (1761-1845)
Dimensions : Hauteur 66.6 cm - Largeur 80.5 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 00DE26663 / RF 2682
Pour contrer la floraison des théâtres sous la Révolution, l’Empire avait établi un régime de restriction du nombre de salles. La situation va s’arranger sous la Restauration, et le théâtre retrouve sa liberté après 1830 grâce à Louis-Philippe, qui abolit la censure. C’est pendant cette période que le drame romantique s’épanouit. On compte alors une trentaine de théâtres à Paris, quasiment tous situés sur la rive droite et qui se répartissent entre salles subventionnées et privées. Les théâtres privés ne bénéficiant d’aucune subvention, les pièces jouées appartiennent aux genres appréciés par la majorité du public : vaudeville, mélodrame ou comédie bourgeoise. Le spectacle commence tôt : entre 17 heures et 20 heures. Et les prix modiques permettent au plus grand nombre d’y accéder. Ouvert en 1789, le théâtre de l’Ambigu-Comique est l’un des plus importants des théâtres spécialisés dans le genre du mélodrame. Détruite par un incendie en 1827, la salle fut reconstruite l’année suivante sur le boulevard Saint-Martin.
Exceptionnellement, certains théâtres ouvraient gratuitement leurs portes au petit peuple. Il fallait alors se battre pour entrer. Le tableau retient l’attention par l’anecdote puis conduit le regard dans l’étude attentive de la composition, du lieu et des personnages à la manière d’une description balzacienne. Boilly représente la bousculade devant la porte. On se pousse, on s’accroche, c’est la cohue. La composition se divise en deux parties que distingue leur dynamisme. Agitée et turbulente sur la droite : un homme tombe sur un chien qui montre les crocs, un gamin s’apprête à le relever. Ordonnée sur la gauche : des bourgeois s’intéressent (d’une façon condescendante ?) au spectacle, les gendarmes ne bronchent pas. Le registre supérieur du tableau est lui aussi animé par une saynète : sur l’auvent un artisan travaille un pinceau à la main, tandis qu’un enfant cherche à attirer un chien. L’observation attentive et la manière méticuleuse rappellent les œuvres des peintres hollandais du XVIIe siècle que recherchaient les collectionneurs, Boilly en tête.
Le mélodrame a un côté spectaculaire : montrer, qualifier, nommer ; donc avoir recours à un langage emphatique. Le dénouement, codé, ne pouvant surprendre, il s’agit de tout miser sur les effets et de lier la vérité au spectaculaire : sujets empruntés à la vie bourgeoise, utilisation de la prose, décors collant à la réalité, force gestuelle des acteurs. Le mélodrame s’appuie sur le pouvoir d’illusion de la scène. Dans ce tableau c’est comme si le spectacle avait déjà commencé dehors ; avant même d’être dans la salle, avant même le début de la pièce, le drame est là : arrivera-t-on à entrer ? Louis Léopold Boilly résiste aux classements historiques. Né sous le règne de Louis XV il meurt à la fin de la monarchie de Juillet après avoir traversé la révolution, l’Empire, la Restauration et le régime de Louis-Philippe. Il commence sa vie d’artiste comme anecdotier de salon et traite alors un chapelet de thèmes en vogue à la fin du XVIIIe : scènes galantes, intrigues, églogues pastorales… Mais en 1793 le caractère libertin de certaines de ses œuvres heurte l’esprit républicain et sa morale rigoureuse. Délaissant la fantaisie il devient observateur et chroniqueur de la société, et retranscrit désormais, en images vivantes et fidèles, la vie quotidienne des Parisiens.
Auteur : Nathalie de LA PERRIÈRE-ALFSEN