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Le passeur

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L'Averse.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Agrandissement - Zoom

Titre : L'Averse.

Auteur : Louis Léopold BOILLY (1761-1845)
Dimensions : Hauteur 32 cm - Largeur 40 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée du Louvre (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 88EE1512 / RF 2486

  Contexte historique

Au début du XIXe siècle, la vie des Parisiens pouvait être encore grandement troublée par les orages ou par les inondations, comme ceux qui se sont produits en 1802, 1806 ou 1807. Seuls les grands boulevards étaient alors pourvus de trottoirs. Et les rues, non pavées pour la plupart, devenaient alors difficilement praticables pour les piétons. Rien n’a vraiment changé depuis le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier qui décrivait dans les années 1780 la saleté et la difficulté de parcourir les rues de la capitale lors des intempéries : « Un large ruisseau coupe quelquefois les rues en deux, et de manière à interrompre les communications entre les deux côtés des maisons. A la moindre averse, il faut dresser des ponts tremblants… Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d’écueils à éviter ! [Le piéton] aborde néanmoins ; à chaque coin de rue un décrotteur ; il en est quitte pour quelques mouches à ses bas. Par quel miracle a-t-il traversé la ville du monde la plus sale ?  » Aussi, pour pallier au manque de trottoirs, un passeur offre parfois ses services.

  Analyse de l'image

Les tableaux de Boilly participent d’un changement dans la hiérarchie des genres. Alors que l’Académie royale privilégiait jusque-là la peinture d’histoire, les scènes de la vie quotidienne deviennent un sujet de plus en plus reconnu par les peintres. Et la peinture de genre prend le pas sur la peinture d’histoire. Boilly commence sa vie de peintre sous l’Ancien Régime en choisissant des scènes galantes, des intrigues amoureuses, des sujets alors à la mode. Après la Révolution, la légèreté de ses tableaux déplaît et il devient un observateur fidèle de la vie quotidienne à Paris. Témoin de son époque, il peint les visages et les mœurs de la bourgeoisie mais aussi, avec un grand souci du détail, des scènes de la vie du peuple qui semblent prises sur le vif. Nombreux sont alors les petits métiers de rue, appelés depuis les « cris de Paris », en référence à la façon dont les biens et les services étaient proposés aux passants. Ces marchands ambulants, savoyards, portefaix, musiciens de rue, inspirent dès le XVIe siècle tout un courant de production d’estampes ou de statuettes. Néanmoins, le passeur n’est pratiquement jamais représenté.
Son activité est des plus rudimentaires : il jette une passerelle à roulettes sur la chaussée et fait traverser les passants, moyennant un péage. Boilly saisit une scène de rue typique où la famille bourgeoise qui traverse est présentée sous un fort éclairage, tandis que le reste de la composition est dans la pénombre. Au milieu de la planche, projetés sur le devant de la toile par les grands parapluies, le couple, ses enfants et la nourrice. La mère retrousse le bas de sa robe, remonte son châle de cachemire et porte un petit chien. A l’arrière, un autre passeur fait traverser une femme sur son dos. Sur la gauche, une ménagère paye son passage. Le tableau est construit sur un contraste entre les personnages principaux, qui pourraient poser pour un portrait de famille, et le décor de la rue mise en désordre par l’averse.
Si l’œuvre n’est pas datée on peut néanmoins, d’après le style des costumes, la situer dans les premières années du XIXe siècle. Peint sous l’Empire, ce tableau a été diffusé par la gravure, parfois avec un autre titre : La Passerelle ou Passez, payez.

  Interprétation

Il y a une ambiguïté sur la morale du tableau, le « payer pour passer » pouvant s’interpréter de deux manières. Soit le père de famille par son geste exprime sa désapprobation et son refus. Il s’indigne de cette extorsion pour un passage qui devrait lui être donné. Soit le tableau figure une critique de l’indifférence du riche face au pauvre, soulignée par la générosité de la femme humble qui suit la famille et donne l’argent.
Au delà de l’anecdote, cette scène de rue témoigne d’un Paris qui n’a pas été encore métamorphosé par la révolution industrielle.

Auteur : Nathalie de LA PERRIÈRE-ALFSEN


Bibliographie

  • Alfred FIERROT, Histoire et dictionnaire de Paris, Paris, Bouquins, 1996.
  • Louis-Sébastien MERCIER, Tableau de Paris (extraits), Paris, La Découverte, 1998.
  • Vincent MILLOT, Les Cris de Paris ou le Peuple travesti, Paris, Publications de la Sorbonne, 1995.
  • Jean-Louis ROBERT et Danielle TARTAKOWSKY, Paris le peuple XVIII-XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999.
  • Catalogue de l’exposition, Boilly 1761-1845 un grand peintre français de la Révolution à la Restauration, Lille, Musée des Beaux-Arts, 1988.

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