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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Aux Eparges, avril 1915

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Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune. Avril 1915.

© Photo RMN-Grand Palais - G. Blot

Agrandissement - Zoom

Titre : Aux Eparges, soldats enterrant leurs camarades au clair de lune. Avril 1915.

Auteur : Georges Paul LEROUX (1877-1957)
Date représentée : 1915
Dimensions : Hauteur 183 cm - Largeur 262 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée national du Château de Versailles (Versailles) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 94-051893 / MV6304

  Contexte historique

La guerre de positions, qui succéda rapidement à la guerre de mouvements de l’été et de l’automne 1914, fit perdre tout espoir de gloire. Le soldat, l’homme, comme allait le déplorer plus tard Drieu la Rochelle, devait combattre couché, englué dans la boue des tranchées, parmi les cadavres, les rats, la vermine. Tel fut le cas des batailles de Verdun et de la Somme en 1916, et avant elles celle des Éparges. L’éperon des Éparges, dominant la plaine de la Woëvre (Meuse), fut le centre d’une guerre de mines meurtrière destinée à prendre cette position d’où il était possible de surveiller et de pilonner la plaine. Il devait devenir l’un des hauts lieux du sacrifice de l’infanterie française.

Exposé en 1939, au moment où la guerre recommençait avec l’Allemagne, le tableau de Leroux participe de l’ambiance pacifiste de l’époque, si sensible dans le cinéma (Prévert, Renoir, Carné) et dans la chanson populaire (Fréhel, Marie Dubas).

  Analyse de l'image

Dans une terre jonchée de débris et hérissée de croix de bois, deux soldats coiffés du casque Adrian s’occupent du cadavre d’un de leurs camarades. L’un d’eux lit ses papiers afin de l’identifier et d’écrire à sa famille, tandis que plus haut, sur le talus, deux autres hommes creusent une tombe. La toile témoigne ainsi de la solidarité des combattants, du souci manifesté par les « copains » de donner une sépulture à ce mort, de maintenir des rites sociaux malgré les circonstances. Pas de personnalisation toutefois, aucun visage n’est vraiment visible, sauf celui du mort, dont les yeux sont estompés dans l’image. Ce sont des ombres qui agissent, des masses qui ne font qu’un avec la terre. Ni déchiqueté, ni défiguré, le cadavre n’a rien qui inspire l’horreur, et c’est précisément ce réalisme calme qui fait la force expressive de ce tableau.

  Interprétation

Cette œuvre vaut par comparaison avec les peintures de batailles des siècles classiques. Le renversement est total. Bien qu’il illustre une guerre qui se solda par une victoire, Leroux ne représente ni généraux victorieux, ni héros, ni une bataille, ni même un combat. Il montre simplement l’existence des poilus, beaucoup plus marqué qu’il est par la vie quotidienne dans les positions, où l’on se contentait de courber le dos sous les obus, sans guère d’espoir de survivre. Il fallait tenir, rien d’autre. La représentation de la guerre est devenue avec lui pure anecdote. Le soldat est anonyme, il est interchangeable. Mort, on l’enterre et l’on attend son tour. Plus de gloire, mais la mort qui rôde. La mort seule symbolise la guerre. Celle-ci est devenue absurde. Elle n’a même plus de raison d’être. La peinture militaire s’achève avec Leroux dans le vide total. On ne saurait même pas dire si Leroux condamne la guerre. Il n’y a plus de sujet, plus de visages. Tout est neutre et anonyme dans son tableau, en une sorte d’allégorie de l’attente de la mort. Nous sommes bien loin pourtant avec cette œuvre des gravures de l’Allemand Otto Dix (1891-1969), indescriptibles d’horreur. Inspiré par les gravures que Goya (1746-1828) consacra à la guerre d’Espagne sous Napoléon, Dix montra des visages fracassés, des corps démantelés, des cadavres putréfiés, des soldats devenus fous. Mais ce n’était plus vraiment la guerre qui faisait son sujet. Expressionniste, Dix montrait tout simplement l’absurdité de l’homme, cette absurdité qui fait le fond de la pensée du XXe siècle, et les blessures de la guerre n’étaient pour lui que prétexte à représenter cette absurdité. Leroux, lui, demeure un réaliste. Mais c’est précisément cette réalité qui provoque l’horreur.

Auteur : Jérémie BENOÎT


Bibliographie

  • Luc CAPDEVILA et Danièle VOLDMAN, Nos morts. Les sociétés occidentales face aux tués de la guerre, Paris, Payot, 2002.
  • Thierry HARDIER et Jean-François JAGIELSKI, Combattre et mourir pendant la Grande Guerre (1914-1925), Paris, Imago, 2001.
  • Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

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