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Les Dames Goldsmith au bois de Boulogne en 1897 sur une voiturette Peugeot

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Les Dames Goldsmith au bois de Boulogne en 1897 sur une voiturette Peugeot.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

Agrandissement - Zoom

Titre : Les Dames Goldsmith au bois de Boulogne en 1897 sur une voiturette Peugeot.

Auteur : Julius Leblanc STEWART (1855-1919)
Date de création : 1901
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musées et domaine nationaux de Compiègne (Compiègne) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 90-006300 / CMV1250

  Contexte historique

Au XVIIIe siècle déjà, il était du dernier chic pour une élégante de conduire elle-même un léger phaéton ou un cabriolet attelé d’un ou de deux fringants chevaux. Au siècle suivant, il est de bon ton pour une femme du monde de se promener au bois de Boulogne pour s’y montrer, soit à cheval lorsqu’elle pratique l’art équestre, soit en brillant équipage, généralement dans une calèche découverte attelée « à la Daumont ». Ces belles aristocrates croisent au bois des demi-mondaines avides de considération et soucieuses de les imiter. Dans le célèbre roman d’Émile Zola, Nana vient ainsi assister au Grand Prix de Paris « dans son landau garni d’argent, attelé à la Daumont de quatre chevaux blancs magnifiques, un cadeau du comte Muffat ».

À la fin du XIXe siècle, l’apparition de l’automobile ne modifie pas en profondeur les habitudes des élégantes. D’un prix élevé en raison d’une production artisanale faisant appel à de nombreuses entreprises de sous-traitance, l’automobile n’est accessible jusqu’en 1914 qu’à une élite : aristocrates et grands bourgeois ne dédaignent pas de la conduire. Les allées du bois restent donc un lieu de sociabilité recherché et voient pour un temps se croiser les fins coupés hippomobiles et les voiturettes à pétrole que des dames fort audacieuses conduisent fièrement elles-mêmes. Ainsi, au début du XXe siècle, le journaliste Alfred Capus peut-il écrire dans l’une de ses chroniques : « L’automobilisme n’a pas été un simple événement industriel : il est mêlé désormais, d’une façon intime, à l’histoire de l’élégance contemporaine. »

  Analyse de l'image

Inspiré par les multiples facettes du charme féminin, Julius Leblanc Stewart ne pouvait qu’être fasciné par le spectacle insolite d’une femme conduisant une automobile à pétrole.

Toilettées de pied en cap, les dames Goldsmith s’affichent avec un plaisir non dissimulé aux commandes d’une voiturette Peugeot. La conduite est encore à droite, et la direction est assurée, non par un volant, mais au moyen de la traditionnelle « queue de vache ». Un chien se dresse fièrement à l’avant du véhicule. À cette époque, il est en effet de bon ton pour une élégante de se montrer avec un chien de race.

La conductrice est vraisemblablement titulaire du permis de conduire. En effet, depuis 1896, un « certificat de capacité » signé par le préfet est obligatoire. Il est délivré à la suite d’un examen passé devant un ingénieur des Mines, qui apprécie la façon dont le candidat conduit et qui l’interroge sur la connaissance et l’entretien de son automobile. Les leçons de conduite sont généralement dispensées par le vendeur du véhicule. Les auto-écoles ne seront créées qu’en 1917. De même, un certificat permettant l’utilisation de la voiture – l’équivalent de notre actuelle carte grise – est également obligatoire depuis 1896.

Finalement, la fonction sociale de la calèche hippomobile et celle de la voiturette Peugeot des dames Goldsmith sont sensiblement les mêmes. Il s’agit de moyens de locomotion essentiellement utilisés par l’élite fortunée de la population et qui participent surtout de l’art du paraître. Néanmoins, l’automobile, par sa dimension active et technicienne, modifie profondément la posture et donc le sens de la promenade pour les femmes. En ce sens, l’automobile constitue pour ces dernières l’un des instruments majeurs dans leur cheminement vers l’émancipation et la liberté.

  Interprétation

Très tôt les femmes disputèrent aux hommes le privilège de piloter ces premières automobiles. Ainsi, en 1897, la duchesse d’Uzès (1847-1933) fut la première femme à obtenir le permis de conduire, et son exemple fut très vite suivi par d’autres. De la conduite ordinaire au sport automobile, il n’y avait qu’un pas qui fut rapidement franchi. Madame Camille du Gast fut sans doute la première femme à s’engager dans une compétition automobile – le Paris-Madrid en mai 1903 –, mais l’Automobile-Club de France lui interdit de s’inscrire à la coupe Gordon-Bennett l’année suivante. « Une femme au volant d’une voiture de tourisme, à la bonne heure ! Une femme au volant d’une voiture de course […] il ne le faut pas », pouvait-on lire dans l’Allgemeine Automobile Zeitung cette année-là.

La Première Guerre mondiale fit beaucoup pour l’émancipation de la femme dans le domaine de l’automobile. Nombreuses furent celles qui prirent le volant pour conduire des ambulances, mais aussi des taxis ou des autobus. Pendant l’entre-deux-guerres, outre les « garçonnes » pilotant des voitures de tourisme ou de sport, comme Joséphine Baker ou Mistinguett, beaucoup de femmes se lancèrent dans la compétition automobile, notamment en participant au Rallye de Monte-Carlo à partir de 1925. En 1926, les femmes avaient enfin leur Automobile-Club féminin, placé sous la présidence de la duchesse d’Uzès. La même année, mademoiselle Hellé-Nice, ancienne danseuse nue au Casino de Paris, devint pilote de course. Elle courut en Formule 1 quelque soixante-seize Grands Prix et rallyes. En 1937, elle roula pendant dix jours dans le bol de Montlhéry et, avec ses trois coéquipières, battit quinze records internationaux et dix records du monde.

Après la Seconde Guerre mondiale, la participation des femmes aux grandes courses automobiles nationales et internationales fut plus discrète que pendant les Années folles. Néanmoins, la démocratisation de l’automobile aidant, cette remarque du journaliste automobile Baudry de Saunier (1865-1938), publiée en 1935 dans L’Illustration, semble plus que jamais d’actualité : « Aujourd’hui le spectacle de la femme qui conduit est si habituel, si normal, qu’il semble dater du début même de l’automobile. Si la femme conduit avec autant, sinon plus de prudence et de sang-froid que l’homme, elle n’est que rarement curieuse du mécanisme de sa voiture. Elle respecte les mystères enfouis sous le capot, sous le plancher, et dans les carters ; il faut reconnaître qu’elle n’a pas trop à souffrir de tant de discrétion si elle prend la précaution de passer de temps à autre à la station-service. »

Auteur : Alain GALOIN


Bibliographie

  • Christian-Henry TAVARD, « L’automobile et la libération des femmes », in Historia, 1984, numéro spécial 449 bis L’Automobile a 100 ans, 1884-1984.

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