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Paul Guillaume, Novo Pilota.

© Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet

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Titre : Paul Guillaume, Novo Pilota.

Auteur : Amedeo MODIGLIANI (1884-1920)
Date de création : 1915
Date représentée : 1915
Dimensions : Hauteur 105 cm - Largeur 75 cm
Technique et autres indications : Huile sur carton.
Lieu de Conservation : Musée de l'Orangerie (Paris)
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 98-008349 / RF1960-44

  Contexte historique

Au service de l’art moderne

Lorsqu’au début de la guerre, Paul Guillaume ouvre sa première galerie, il bénéficie des conseils éclairés d’un poète et critique d’art très au fait des dernières évolutions et doté d’une intuition géniale, Guillaume Apollinaire. À ses côtés, le marchand prend goût à la jeune peinture et décide de s’en faire le champion. L’association, assez informelle, entre le critique et le marchand est emblématique : le premier contribue à lancer les artistes et la galerie par ses chroniques, tandis que le second prend les risques financiers. L’attitude est périlleuse, mais elle constitue un pari sur l’avenir, supposant un minimum de conviction et de confiance dans le talent des artistes qu’il défend (Chirico et Soutine sont de ceux-là). Mais Paul Guillaume n’est pas un simple marchand, constituant des collections en prévision de jours meilleurs ; il entreprend d’être le médiateur engagé et actif de l’art vivant. Comprenant la nécessité d’attirer l’attention sur ses poulains et de faire parler d’eux, il fait venir, à grand renfort de publicité, le Tout-Paris aux vernissages de sa galerie, ou encore organise de mémorables soirées où flotte parfois un parfum de scandale, mais censées rallier le public à sa cause : conférence d’Apollinaire avec accompagnement musical de Satie, exposition d’œuvres déjà surréalistes de Chirico en 1917 sur la scène du théâtre du Vieux-Colombier en 1918, ou « fête nègre » en clôture d’une exposition d’art africain et océanien la même année. Marchand, agent artistique, inventeur de talents, agitateur, Paul Guillaume est tout cela. La revue qu’il crée en 1918, Les Arts à Paris, est un organe de promotion de l’avant-garde autant qu’un outil d’autopublicité et ne cessera de paraître que quelques mois après sa mort en novembre 1934.

  Analyse de l'image

Un nouveau pilote

En 1915, le peintre et sculpteur d’origine italienne Amedeo Modigliani brosse le portrait d’un jeune homme bien mis, qui le fixe d’un air assuré et quelque peu désinvolte : Paul Guillaume, dont le nom figure en toutes lettres dans l’angle supérieur gauche, apparaît ici dans ses habits neufs de marchand débutant. Vêtu d’un costume noir qui tranche sur le blanc d’une chemise rehaussée d’une cravate au bleu profond, Paul Guillaume a gardé son chapeau, mais aussi ses gants de cuir ; la cigarette qu’il tient nonchalamment de la main gauche apporte une pointe de familiarité au dandysme de la pose. Le fond à peine esquissé, qui met en valeur le modèle, reflète le dépouillement de l’atelier de Modigliani à Montmartre. L’inscription « Novo Pilota » en bas du tableau traduit l’audace de ce personnage qui, alors âgé de vingt-trois ans comme les traits fins du visage et la discrète moustache le laissent deviner, entend prendre en main les rênes de sa destinée et de l’art moderne, à la manière d’un pilote automobile, avec un mélange d’assurance insouciante et de risque assumé. De fait, de 1914 jusqu’au début de 1916, Paul Guillaume est l’unique acheteur de Modigliani. Dans un contexte général de dénuement aggravé par la guerre, le marchand est son seul soutien, un soutien évidemment vital et courageux.

  Interprétation

Innover

Paul Durand-Ruel (1831-1922) constitue incontestablement la figure tutélaire du marchand d’art engagé dans la promotion de l’art moderne, telle que Paul Guillaume l'incarne. Après avoir eu l’audace d’acheter la presque-totalité de la production de plusieurs peintres de l’école de Barbizon, il devint le principal marchand des peintres impressionnistes. Il fit ainsi passer sa conviction profonde avant ses intérêts financiers immédiats. Son jugement, sa patience, sa ténacité, lui donnèrent raison. Sans être désintéressé, bien sûr, le marchand d’art moderne spécule sur la durée, celle qui permet à un artiste de se faire un nom, un public et une clientèle d’amateurs. En même temps qu’il soutient des artistes encore inconnus, notamment par un revenu régulier, le marchand s’engage à promouvoir l’œuvre de ses protégés et bénéficie, en contrepartie de ce soutien, de conditions d’acquisition souvent privilégiées et avantageuses. Il mise sur la carrière et la réputation, lesquelles se fondent désormais sur un style et une manière personnels. En bonne intelligence avec le critique d’art, dont la renommée dépend pour une bonne part de sa capacité à découvrir de nouveaux talents, le marchand entend modifier les critères de jugement de ses contemporains. L’un des plus grands marchands d’art moderne du XXe siècle, Daniel-Henri Kahnweiler (1884-1979), a bien résumé sa mission : s’opposant au « marchand de tableaux qui fournissait à ses acheteurs la marchandise qu’ils désiraient », il s’est décrit comme « un marchand de tableaux qui offrirait à l’admiration publique […] les peintres que le public ne connaissait absolument pas et auxquels il faudrait frayer une voie » et considérait que « ce sont au fond les grands peintres qui créent les grands marchands  » ( H. et C. White, p. 103).

Auteur : Philippe SAUNIER


Bibliographie

  • Harrison C. et Cynthia A. WHITE, La Carrière des peintres au XIXe siècle, Paris, Flammarion, 1991 (édition américaine 1965).
  • Malcolm GEE, Dealers, Critics, and Collectors of Modern Painting: Aspects of the Parisian Art Market between 1910 and 1930, New York-Londres, Garland Publishing, 1981.

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