Patrimoine - Art & Histoire (27 oeuvres)
Loisirs et modes de vie de la classe bourgeoise (4 oeuvres)
© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski
Titre : Portraits à la Bourse.
Auteur : Edgar DEGAS (1834-1917)
Dimensions : Hauteur 100 cm - Largeur 82 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 99-004992 / RF2444
Devenue en 1724 l’institution officielle où s’échangent tout à la fois des marchandises, des monnaies et des valeurs mobilières, la Bourse de Paris a été dotée d’une réglementation stable sous l’Empire et d’un édifice, achevé en 1827, dont la construction a été confiée par Napoléon à l’architecte Alexandre Théodore Brongniart. À partir du milieu du XIXe siècle, le rôle prépondérant de la Bourse dans le développement économique de la France, et notamment dans le financement de l’industrialisation, marqua le triomphe de la bourgeoisie d’affaires, composée de banquiers, de courtiers et d’agents de change qui, tous attirés par le goût de la spéculation et la facilité de l’enrichissement, se retrouvaient au palais Brongniart.
Dans cette scène de genre dont le titre nous indique qu’elle se passe à la Bourse, Edgar Degas a justement représenté des hommes d’affaires en redingote et chapeau haut de forme, comme le veut la mode bourgeoise de l’époque, qui s’entretiennent sous le péristyle du palais Brongniart. Dans ses carnets, le peintre a précisé que les deux hommes au centre du tableau sont Ernest May, le visage allongé et les binocles sur le nez, qui était l’administrateur-directeur de la Banque franco-égyptienne, et derrière lui, son associé, un dénommé Bolâtre, à la silhouette trapue.
Degas a fait la connaissance du riche banquier quelques mois plus tôt et la description qu’il en a donnée à l’un de ses amis est brève mais mordante : « C’est un homme d’affaires qui se lance dans les arts ! » En effet, May était également amateur d’art et au fil des années il avait rassemblé une importante collection, principalement des toiles de maîtres anciens, mais à partir de 1878, il commença à acheter des œuvres des impressionnistes. Bien qu’il l’ait rencontré à cette fin, Degas a choisi de présenter cet homme dans le cadre même de ses activités financières. Ainsi, il le portraiture arrivant à la Bourse, apparemment pour s’informer des cours du jour qu’un agent de change lui communique et dont il fait part à son compagnon, lequel se penche sur son épaule pour mieux voir le bordereau. Les autres personnages, dont le peintre a laissé les traits flous, même inachevés comme l’illustre le repentir pour l’homme au premier plan à droite, servent à rendre la scène plus animée, voire caricaturale, lorsqu’on découvre à l’arrière-plan à gauche un personnage grotesque, à l’allure de clown.
En observateur attentif de la bourgeoisie parisienne à laquelle il a appartenu et consacré une grande partie de son art, Degas a réalisé ici l’une des rares transcriptions d’une scène à la Bourse, son atmosphère, ses clients, ses pratiques. Avec malice, le peintre a même livré son regard critique sur cette institution commerciale, à la fois adulée pour les richesses qu’elle drainait et suspectée pour ses sautes d’humeur, et surtout sur ces hommes d’affaires, que symbolisait Ernest May, qui en boursicotant bâtissaient très rapidement leur fortune et collectionnaient des œuvres d’art pour montrer leur réussite. Mais Ernest May n’en a pas tenu rigueur à Degas puisque quelques mois plus tard il lui a acheté trois tableaux et, avant de mourir, a légué son portrait au Louvre.
Auteur : Fleur SIOUFFI