© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette
Titre : Verdun. Tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz.
Auteur : Félix VALLOTTON (1865-1925)
Date de création : 1917
Date représentée : 1917
Dimensions : Hauteur 114 cm - Largeur 146 cm
Technique et autres indications : Huile sur toile.
Lieu de Conservation : Musée de l'Armée (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image :
06-501097 / 21889 ; Eb 1518
La guerre de 1914-1918 a fortement marqué les peintres comme la grande majorité des artistes et intellectuels de l’époque. Qu’ils soient mobilisés ou non, tous ont participé à la culture de guerre. Certains en produisant des œuvres très patriotiques, d’autres pas du tout. Mais compte tenu de la brutalité des combats, de leur durée, la représentation du conflit a vu ses codes nécessairement évoluer. De ce point de vue, la figuration de la bataille est révélatrice. Dans l’élan de l’assaut, la lutte de tranchées ou sous la pluie des bombes, on ne peut avoir qu’une vision fiévreuse et partielle de l’affrontement. L’action limite considérablement la perception. Ce n’est qu’après qu’il est possible de chercher à traduire cette expérience, par des mots, par des images qui imposent non seulement d’autres signes, mais aussi d’autres significations. Certains peintres vont ainsi utiliser des moyens nouveaux, plus subjectifs, plus audacieux, souvent d’une grande expressivité, pour aboutir à des résultats beaucoup plus évocateurs que n’importe quelle tentative de restitution fidèle du combat, voire à des démarches abstraites permettant d’en transcender la terrible réalité.
Le document est un tableau du Suisse Félix Vallotton (1865-1925), qui jouit d’une renommée internationale grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations. Intitulé « Verdun », il représente un champ de bataille en proie au déluge. L’espace est structuré de façon géométrique : alors qu’on distingue au premier plan une terre bouleversée, hérissée de troncs d’arbres sectionnés, au centre de la toile, des faisceaux lumineux colorés se croisent au-dessus de flammes et de nuées de gaz blanches et noires en formant des triangles, tandis que sur la gauche s’abattent les lignes obliques de la pluie (mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’une averse de balles). La vision d’ensemble est celle d’un paysage de guerre où s’affrontent des forces antagonistes, la violence des intempéries et celle des hommes qui se battent à distance. Le tableau concentre visuellement le déchaînement des moyens mis en œuvre de part et d’autre dans un petit périmètre pour détruire l’adversaire.
Cette œuvre a pour sous-titre « Tableau de guerre interprété, projections colorées noires, bleues et rouges, terrains dévastés, nuées de gaz ». Il s’agit donc d’une expérience picturale, d’une sorte d’essai, d’une interprétation cubo-futuriste, technique que Vallotton, membre du groupe des nabis, adopte ici exceptionnellement. L’idée n’est pas d’essayer de rendre compte des instants décisifs du combat, ni d’en montrer les tenants et les aboutissants. La bataille de Verdun (février-décembre 1916), qui est restée le symbole de l’enfer de la Première Guerre mondiale par l’acharnement des attaques allemandes qui y eurent lieu, et le symbole de l’héroïsme des Français résistant à l’invasion ennemie, apparaît ici sous une forme quasi abstraite. Il faut préciser que l’artiste n’a pas participé à l’événement, il l’a seulement observé au cours d’une mission au front (au moment de la déclaration de guerre en 1914, il chercha à s’engager volontaire, mais il fut refusé en raison de son âge). Constatant l’inanité des procédés conventionnels pour représenter la bataille elle-même, Vallotton utilise les ressources du cubisme, le temps d’un tableau absolument singulier dans sa carrière. À propos de Verdun, il écrivait : « Que représenter dans tout cela ? […] Peut-être les théories encore embryonnaires du cubisme s’y pourront-elles appliquer avec fruit ? Dessiner ou peindre des « forces » serait bien plus profondément vrai qu’en reproduire les effets matériels, mais ces « forces » n’ont pas de forme, et de couleur encore moins. » L’enjeu est bien là : la violence extrême des combats provoque la désagrégation du paysage, la disparition, l’effacement de l’humain derrière les machines de guerre ; mais ce cataclysme bouleverse aussi les catégories esthétiques existantes et conduit à remettre en cause certaines représentations de l’art. Ce tableau prouve ainsi, à sa manière, qu’aucune des formes connues n’est propice à l’expression de l’extrême, et que seules les tentatives les mettant en crise ont une chance d’exprimer ce qui ne peut se dire et/ou se montrer.
Auteur : Laurent VÉRAY
est ce que quelqun quel serai quel et la probmématique de se tableau de verdun et guernca de picasso j'en aurai besoin pour hda
Encore merci !