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L'histoire par l'image de 1643 à 1945

 
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Crématorium du Père-Lachaise, élévation principale.

© Photo RMN-Grand Palais - H. Lewandowski

Agrandissement - Zoom

Titre : Crématorium du Père-Lachaise, élévation principale.

Auteur : Jean Camille FORMIGE (1845-1936)
Date de création : 1886
Technique et autres indications : Dessin aquarellé.
Lieu de Conservation : Musée d'Orsay (Paris) ; site web
Contact copyright : Agence photographique de la Réunion des musées nationaux. 254/256 rue de Bercy 75577 Paris CEDEX 12. Courriel : photo@rmn.fr ; site web
Référence de l'image : 93-006083-01 / ARO1992-34

  Contexte historique

Une décision longtemps ajournée

La construction de ce bâtiment, rêve de Bosphore sur la rive droite de la Seine, est le point final d’un processus erratique. Dès les premiers projets dirigés par Alexandre Théodore Brongniart (1739-1813), alors qu’il s’agissait d’aménager le lieu de façon à accueillir le nouveau cimetière de l’Est parisien, il avait été envisagé d’édifier une pyramide au cœur de l’enclos des morts qui allait s’étendre sur une ancienne propriété de la Compagnie de Jésus. Elle devait s’élever sur l’esplanade centrale, face à l’ancienne maison de repos des jésuites où l’abbé de La Chaise, confesseur de Louis XIV, avait fini ses jours. Cet édifice, d’une taille considérable, aurait tenu lieu de crématorium. Il avait pour modèle la pyramide de Caïus Sextius à Rome, référence antique obligée en cette époque marquée par le néoclassicisme.

À cette époque, l’innovation s’était heurtée à la pesanteur des mentalités. L’indignation que la crémation suscita dans le public entraîna le report et l’abandon du projet, et la construction fut arrêtée aux fondations. Plus tard, Étienne Godde y fit construire la chapelle réservée au culte catholique.
Les cycles lents qui caractérisent l’histoire des mentalités ayant fait leur œuvre, le besoin d’un endroit où brûler les corps s’exprima finalement avant même que l’autorisation légale ne fût donnée. Il faut préciser que le changement avait été accompagné par l’action de la Société pour la propagation de la crémation, fondée en 1880. La demande grandissante décida le conseil municipal de Paris à faire édifier un tel monument, et, à cette fin, il fit appel en 1883 à Jean-Camille Formigé. Ce dernier sera ensuite nommé architecte des promenades et plantations de la ville de Paris (en 1885). Il laissera son empreinte sur la nécropole de l’Est parisien puisqu’il est également le concepteur du cadre architectural où Albert Bartholomé va inscrire en 1899 son monument aux morts. Le projet primitif subit de nombreux remaniements au cours de la construction du crématorium, qui s’étala sur deux décennies. Il ne sera achevé qu’en 1908.

  Analyse de l'image

Un sanctuaire byzantin

Jean-Camille Formigé édifie le crématorium au centre du plateau qu’occupe la nécropole à l’est. D’abord destiné à l’incinération des déchets provenant des hôpitaux, il est ensuite dédié à la crémation des corps. Plusieurs salles de cérémonie y sont aménagées qui permettent d’accompagner les dépouilles mortelles. Les proches des défunts procèdent parfois à la dispersion des cendres dans le jardin du souvenir un peu plus à l’est, d’autres les font conserver dans de petits enfeus aménagés dans le mur du columbarium qui entoure le crématorium et dont le propre fils de Formigé est l’auteur.
Éclectique puis marquée par l’historicisme sous l’influence notable de Viollet-le-Duc, l’architecture française multiplie les emprunts au passé. Parmi les références en vogue, celle de Byzance, la deuxième Rome, fait alors florès. Les grands édifices religieux notamment sont marqués par l’influence néobyzantine – tels la lyonnaise basilique de Fourvière, la marseillaise Notre-Dame-de-la-Garde ou le parisien Saint-Pierre-de-Montmartre.

Dans son projet, Jean-Camille Formigé renoue ainsi avec le plan centré, la coupole et les demi-coupoles, et fait de cet édifice laïc un sanctuaire aux airs de mausolée antique. Son aquarelle de 1886 en présente la façade postérieure, orientée au sud-est. Réalisé en pierres noires et blanches disposées en bandeaux horizontaux successifs, le bâtiment repose sur un soubassement percé de portes et de doubles portes. Il comporte une nef centrale et deux bas-côtés. La chapelle centrale et les deux chapelles sont coiffées de demi-coupoles, s’inscrivant pour les deux latérales dans des frontons triangulaires. Sous la corniche composée d’un larmier et de mutules court une frise (d’urnes, de rubans, de braseros et de couronnes) qui n’a pas été réalisée. De la terrasse émerge la coupole principale, vaste dôme de briques et de grès posé sur un cylindre percé de huit baies cintrées. Elles sont depuis les années vingt ornées d’œuvres des verriers Maumejean. Sur cette terrasse s’élèvent également les cheminées correspondant aux crématoires et deux braseros qui ne sont plus en place.

  Interprétation

Dans une époque de sécularisation de la société, les succès d’une nouvelle attitude face à la mort

Longtemps, l’Église s’est opposée à toute législation funéraire susceptible de remettre en question les lois naturelles de la putréfaction des corps. Les conflits entre les sphères religieuse et civile que connaît la société française depuis la fin du XVIIIe siècle s’apaisent avec la Première Guerre mondiale. Les tenants de la crémation, de « l’ustion » comme on disait alors, rationalistes et pragmatiques, agissent en faveur de son autorisation. Parmi eux, certains sont motivés par leur combat contre le pouvoir de l’Église catholique, d’autres par le problème du manque de place pour les corps des défunts. Au cours des années 1870, plusieurs expériences se déroulent en Europe, démontrant la fiabilité des nouveaux procédés. Dès 1874, rapporte le bureau des cimetières de la ville de Paris, le conseil municipal, sensible au débat sur la crémation, ouvre un concours sur les meilleures conditions à envisager pour sa mise en œuvre. Il est précisé que l’on doit éviter toute diffusion d’éléments infectants dans l’atmosphère, ainsi que toute odeur délétère. La loi du 15 novembre 1887 met un terme au débat : portant sur la liberté de funérailles, elle autorise les citoyens à choisir un mode de sépulture autre que l’inhumation. La législation de la IIIe République se montre une fois de plus fondamentalement attachée à la liberté individuelle en permettant à chacun de décider du sort de sa dépouille mortelle. Les sensibilités ont donc changé, et, alors même qu’elle paraissait totalement inenvisageable cinquante ans plus tôt, la pratique de la crémation se répand. Mais le culte rendu aux morts – l’entretien du souvenir de l’être aimé qui a alors gagné les mentalités – anime également les crématistes : même réduit en cendres, le défunt est localisé, et ses proches peuvent se recueillir soit au jardin du souvenir, soit devant la plaque qui abrite l’urne dans le columbarium. L’inhumation reste très largement dominante dans les décennies suivantes, mais l’incinération connaît une progression continue depuis la fin du XIXe siècle. Il a fallu attendre l’aggiornamento des années 1960 pour que l’Église catholique la reconnaisse.

Auteur : Bernard COLOMB


Bibliographie

  • GANNAL (Docteur), Inhumation et crémation, mémoire adressé au Conseil municipal de Paris, Paris, Muzard et Fils, 1876.
  • Danielle TARTAKOWSKY, Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise. XIXe-XXe siècle, Paris, Aubier, 1999.
  • Jean TULARD (dir.), Dictionnaire Napoléon, article « cimetières de Paris », Marcel Le Clere, Paris, Fayard, 1987.
  • Michel VOVELLE, La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983.

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